Les Routes du Sud, un film de Joseph Losey : Critique

Les Routes du Sud, l’un des derniers films du cinéaste Joseph Losey avec Yves Montand, Miou-Miou

Synopsis : Jean a voulu renverser le régime franquiste en Espagne. Aujourd’hui, Jean est en conflit avec son fils, alors même que sa femme meurt dans un accident de la route.

Joseph Losey faisait partie du cercle très fermé du Carré d’as, promu par les critiques du Mac-Mahon. Il rejoignait ainsi les très grands Fritz Lang, Raoul Walsh et Otto Preminger. Mais il se trouve qu’il a subi le discrédit des macmahoniens à partir de The Servant. Selon eux, c’est toute la moitié de l’oeuvre de Joseph Losey qui serait à jeter. Malheureusement, Les Routes du Sud ne nous fera pas dire le contraire.

Sorti en 1978, le casting se veut prestigieux : Yves Montand, Miou-Miou, accompagnés par des seconds rôles comme Jean Bouise, Roger Planchon ou Maurice Bénichou. Rien de tel pour faire déplacer les foules, et pourtant le film subira un échec commercial. A qui la faute ? Le scénario est écrit par Jorge Semprun, qui a auparavant été à l’origine de La Guerre est finie de Resnais et de Z de Costa-Gavras. Dans Les Routes du Sud, le militantisme se perd dans une intrigue qui mélange rapports amoureux et réflexions bourgeoises des années 70. Les scènes s’enchaînent sans que jamais un événement, un dialogue ne nous fassent sortir de l’ennui face aux aventures de Jean (Yves Montand). La faute aux acteurs alors ? Montand vieillissant y est plutôt bon et a l’air de croire à ce qu’il dit. La faute à la mise en scène ? Si elle nous semble (trop) datée, rien n’est choquant sur le traitement. Car elle n’a rien de particulier, contrairement aux innovations proposées dans The Servant.

On retient tout de même deux éléments : la scène de la roulette russe, où l’émotion et la complexité de la relation père-fils marchent vraiment bien. Et puis ces moments de transitions, quasi-muettes, où Losey enchaîne les plans de manière elliptique en mettant par-dessus de la musique jazz, par ailleurs composée par Michel Legrand. La forte différenciation sémantique image/son renforce le désappointement et la difficulté de l’appréhension de ces séquences, dont on sent que le montage a été travaillé. Cela n’excuse en rien la fausse relation entre le passé amoureux du personnage et son passé en Espagne sous le régime franquiste. La nostalgie que tente de faire dégager le film ne marche absolument pas. Au contraire, on serait plutôt tenté d’être nostalgique des films précédents du réalisateur…

Malheureusement cette rétrospective Losey se clôt avec un film franchement oubliable, sorti en 1978, coincé entre M.Klein et Don Giovanni, beaucoup plus aboutis.

Les Routes du Sud : Fiche technique

Réalisation : Joseph Losey
Scénario : Jorge Semprun
Interprétation : Yves Montand (Jean Larréa), Miou-Miou (Julia), Laurent Malet (Laurent Larréa), France Lambiotte (Ève Larréa), José Luis Gómez (Miguel)
Photographie : Gerry Fisher
Montage : Reginald Beck
Musique : Michel Legrand
Production : SFP, Trinaca, FR3 et Profilmes
Genre : Drame
Durée : 100 minutes
Date de sortie : 28 avril 1978

France, Espagne – 1978

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.

En nous : une ode immersive et viscérale dans le travail de création

Premier documentaire de Juliette Binoche, "En nous" est un coup de maître. Né du spectacle de danse créé en 2007 avec Akram Khan, ce film nous immerge dans l'intimité d'un processus artistique tout en ressuscitant la magie de cette œuvre scénique.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Leaving Las Vegas : le pacte des naufragés

Trente ans ont passé. Las Vegas brille toujours autant, et "Leaving Las Vegas" aussi. Le film de Mike Figgis revient hanter les salles dans une version restaurée en 4K avec la même force d'impact, la même noirceur. On serait tenté de croire que le temps l'a rendu plus supportable. Il n'en est rien. La blessure est intacte, et l’admiration aussi.

Les Cloches des profondeurs (1993) de Werner Herzog : la foi dans tous ses états

Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.