« Grand Petit Homme » : devenir majuscule quand on est minuscule

Avec Grand Petit Homme (Glénat), Zanzim met en scène un homme de petite taille, peu considéré, et désireux de devenir grand. Le roman graphique, qui emprunte beaucoup au septième art, interroge avec humour et finesse les notions de virilité, de séduction et de résilience, à travers les aventures singulières de Stanislas, anti-héros s’il en est. 

Stanislas Rétif habite un modeste appartement. Il vit avec son chat pour seule compagnie et mène une existence discrète, bien rangée, articulée autour de son travail dans un magasin de chaussures. Introverti et sensible, il incarne à sa façon la figure de l’homme diminué, littéralement et figurativement. Avec son mètre cinquante-sept, et malgré des qualités évidentes, il est constamment relégué au second plan. Un jour, lassé des frustrations qui l’assaillent au quotidien, il fait le vœu de devenir un « grand homme ». Ironie du destin : le voilà rétréci à la taille d’un pouce et contraint de survivre dans un environnement hostile, où chaque élément, de la cliente qui circule dans le magasin à l’araignée qui s’abrite au sous-sol, constitue un danger potentiel. Par cette transformation saugrenue, qui rappelle évidemment le film de Jack Arnold L’Homme qui rétrécit, Zanzim amorce une parabole brillante sur le sens véritable de la grandeur.

Dans cette nouvelle vie microscopique, Stanislas fait l’expérience de la fragilité : il n’est plus maître de son environnement et peut prêter une oreille attentive aux préjugés des femmes, qu’il peut désormais observer sans être vu. Si son obsession pour les pieds demeure (comment ne pas songer à François Truffaut, ses plans « fétichistes » et des films tels que L’Homme qui aimait les femmes ?), il n’est plus désormais qu’un observateur et témoin impuissant, dans un récit doux-amer qui le ménage peu mais lui permet néanmoins de rencontrer deux femmes importantes. Car si le rétrécissement physique de Stanislas est central dans l’intrigue, avec tous les aléas qui l’accompagnent, il devient aussi le vecteur d’une reconstruction intérieure. Ses collègues se rendent compte de son importance, et surtout il rencontre une jeune femme, Fleur, qui le trouble et le fascine. Pour Zanzim, cette dernière permet par ailleurs d’introduire une nouvelle thématique, poignante et très actuelle – mais qu’on évitera de divulgâcher. 

Dans une structure proche du conte, Zanzim met en scène un héros qui doit affronter des épreuves pour se dépasser. Cela souligne l’intemporalité des questions soulevées, et notamment l’acceptation de soi. Mais Grand Petit Homme n’est pas pour autant fléché, ou gorgé de moralisme, et le récit, léger, se découvre en laissant libre cours aux interprétations du lecteur. Touchant, coloré et drôle, avec le Paris des années 60 en toile de fond, l’album nous offre une réflexion sur la nature humaine, où chacun des gestes quotidiens peut finalement contenir une grandeur insoupçonnée. En rétrécissant son personnage, Zanzim élargit notre champ de vision et nous rappelle que la vraie grandeur est souvent celle qui échappe aux regards.

Grand Petit Homme, Zanzim
Glénat, novembre 2024, 144 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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