Rita Perdido : sur les chapeaux de roues

Il y a des héroïnes qui naissent déjà entourées de mystère, et Rita Perdido en fait indéniablement partie. Fondatrice de la fameuse Agence Perdido dans les romans de Victor Dixen, elle se voit offrir une jeunesse dessinée, une plongée graphique dans les années 1980 où les ruelles de Paris bruissent de secrets et où les monstres se cachent derrière les réverbères. Avec « La Clé des champs », premier tome d’une nouvelle série de bande dessinée illustrée par French Carlomagno, le romancier français s’aventure sur un terrain fertile : celui du « préquel » à ses propres univers.

Nous sommes en 1982. Rita, adolescente chilienne traquée par la police de son pays, découvre qu’elle appartient à une caste singulière : celle des retrouveurs, ces êtres capables de plonger dans les « oubliettes » pour arracher aux ténèbres ce que les croquemitaines ont volé. Mais Paris n’est pas seulement le refuge qu’elle espérait face à l’oppression politique : derrière les façades haussmanniennes se cachent en effet trappes, escaliers effacés, doubles-fonds vertigineux. La capitale française, dans ce récit, devient une sorte d’échiquier secret où chaque pierre pavée dissimule potentiellement une menace. Les croquemitaines. Ils rôdent à la lisière du réel. Parmi eux : l’inquiétant « Promeneur de chiens »…

Rita n’a que quinze ans, mais elle apparaît déjà en fuite, mue par le besoin de survivre et la volonté de comprendre. Son don la dépasse autant qu’il l’exalte, et l’on sent poindre, derrière ses colères et ses audaces, le charisme de celle qui fondera un jour l’Agence Perdido. Alors qu’elle doit retrouver son père, un allié inattendu va la seconder : Rüdi, réfugié est-allemand qui a franchi le mur de Berlin, et dont l’amitié avec Rita ajoute une touche de sensibilité dans ce Paris aux mille dangers. 

Il fallait par ailleurs une main graphique capable de capter cette atmosphère si particulière, et c’est là qu’intervient French Carlomagno. Avec un trait nerveux et une vraie efficacité narrative, l’illustrateur insuffle une énergie cinématographique à l’ensemble. C’est donc avec un certain talent que « La Clé des champs » inaugure une série destinée aux jeunes lecteurs dès 11 ans – bien que ses thématiques et son esthétique pourraient séduire bien au-delà. 

Avec Rita Perdido, Victor Dixen réussit un double pari : enrichir son univers romanesque tout en créant une porte d’entrée accessible et intéressante pour une nouvelle génération de lecteurs. Cette série s’annonce comme une des belles promesses de la bande dessinée jeunesse : un voyage au cœur d’un Paris à double fond, où l’on croise autant ses cauchemars que ses rêves perdus…

Rita Perdido, tome 1 : La Clé des champs, Victor Dixen et French Carlomagno
Bayard Jeunesse, 17 septembre 2025, 64 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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