« Baby » (Tome 3) : le jugement dernier selon Chang Sheng

Dans les ruines d’un monde rongé par la rouille et le sang, Chang Sheng livre la conclusion de sa trilogie dystopique. Spectaculaire, viscéral et parfois d’une poésie inattendue, ce troisième volume rassemble les fils de l’intrigue, dévoile l’énigme d’Alice et convoque la question de la Matrice, cette ombre tentaculaire qui hante toute la série.

Avec ce troisième tome de Baby, publié chez Glénat, le mangaka taïwanais Chang Sheng referme une œuvre qui s’inscrit dans la grande tradition du post-apocalyptique, dont la percée dans la culture populaire n’est plus à démontrer (songeons à The Walking Dead). On connaît désormais le pitch : un parasite inconnu, le Baby, a métamorphosé l’humanité en monstres mécaniques, condamnant les survivants à une lutte incessante. Au centre du récit, Élisa, contaminée sans être transformée, dépositaire malgré elle de cette fragile frontière entre humanité et altérité, chair et acier.

Le tome s’ouvre sur une ambiance claustrophobe : les derniers bastions de vie se terrent dans des bunkers, persuadés d’échapper aux hybrides. Mais la sécurité est une illusion. Ryan et son commando découvrent qu’ils ont été infiltrés par des agents de la Matrice, qui visent Alice, la mystérieuse enfant que l’on dit porteuse d’un secret. La tension éclate en scènes d’action nerveuses, où Chang Sheng excelle – une double page spectaculaire mettra ainsi aux prises résistants et mécanos. Élisa, toujours sur la ligne de crête entre victime et sauveuse, intervient avec une détermination de plus en plus viscérale.

La révélation de l’identité d’Alice, et de ses pouvoirs, constitue le cœur du volume. Le lecteur y trouve une clef, mais aussi une interrogation : qu’est-ce que la Matrice, sinon la personnification d’un monde malade qui cherche à absorber ce qui lui résiste ? Chang Sheng en fait moins une entité technologique que le miroir d’un effondrement généralisé, et c’est dans ce glissement que le récit trouve une part de poésie. Comme cette pluie finale, lavant les scories robotisées pour donner l’illusion d’un recommencement.

On pourrait reprocher à ce dernier opus un certain déséquilibre : si Alice occupe toute la lumière, les autres personnages semblent rester en retrait, quelque peu effacés par la mécanique de résolution. La trahison d’un compagnon, le courage des plus lâches, les dilemmes des survivants : tout cela affleure, mais cède vite la place à l’urgence d’une confrontation globale. Ce choix scénaristique rend la fin moins complexe qu’on ne l’imaginait, mais offre néanmoins une efficacité brute qui sied bien à la veine survival.

Reste la patte de Chang Sheng, à la fois énergique et précise, dont le dessin traduit la brutalité du monde tout en s’accordant des moments d’épure presque lyriques. La lecture de Baby demeure une expérience sensorielle, une plongée dans un chaos où l’on s’émerveille paradoxalement de la beauté des ruines…

Baby (Tome 3), Chang Sheng 
Glénat, septembre 2025, 312 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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