« Batman Mythology : la Batcave » : l’antre du Chevalier noir

Batman Mythology : la Batcave inaugure chez Urban Comics une nouvelle série explorant les grands motifs inhérents au Chevalier noir. Ce recueil est ainsi l’occasion de découvrir les origines de la célèbre Batcave, ainsi que ses trophées et ses contes.

Batmobile, batplane, laboratoire, salle des trophées… La Batcave est un lieu tenu secret, sis sous le manoir Wayne, emblématique de l’univers du Chevalier noir. On y trouve ses tenues, armes et gadgets, une technologie à la pointe et les souvenirs de ses succès face au crime. Batman Mythology : la Batcave prend la forme d’un recueil d’histoires toutes plus ou moins liées à cet endroit particulier. Ces courts récits s’étendent du début des années 1940 jusqu’à l’époque contemporaine et impliquent des grands noms – ou nègres – de la bande dessinée tels que Bill Finger, Bob Kane, Scott Snyder, Sheldon Moldoff ou Lew Sayre Schwartz.

Un gilet pare-balles garnissant la collection de trophées de la Batcave fait l’objet d’un flashback : il a ironiquement provoqué la mort de trois frères brigands, dont un cherchait pourtant à se repentir (Don Cameron et Jerry Robinson, 1942). Le criminel Wolf Brando s’échappe de prison et pénètre dans l’antre du Chevalier noir (Bill Finger et Jim Mooney, 1948). Dans la grange d’une maison récemment acquise, Bruce Wayne tombe accidentellement dans une crevasse, bientôt érigée en quartier général (Bill Finger et Sheldon Moldoff, 1954).

Histoire après histoire, Batman Mythology : la Batcave ne cesse d’éclairer le Chevalier noir à la lumière de son repère secret. Denny O’Neil et Dick Giordano ont ainsi, en 1989, articulé un court récit autour de la notion de chute – celle de Batman en action, celle de ses parents lors de leur mort, celle du jeune Bruce Wayne dans la Batcave. On y suit fugacement le parcours scolaire du super-héros, sa formation au FBI, son entraînement en Corée, puis en France. La Batcave apparaît immense, changeante à travers le temps, décorée d’un dinosaure mécanique, d’une pièce de monnaie géante, du masque de Red Hood, de costumes… Autant de spécificités qui se voient mises à l’honneur dans les récits composant cet album thématique et compilatoire.

Dans « L’île aux dinosaures » (1946), Bill Finger et Bob Kane envoient Batman sur une île peuplée de sauropsides mécanisés. Alors que le Chevalier noir pense participer à un jeu visant à récolter des fonds pour des associations, lui et Robin vont devoir faire face aux pièges tendus par un criminel à la solde de la pègre. Dans « Les 1001 trophées de Batman » (1950), Ed Hamilton et Bob Kane échafaude un récit dans lequel le Dr Doom trouve refuge dans un sarcophage destiné à la salle des trophées de Batman. De son poste privilégié, il va exploiter les objets fétiches de l’homme-chauve-souris, prélevés lors de ses missions contre le crime, pour tenter de le mettre à mal. « L’homme au masque rouge » (1951), de Bill Finger et Lew Sayre Schwartz, expose une enquête que Batman mène en compagnie de ses étudiants en criminologie pour débusquer Red Hood, tandis « Le premier Batman » (1956), de Bill Finger et Sheldon Moldoff, apporte des éléments nouveaux et déterminants sur la mort des parents de Bruce Wayne.

La dernière partie de l’album est axée sur les contes de la Batcave et complète de manière idoine ce premier volume de Batman Mythology. On découvre ainsi une Batcave volante grâce à laquelle le Chevalier noir combat le crime tout en respectant sa promesse de ne plus fouler le sol de Gotham City (David Vern Reed et Lew Sayre Schwartz, 1952), ou encore un « jeu d’ombres » avec Man-Bat (Gerry Conway, Gene Colan, 1982), voire la fugue d’un enfant dans le repère secret du justicier capé (Paul Pope, Jay Stephens 2001). L’ensemble jette une lumière profuse sur la Batcave et la façon dont elle est inextricablement liée à Batman : en la violant, on en fait de même avec l’identité secrète du Chevalier noir, mais on altère aussi ses capacités à punir le crime.

Batman Mythology : la Batcave, ouvrage collectif
Urban Comics, janvier 2021, 296 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Le vent dans les saules » : suspendre le temps

Sous la plume de Michel Plessix, l’univers pastoral imaginé par Kenneth Grahame retrouve une seconde jeunesse. Une fresque douce et mélancolique où l’amitié, la nature et les caprices composent une partition d’une rare délicatesse.

« Monet en quête de lumière » : la vie intime d’un génie pictural

Avec "Monet en quête de lumière", Aurélie Castex épouse un regard. À hauteur d’homme, au fil des saisons et des doutes, sa bande dessinée retrace l’itinéraire d’un peintre obsédé par l’insaisissable, jusqu’à faire de la lumière elle-même un sujet.

« Les Saiyans (Full Color, Tome 2) » : le moment où tout bascule

Ce deuxième volume de l'arc Saiyans concentre ce que Dragon Ball a de plus brutal et de plus sublime. C'est ici, peut-être, que la série devient grande.