« L’Amérique en procès » : un avocat contre l’injustice

Le bédéiste américain Seth Tobocman dessine les principaux combats juridiques de l’avocat pénaliste Leonard Weinglass. Progressiste et radical, ce dernier a lutté durant plus d’un demi-siècle, à travers plusieurs affaires retentissantes, contre la politique des États-Unis.

En noir et blanc, dans des vignettes expressives et souvent hachurées, Seth Tobocman retrace les procès les plus marquants de Leonard Weinglass. Dans sa préface, Raphaël Kempf présente l’avocat pénaliste de la manière suivante : « Sa carrière se confond avec l’histoire des luttes sociales aux États-Unis, des années 1960 au début du XXIe siècle, depuis les premiers mouvements contre la gentrification urbaine et le mouvement hippie à la critique contemporaine de l’impérialisme américain, en passant par les luttes des minorités noires et indiennes, et la dénonciation de la peine de mort et de l’inflation carcérale aux États-Unis. »

Ces combats de prétoire, Leonard Weinglass les a menés par conviction, pour lutter contre les conservatismes et l’injustice. Les opprimés qu’il défendait avaient en commun une capacité à faire bouger les lignes, à infléchir la politique américaine dans un sens plus progressiste. À Newark, dans des quartiers pauvres et noirs, Weinglass obtient pour les résidents un dédommagement du gouverneur après des perquisitions vexatoires et un déchaînement de violence policière. Lors de la Convention démocrate de 1968 à Chicago, il se place aux côtés des pacifistes accusés de crime fédéral pour avoir manifesté après avoir traversé les frontières de l’État. La conspiration dont on les accuse est un moyen commode de briser la contestation sur la guerre du Vietnam. Leonard Weinglass va notamment mettre en doute l’impartialité du juge pour l’emporter.

Plus tard, on retrouvera l’avocat pénaliste dans la fameuse affaire des Pentagon Papers : des documents classifiés révèlent les intentions cachées des États-Unis au Vietnam. Weinglass défend alors les lanceurs d’alerte Anthony Russo et Daniel Ellsberg. Ce dernier est suivi par un psychiatre dont le cabinet est « forcé ». Le juge chargé de l’affaire est par ailleurs suspecté de collusion avec le président Nixon. Une autre affaire concerne cette fois la CIA, qui recrute directement sur les campus américains, ce qui provoque une vague de contestation réprimée par les autorités. Leonard Weinglass plaide ici la « nécessité » : l’action de ses clients était moralement justifiée et sans alternative crédible équivalente.

Petit retour en arrière. Né dans le New Jersey au sein d’une famille juive, Leonard Weinglass a étudié le droit et rejoint Yale, puis l’Armée de l’air, où il commença sa carrière par l’acquittement en cour martiale d’un soldat noir. Il aurait pu rester longtemps membre d’un grand cabinet d’avocats ou assistant du procureur général, mais il choisit contre toute attente de monter un modeste cabinet privé dans un quartier pauvre et majoritairement afro-américain de Newark. Ce que L’Amérique en procès révèle, c’est son attachement envers ses clients et sa fidélité à la cause progressiste, mais aussi ses renoncements privés afin d’être disponible pour plaider devant les tribunaux, son ingéniosité professionnelle et ses immenses qualités humaines.

Son portrait éclaire par ricochet une Amérique qui non seulement prend des libertés avec le droit, mais se montre capable de mener des politiques sournoises et mortifères tout en le cachant à ses citoyens. La carrière de Leonard Weinglass coïncide avec le mouvement pour les droits civiques, la guerre du Vietnam, les interventions étrangères de la CIA ou le Watergate. Autant d’événements qui ont nourri ses luttes et impacté sa conscience. C’est précisément leur interdépendance qui constitue la sève de cet album édifiant.

L’Amérique en procès, Seth Tobocman
Collectif des métiers de l’édition, août 2020, 224 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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