Les Meilleures Intentions, chronique familiale juste et émouvante

Premier film de la réalisatrice argentine Ana Garcia Blaya, Les Meilleures Intentions est une chronique familiale juste et émouvante, qui fait penser à Hirokazu Kore-eda. Le film sort dans nos salles le 15 juillet.

D’un côté, nous avons Gustavo, musicien amateur et propriétaire d’un magasin de musique à Buenos Aires. Personnage bohème, Gustavo ressemble un peu à un ado attardé dans le corps d’un trentenaire. Son minuscule appartement est un vrai fouillis de vêtements, de vaisselle et d’instruments de musique, et il passe une grande partie de son temps à fumer des joints et à faire la fête avec ses amis.
De l’autre côté, nous avons Ceci, qui semble être l’exact opposé : stricte, organisée, vivant dans un appartement lumineux, spacieux et bien rangé.
Entre les deux, il y a les trois enfants que Gustavo et Ceci ont eus, Amanda, Manu et Laura (dite Lala). Trois enfants qui, comme toujours dans les cas de séparation, passent leur temps à aller d’un parent à l’autre.
Puis, un jour, Ceci annonce à Gustavo qu’elle et son conjoint vont partir au Paraguay car une meilleure opportunité de travail s’y est présentée, et qu’ils emmènent les enfants avec eux.
Chronique d’une famille décomposée ? Les Meilleures Intentions parle de cela, évidemment, mais ne s’y limite pas et, surtout, ne tombe pas dans le piège du larmoyant mélo.

Le premier film d’Ana Garcia Blaya est d’abord une chronique familiale vue à hauteur d’enfant. Pendant une grande partie du film nous adoptons le point de vue de l’aînée, Amanda, 10 ans. Une enfant qui aime son père, qui est heureuse d’être avec lui, de profiter des moments de liberté qu’offre le mode de vie bohème de Gustavo, et qui, en même temps, se retrouve obligée d’assumer, parfois, le rôle de l’autorité parentale, à tel point que son père n’hésite pas à la surnommer “Ceci junior”.
Il suffit de quelques plans, en ouverture de film, pour comprendre que Manda est habituée à se débrouiller seule, à prendre ses propres décisions, et ainsi à combler certaines lacunes de son père. Ainsi, c’est elle qui va, seule, faire les démarches pour demander une bourse scolaire, ce dont Gustavo n’avait jamais eu la moindre idée.
L’une des réussites du film provient du fait que jamais la réalisatrice ne juge les personnages. Il ne s’agit pas ici de prendre le parti du père joyeusement bohème contre la mère trop stricte, ou de la mère réaliste contre le père immature. Comme des enfants aiment leurs deux parents, nous sommes amenés à voir les qualités de chacun des personnages. Comme l’indique le titre, nous sommes amenés à voir en chacun “les meilleures intentions”, à voir comment, malgré leurs différences, Gustavo et Ceci sont avant tout prêts à tout mettre de côté pour le bien de leurs enfants.
D’ailleurs, le film va aussi montrer l’évolution de Gustavo, prêt à assumer plus clairement ses obligations parentales, à vraiment gagner sa vie, avoir un meilleur logement… La situation oblige le père à comprendre les limites de son mode de vie, qui peut être idéal pour un célibataire mais qui convient peut-être peu à un père de famille.

Les Meilleurs Intentions va principalement se concentrer sur les émotions vécues par les personnages. La réalisatrice va réussir à capter les instants de vie, sans jamais insister ou forcer les choses. C’est la justesse du ton qui constitue peut-être la première qualité du film.
Ana Garcia Blaya ne le cache pas : son film est fortement autobiographique. Elle en avait écrit le scénario il y a une dizaine d’années maintenant, mais c’est à la mort de son père qu’elle a décidé de faire le film à proprement parler.
De fait, Les Meilleures Intentions nous propose une reconstitution remarquable des années 90, d’autant plus intéressante qu’elle sait se faire discrète et ne pas voler la vedette aux protagonistes. Parmi ce souci de reconstitution, la cinéaste n’oublie pas de parler de la crise économique qui frappe l’Argentine et qui pèse sur les décisions des personnages. C’est à cause de la crise que Ceci doit partir à l’étranger. C’est à cause de la crise que le magasin de Gustavo ne fonctionne pas.
Le film est constitué, en partie, d’images prises au caméscope, qui à la fois renforcent l’immersion au sein de cette famille et de cette époque et ciblent encore plus les émotions. Ces images renvoient aussi au caractère autobiographique du film, puisque, tout à la fin, nous avons les véritables images du père de la cinéaste…
La musique tient aussi une place importante, voire essentielle. Elle participe pleinement à la reconstitution, elle accentue aussi l’aspect autobiographique et colle au personnage de Gustavo. Cela donne certaines belles scènes, où l’histoire est suspendue le temps d’une chanson.
En bref, Les Meilleures Intentions est un beau premier film, une chronique familiale tendre et émouvante, qui sait ne pas tomber dans les pièges ou les facilités scénaristiques.

Synopsis : Buenos Aires, dans les années 90. Trois frère et soeurs, Amanda, Manu et Laura, vivent par alternance chez leur père, Gustavo, et leur mère, Ceci. Un jour, Ceci annonce à Gustavo qu’elle part vivre à Asuncion, au Paraguay, et qu’elle compte amener les enfants avec elle.

Les Meilleures Intentions : bande annonce

Les Meilleures Intentions : fiche technique

Titre original : Las Buenas Intenciones
Scénario et réalisation : Ana Garcia Blaya
Interprètes : Javier Drolas (Gustavo), Amanda Minujin (Amanda), Ezequiel Fontenla (Manu), Carmela Minujin (Lala)
Photographie : Soledad Rodriguez
Montage : Rosario Suarez, Joaquin Elizalde
Musique : Ripe Banana Skins
Production : Francisco Alcaro, Juana Garcia Blaya, Joaquin Marques Borchex, Juan Pablo Miller, Emiliano Riasol
Société de production : Bla Bla Cine, INCAA, Tarea Fina, Nos
Société de distribution : Epicentre Films
Date de sortie en France : 15 juillet 2020
Durée : 87 minutes
Genre : chronique familiale
Argentine – 2019

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3.5

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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