« Frankenstein ou le Prométhée moderne » : réinterprétation graphique d’une œuvre intemporelle

Les éditions Aventuriers d’Ailleurs publient Frankenstein ou le Prométhée moderne, conçu par Sergio A. Sierra et illustré par Meritxell Ribas Puigmal. À mi-chemin entre fidélité au roman originel de Mary Shelley et innovations esthétiques, l’album propose un regard renouvelé sur une œuvre qui continue d’intriguer et de fasciner. 

Sergio A. Sierra et Meritxell Ribas Puigmal ont su conjuguer respect pour l’œuvre originale et accessibilité pour un public contemporain. Le langage reste empreint du style du XIXᵉ siècle, mais cette bande dessinée cible un large public, des jeunes lecteurs dès dix ans aux adultes, grâce à une approche privilégiant l’ambiance à l’horreur. Comme attendu, les thématiques d’éthique, de responsabilité et de solitude y sont abordées, notamment à travers la figure ambivalente et désillusionnée du « monstre ».

Cette adaptation invite à une réflexion sur les conséquences des actes humains. Victor Frankenstein, obsédé par la création de la vie, et sa créature, victime de l’abandon de celui qui l’a façonné, incarnent les deux figures complémentaires d’un drame moral intemporel. Le premier s’est tôt plongé dans les sciences, au point de concevoir une méthode expérimentale permettant de redonner vie à des cadavres. Le second aspire à s’insérer dans une société dont la tolérance s’arrête aux portes de l’apparence physique.

L’un des aspects les plus frappants de cette adaptation réside dans l’utilisation de la carte à gratter. Meritxell Ribas Puigmal maîtrise en clerc cette technique exigeante, qui consiste à révéler le blanc sous une couche noire pour dessiner en inversant les contrastes traditionnels. Cette méthode, rarement utilisée en bande dessinée, confère une réelle identité visuelle à cet album, authentique plaisir pour les yeux.

Matériau de base, le roman de Mary Shelley, publié en 1818, fait de Victor Frankenstein, par sa quête du savoir interdit, une figure prométhéenne, chère aux écrivains romantiques. L’adaptation de Sergio A. Sierra et Meritxell Ribas Puigmal respecte cet héritage tout en sondant les tréfonds de la condition humaine. Le récit a d’ailleurs la particularité de procéder selon un flashback, puis de présenter successivement le point de vue de Victor et de sa créature, ce qui permet une vision plus nuancée et complexe du conflit qui les oppose. C’est la science sans conscience, bientôt prise de remords, contre une créature qui lui échappe, et qui porte en bandoulière une malédiction sur laquelle elle n’a aucune prise.

Bien entendu, cette adaptation de Frankenstein ou le Prométhée moderne trouve un écho particulier dans les questionnements actuels sur la technologie, la bioéthique et les responsabilités des créateurs. L’orgueil scientifique et les dangers d’une quête de pouvoir dénuée de considération morale d’un côté ; les laissés-pour-compte d’un monde qui ne leur accorde ni reconnaissance ni compassion de l’autre.

Finalement, l’album constitue une très belle réussite, tant sur le plan graphique que narratif. Si cette adaptation n’apporte pas de révolution par rapport au récit original, elle n’en constitue pas moins une porte d’entrée accessible et esthétiquement séduisante pour redécouvrir l’œuvre de Mary Shelley. 

Frankenstein ou le Prométhée moderne, Sergio A. Sierra et Meritxell Ribas Puigmal  
Aventuriers d’ailleurs, février 2025, 104 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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