Nouveau volet pour « Valhalla Bunker »

Dix ans après la chute du Valhalla Hotel, on croyait la page tournée, les délires nazis définitivement ensevelis sous les gravats et les flammes. Mais c’était mal connaître l’univers de Fabien Bedouel. Dans Valhalla Bunker – Thunder and Lightning, l’auteur reprend seul le flambeau de cette histoire à la fois absurde, violente et délicieusement irrévérencieuse. Résultat : une bande dessinée qui s’assume comme une série B survoltée, entre hommage aux comics, clins d’œil rock et humour féroce.

À la tête du bunker d’Alaska, Tausend, digne héritière de Frau Winkler, rêve à voix haute de fonder les États Nazis d’Amérique. Son projet insensé – cloner Hitler en personne – donne le ton : ici, la mégalomanie n’a pas de limites. Dans un décor high-tech qui fait froid dans le dos se croisent les anciens visages de la saga : Lemmy, apparemment rallié à la cause néo-nazie mais qui traîne une blessure amoureuse laissée par Klara ; Malone, toujours en survêtement, prêt à mener un assaut musclé ; El Loco et Betty, spectateurs incrédules de la folie qui s’annonce. Les retrouvailles sont explosives, les trahisons multiples, et le chaos inévitable. Fabien Bedouel orchestre son récit comme un concert de metal : ça commence fort, ça s’emballe, et ça finit dans les flammes.

On se croirait parfois dans un comics américain. Les courses-poursuites frisent l’hystérie graphique, tandis que les explosions pleuvent comme des confettis. La mise en page est très cinématographique, le rythme va crescendo et quand surgit le fameux clone, on touche au paroxysme du délire assumé.

Si ce tome se montre moins bavard que les précédents, quelques répliques bien senties fusent encore, témoignant de cette ironie corrosive qui est l’ADN de la saga (« Il comprend vite mais il faut lui expliquer longuement »). Les dialogues ne cherchent jamais la gravité : Valhalla Bunker n’a pas vocation à réfléchir sur l’Histoire, mais à la détourner en une farce improbable, explosive, gorgée de gueules cassées, à la manière d’un Tarantino qui dynamiterait les codes du pulp.

La référence musicale du titre – Thunder and Lightning, dernier album studio de Thin Lizzy – n’est pas anodine : comme la chanson, cet album respire l’énergie brute, l’excès et le plaisir coupable. Ce dernier se traduit tour à tour par les folies de nostalgiques du régime nazi, les pathétiques tentatives de justification de Lemmy ou encore la traque de Malone…

Une œuvre improbable. Un mélange de super-pouvoirs, de nazis caricaturaux et de héros cabossés, qui ne se prend jamais au sérieux. Valhalla Bunker s’inscrit pleinement dans l’esprit de ses prédécesseurs et c’est justement là sa force : dans un paysage BD parfois trop sage, Fabien Bedouel livre un récit jouissif, absurde et généreux, qui s’autorise tout. Ce n’est pas toujours du meilleur effet mais ça n’en demeure pas moins décapant. 

On en ressort essoré et impatient de découvrir la suite. Car malgré les tonnes d’explosifs déjà déversées, la saga ne montre que peu de signes d’essoufflement. 

Valhalla Bunker : Thunder and lightning, Fabien Bedouel
Glénat, août 2025, 64 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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