Delirio : Folie familiale

Plongée dans les tourments d’une Colombie déchirée entre violence politique et malédictions familiales, Delirio, adaptation du roman éponyme de Laura Restrepo, se révèle être une série envoûtante, portée par une écriture flamboyante et une mise en scène fiévreuse. Entre fresque sociale et drame intime, elle explore avec une maestria rare les traumatismes transgénérationnels d’une famille aristocrate rongée par la folie, tandis que le pays vacille sous le poids de la drogue et des luttes révolutionnaires.

Dans cette série politico-romanesque superbement écrite, le réalisateur s’empare avec brio des couleurs de la Colombie pour explorer les traumatismes transgénérationnels au cœur d’un récit foisonnant oscillant entre plusieurs époques.

Portrait d’un pays rongé par la drogue et les luttes gauchistes pour la reconquête d’une justice sociale, tout autant que portrait intime d’une famille d’aristocrates hantée par la maladie mentale, Delirio subjugue par sa construction magistrale, puissante, fiévreuse et solaire, ne cédant rien ni sur l’intrigue ni sur la qualité des personnages.

Cafard des familles

C’est par l’obsession de la mère, enfermant des cafards dans un bocal, que la série s’ouvre, inaugurant un climat de trouble psychique et de malédiction familiale. La fille, Augustina, en pleine découverte de sa puberté (Estefania Pineres, superbe), observe et métabolise mal ce qui se passe. Pourquoi sa mère contient-elle ces cafards? Quelle signification donner à ce geste?

Puis, des cuisses d’Augustina, le sang se met à couler. C’est par la réaction de la mère (Eugénia) — phrases assassines, gardiennes d’une féminité hystérisée et stigmatisée (« c’est par là que le mal arrive », « tiens-toi à l’écart des hommes ») — que l’on comprend la damnation à laquelle Eugénia promet sa fille : un cas d’hystérie familiale.

Romantisme fou : des corps qui écrivent des psychés, des psychés qui écrivent des non-dits, des amours qui résistent et transcendent les destins maudits

Construite sur une narration fragmentée entretenant mystère, tension dramatique, critique d’un certain matriarcat et romantisme fou (Augustina va vivre deux magnifiques histoires d’amour, finalement contre le destin de sa mère), Delirio, servi par des acteurs tous très intenses, fait songer au meilleur du roman feuilletonesque allié à une densité narrative étonnante.

Acuité des destinées, finesse de l’analyse psychologique, amplitude de l’écriture narrative, lyrisme et fébrilité du jeu des acteurs, beauté de Bogotá : Delirio crée ce geste cinématographique rare et confirme la bonne santé de Netflix.

Delirio – Bande-annonce

Fiche Technique : Delirio

(Adapté du roman de Laura Restrepo – Netflix)

    • Titre original : Delirio
    • Genre : Drame psychologique / Fresque historique / Romance noire
    • Création : Adaptation du roman éponyme de Laura Restrepo
  • Production : Netflix
  • Pays d’origine : Colombie
  • Langue originale : Espagnol
  • Nombre de saisons : 1
  • Date de diffusion : 2025

Distribution principale

    • Estefania Piñeres : Agustina Londoño (rôle principal) :cite[9]
    • Juan Pablo Raba : Fernando Aguilar :
    • Paola Turbay : Eugenia (la mère d’Agustina) :c
    • Juan Pablo Urrego : Midas McAlister :
    • Salvador del Solar : Carlos Vicente Londoño :
    • José Julián Gaviria : Joaquín :
    • César Mora : Evaristo :

Thématiques

      • Traumatismes transgénérationnels
      • Violence politique colombienne
      • Maladie mentale et hystérie familiale
      • Conflits entre destin individuel et héritage familial

Production

      • Tournage : Bogotá et régions de Colombie

Particularités

    • Adaptation d’un roman culte de la littérature colombienne
    • Mélange de réalisme magique et de drame psychologique
    • Distribution réunissant des stars colombiennes et internationales

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.

L’Affaire Laura Stern : le cri du silence

Plus qu'une fiction sur la vengeance, "L'Affaire Laura Stern" est une immersion sensorielle dans le "cri du silence" des victimes de violences et d'emprise. Une œuvre nécessaire qui déconstruit les mécanismes de la violence faite aux femmes pour en faire un combat collectif et politique. La série est diffusée sur France 2 en mars 2026 et disponible en streaming sur France Télévision.

Les Saisons : L’amour, le rythme et les saisons

"Les Saisons", la série écrite et réalisée par Nicolas Maury, s’éloigne des éclats et des récits sociaux pour épouser le souffle intime d’un trio amoureux. Entre mélancolie poétique et naturalisme doux, elle tente moins de raconter que de saisir le frémissement des sentiments, au rythme d’une lumière vendéenne et d’un temps qui tangue. Une œuvre sensible, qui crée son public en osant la lenteur et la langueur.