« Trombinoscope » de Prims : exploration de l’absurde

Les éditions Lapin ajoutent un nouvel album teinté d’humour à leur catalogue avec la parution de Trombinoscope, de l’auteur et dessinateur Prims. Laissant libre cours à son penchant pour l’ironie et l’absurde, ce dernier propose une collection de planches qui ne manque ni de sel ni de piment.

La préface du livre est signée par un dénommé Monsieur Moyen, de l’Académie française. Dans un exercice particulièrement réussi d’auto-ironie, Prims échafaude une parodie de la préface en tant que convention littéraire, tout en introduisant son œuvre avec humour. En effet, il est présenté, dans une gradation maîtrisée du sérieux vers le saugrenu, comme une figure respectable, puis, à mesure que le texte avance, de plus en plus controversée, laissant ainsi le lecteur dans un état d’anticipation curieuse.

Trombinoscope aborde ensuite, dans son corpus, une grande variété de sujets, convoquant le comique de situation comme le pur absurde. On y rencontre par exemple un clown courroucé cherchant, littéralement, son âme d’enfant, ou un animal de compagnie horrifiant, confectionné à partir des restes d’un réfrigérateur. Certaines vignettes inversent notre appréhension du monde de façon originale. Par exemple, le café va induire la somnolence plutôt que l’excitation, l’épouvante s’insinue sans prévenir dans un jeu d’enfant et le petit garçon du duo Calvin et Hobbes doit composer avec une calvitie ostensible.

Le livre ne se contente pas de simples gags ou situations humoristiques. Il propose également des scénarios méta-narratifs qui brisent le quatrième mur, impliquant le lecteur dans la structure même de l’histoire, par exemple en mettant en scène un dessinateur en pleine course pour aller plus vite que celui que le lit, ou en montrant un personnage demandant à l’aide en tendant les mains en dehors du cadre de la vignette.

Qu’il se penche sur les origines bio-romantiques du panda-limace ou sur le Roi (fils du) Soleil, qu’il s’amuse des questions récurrentes (et un peu naïves) posées aux auteurs-dessinateurs ou des émissions radiotélévisées absurdes, ou qu’il revisite des funérailles à la manière d’un western ou des expressions courantes de façon littérale (prendre le plat du chef, un enterrement en grande pompe), Prims parvient souvent à faire mouche, avec une bonne humeur contagieuse.

En somme, Trombinoscope est une œuvre acidulée, sans prétention, conçue avant tout pour divertir (sans que cela soit péjoratif). Prims utilise son sens de l’absurde pour tourner en dérision la société, ses manifestations les plus visibles, ses conventions culturelles et linguistiques. Et le lecteur, forcément, se fera voler quelques sourires en cours de route.

Trombinoscope, Prims
Lapin, août 2023, 144 pages

Note des lecteurs9 Notes
3.5

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Notre salut : Un grand film sur un petit homme, carte sur table

Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.

Resident Evil (2026) : Excellent film et adaptation parfaite d’une saga maudite

Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Les Dates chocs de l’Histoire » : quand tout peut encore basculer

On connaît la date et, surtout, on connaît la fin. Avec "Les Dates chocs de l’Histoire", Jean-Yves Le Naour revient aux éditions Bamboo sur ces heures aiguës où rien n’est encore joué, où le cours du monde peut infléchir. Deux premiers albums donnent le ton : "11 novembre 1918 : Au cœur de l’armistice" et "28 octobre 1962 : Au cœur de la crise de Cuba".

« Les 400 coups » : l’école, cette drôle de fabrique à souvenirs

De la conseillère d’orientation qui enterre les vocations aux cours de religion, des humiliations de cour de récréation aux connaissances prétendument "inutiles", cet ouvrage collectif publié aux éditions Fluide Glacial examine l’école sans céder aux facilités de la nostalgie. Les styles graphiques et les tonalités s’y succèdent avec liberté : autobiographie, satire, mauvais esprit, tendresse et franche bouffonnerie se fondent dans un album où chacun semble retrouver un morceau de sa propre scolarité.

« Lenny » : une famille pas comme les autres

À dix ans, Lenny possède un défaut impardonnable : au milieu d’une famille délicieusement dysfonctionnelle, il paraît à peu près normal. Relom retourne ainsi le divan du psychologue comme un gant et fait de "Lenny – On ne choisit pas sa famille !" une petite comédie familiale féroce, volontiers grivoise, où les adultes auraient sans doute davantage besoin d’une consultation que l’enfant qu’ils y expédient.