Les 7 Mercenaires, un film d’Antoine Fuqua : Critique

Pour appréhender ce western, il faut se rappeler le lourd passif qu’il traine derrière lui : Dans les années 50, l’Amérique découvrait le cinéma de son ancien ennemi japonais grâce au talent d’Akira Kurosawa, et en particulier le magnifique Les Sept samouraïs (1954), dont la trame se voulait si universelle que les majors hollywoodiens  s’empressèrent de l’occidentaliser en demandant à John Sturges (Règlement de compte à OK Corral) d’en faire un western.

Synopsis : La petite ville de Rose Creek subit le joug d’un industriel despotique qui rackette les habitants et les force à travailler dans ses mines. L’incendie de l’Eglise pousse ces villageois oppressés à embaucher sept combattants chargés de les défendre contre cette menace. Alors que la bataille approche, ces individus peu fréquentables vont apprendre à dépasser leurs tensions et à collaborer pour réussir cette mission commune.

Les sept Mercenaires (1960) reste encore aujourd’hui -et sans doute pour encore longtemps- le meilleur remake américain d’un film étranger (d’aucuns prétendront que Les Infiltrés de Scorsese peut rivaliser à ce titre). Malgré le fait que le film ait eu des suites oubliables et que Les sept samouraïs ait lui-même connu depuis de nombreux remakes de par le monde (1001 pattes en est un !), l’idée de refaire un 7 mercenaires semblait, même plus d’un demi-siècle plus tard, un projet impensable. Et pourtant Antoine Fuqua, financé par Sony (une firme japonaise… comme quoi le monde est petit), s’y est lancé, convaincu qu’il est de pouvoir marquer de sa patte tous les sous-genres du cinéma d’action. Toutefois, comme nous l’a d’ailleurs prouvé son film de boxe La Rage au Ventre, Fuqua n’a strictement rien à apporter aux codes dont il s’empare. Son western est toutefois intéressant dans l’observation de ses efforts de modernisation pour saisir l’état du cinéma hollywoodien contemporain.

Le gros avantage du récit est celui de s’articuler à la façon d’un film de bande. Encore aurait-il fallu savoir en profiter en créant des personnages iconoclastes ainsi qu’une dynamique de groupe et des relations un tant soit peu approfondies, mais sur ce point Les 7 mercenaires s’avère aussi peu abouti que Suicide Squad. Il y a encore peu de temps, l’envie de Fuqua de faire de son acteur fétiche Denzel Washington un héros de western aurait été une hérésie, mais Django Unchained est passé par là, et à présent (« l’ère Obama » ?) cette figure fondatrice du mythe américain peut se permettre d’être un afro-américain. Dès lors le réalisateur n’a eu aucun scrupule à donner à sa star un rôle qui n’est finalement que l’ancêtre de celui qu’il incarnait dans The Equalizer, leur précédente collaboration, ses postures étant étrangement similaires dans les deux films. Mais, dans un élan de politiquement correct loin d’être désintéressé, les décideurs ont tenu à ce que, autour de ce héros black, toutes les minorités soient représentées, et c’est à partir de cette contrainte que le scénario va commencer à révéler ses plus grosses faiblesses.

La modernisation de ce classique intouchable passe par une improbable pluralité ethnique et un accroissement de la morale chrétienne. Un constat révélateur de ce qui ne tourne pas rond à Hollywood en 2016.

Parmi les six autres mercenaires qui forment cette équipe dépersonnalisée et à laquelle il est difficile de s’attacher, on compte ainsi un chinois (incarné par le coréen Lee Byung-hun) qui n’est caractérisé que par son aptitude de lanceur de couteaux, un mexicain (Manuel Garcia-Rulfo), dont on saura rien d’autre qu’il est recherché par la Police, et un indien (Martin Sensmeier) qui lui non plus n’apporte rien sinon un combat très bâclé contre un autre indien, celui qui est du côté des méchants. Les trois autres mercenaires sont respectivement interprétés par le très bankable Chris Pratt qui tient finalement le même rôle qu’à l’accoutumée, celui du sympathique blagueur-dragueur, Vincent D’onofrio en roue libre mais lui aussi sous-exploité et enfin Ethan Hawke qui tient très certainement le rôle le plus intéressant, avec un réel traumatisme et un passif qu’il aurait été bon de traiter davantage. Hormis Haley Bennett, qui assure l’unique présence féminine du film dans un rôle insipide, l’autre personnage capital est évidemment le grand méchant interprété par un Peter Sarsgaard que l’on n’aura rarement vu aussi grotesque qu’en faisant les gros yeux pour bien appuyer la méchanceté de cette caricature ultra-manichéenne représentant vaguement (via un discours d’ouverture sans queue ni tête) le capitalisme sauvage.

Parce qu’il est impossible d’y couper, la comparaison entre ce remake et son modèle, laisse apparaitre la disparation de l’esprit désenchanté du film de Sturges au profit d’un retour à une imagerie bien plus romanesque de l’Ouest Sauvage. On remarque également deux éléments assez singuliers : d’abord, la place centrale de l’église au centre du village qui symbolise cette institution sacrée à laquelle le méchant n’aurait pas dû s’attaquer sans risquer un courroux sanglant ; ensuite le parcours du personnage d’Ethan Hawke, et en particulier sa rédemption finale qui le pousse vers le sacrifice, alors qu’il se calque sur un personnage qui autrefois resta jusqu’à la fin uniquement obnubilé par l’appât du gain. Cette idée de sacraliser des martyrs, littéralement morts au nom de l’Église, est un sous-texte qui peut sembler dérangeant mais malgré tout dans l’air du temps, et qui place cette réécriture dans un processus similaire à celui du récent remake de Ben-Hur qui partageait cette morale ultra-puritaine, incarnée en l’occurrence par la place donnée à la figure christique. Mais, derrière cela, Les 7 Mercenaires est avant tout un film d’action et, par extension, une promesse de divertissement familial.

Même si quelques coups de feu ont été tirés avant cela, il aura fallu attendre une heure pour voir la première véritable scène d’action d’envergure. Cette fusillade, bien que trop courte, apparait alors comme un moment charnière dans la narration puisqu’il s’agit de la première fois où l’on voit l’équipe au complet et où l’on découvre ainsi l’efficacité de leur complémentarité. Après cela il va encore falloir attendre une quarantaine de minutes pour en arriver à ce climax tant attendu de l’attaque du village. Un passage éminemment dynamique, à tel point qu’il pourrait presque faire oublier les longueurs qui l’ont précédé s’il n’était pas gâché par une illisibilité totale. Entre les héros qui changent de lieu d’un plan à l’autre et un nombre d’ennemis qui semblent croître au fur et à mesure qu’ils sont tués, le surdécoupage qui caractérise le cinéma de Fuqua  se révèle n’être qu’un vulgaire cache-misère. Cette terrible maladresse dès que le rythme s’accélère, alors que sa mise en scène est globalement empêtrée dans un classicisme impersonnel, ne peut que pousser à conclure que, si l’on accepte l’idée que ce remake des 7 Mercenaires ait pu être un projet pertinent, Antoine Fuqua n’était certainement l’homme de la situation.

Les 7 mercenaires : Bande-annonce

Les 7 mercenaires : Fiche technique

Titre original : The Magnificent Seven
Réalisation : Antoine Fuqua
Scénario : Richard Wenk et Nic Pizzolatto d’après le film homonyme de John Sturges
Interprétation : Denzel Washington (Sam Chisolm), Chris Pratt (Josh Farraday), Ethan Hawke (Goodnight Robicheaux), Byung-Hun Lee (Billy Rocks), Peter Sarsgaard (Bartholomew Bogue)…
Photographie : Mauro Fiore
Décors : John Refoua
Direction artistique : Leslie Mcdonald
Montage : John Refoua
Musique : James Horner, Simon Franglen
Producteurs : Roger Birnbaum et Todd Black
Sociétés de production : Metro-Goldwyn-Mayer, Sony Pictures Entertainment et Village Roadshow Pictures
Distribution : Sony Pictures Releasing
Budget : 108 millions de $
Genre : Western
Durée : 133 minutes
Date de sortie : 28 septembre 2016

Etats-Unis – 2016

 

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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