Mémoires Vives de Edward Snowden : la liberté a-t-elle un prix?

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Le lanceur d’alerte américain Edward Snowden a sorti le 19 septembre 2019 ses mémoires, intitulés Mémoires Vives, dans lesquels il explique ce qui l’a mené à dénoncer le programme de surveillance de masse mis en place par la NSA (National Security Agency).

Tout le monde a déjà entendu parler au moins une fois d’Edward Snowden. En grande partie haï dans son pays natal, les États-Unis, où il est considéré comme traître à la nation, il vit aujourd’hui en Russie, seul pays lui ayant octroyé l’asile politique, au terme d’une situation qui semblait inextricable. Très engagé aussi bien dans la « vraie vie » que sur internet, publier ses mémoires peut aussi bien être vu comme un geste politique qu’un geste informatif. En effet, au fil des pages, il revient sur sa vie, de son enfance à aujourd’hui (bien que cette partie soit beaucoup moins développée, dans un souci de parler de l’essentiel). Il en profite pour disséminer de nombreuses informations sur tout ce qui a trait à l’informatique et la cybersécurité. Il n’oublie pas les novices, car il prend le temps d’expliquer de façon simple et claire comment ce dont il nous parle fonctionne.

Mémoires Vives fait figure de piqûre de rappel et d’avertissement sur la plus grande menace qui plane au-dessus d’internet et de ses utilisateurs : celui de la disparition de la vie privée. Snowden fait la lumière sur le programme de surveillance de masse mis en place par la NSA aux États-Unis mais pas seulement : celui des « Fives Eyes » (Cinq yeux) en règle générale. Ces Five Eyes désignent l’alliance des services de renseignement, de l’Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni et aussi, comme dit précédemment, des États-Unis. Snowden les décrit comme « une agence de renseignement supranationale qui ne répond pas aux lois de ses propres pays membres ». Comme il l’a dénoncé en 2013 et le rappelle dans ses pages, cette alliance a délibérément détourné les lois de ces pays pour espionner leurs concitoyens, grâce à l’aide de certains programmes. Parmi ceux-ci, XKeyscore est peut-être le plus connu : à travers la mise en place de quelques 700 serveurs implémentés dans une dizaine de pays, il permettait de récolter quasiment systématiquement des informations sur les activités de tout utilisateur sur internet.

Ce livre est d’autant plus important que non seulement son auteur dénonce ces méfaits, mais il explique en plus comment se prévenir face à cela. Notamment en utilisant TOR. Mais le fait de revenir plus généralement sur sa vie et la cause de ses actes, nous permet de prendre conscience qu’au nom du bien, il est très facile de tomber du côté opposé. Finalement, ces mémoires nous font poser une question : devons-nous sacrifier notre liberté pour notre protection ? Edward Snowden nous en donne un bout de réponse :

Il n’est tout simplement pas possible de fermer les yeux sur la vie privée. Nos libertés sont solidaires et renoncer à notre vie privée, c’est renoncer à celle de tout le monde. On peut tirer un trait dessus par souci de commodité ou sous prétexte que seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher veulent la protéger. Mais clamer qu’on n’a pas besoin de vie privée car on a rien à cacher revient à dire que personne ne devrait avoir le droit de cacher quoi que ce soit…

Finalement, prétendre que vous n’accordez aucune importance au concept de vie privée parce que vous n’avez rien à cacher n’est pas très différent que d’affirmer que vous n’avez que faire de la liberté d’expression parce que vous n’avez rien à dire, ou que la liberté de culte vous indiffère puisque vous ne croyez pas en Dieu, ou encore que vous vous moquez éperdument de la liberté de réunion parce que vous êtes agoraphobe, paresseux et anti-sociable. Si cette liberté ne représente peut-être pas grand-chose pour vous aujourd’hui, cela ne veut pas dire qu’elle ne représentera toujours rien demain.

Si cette lecture peut nous enseigner une leçon, elle dirait que la menace de la surveillance de masse nous concerne tous. Comme l’auteur le rappelle judicieusement dans son livre, cette surveillance peut avoir lieu partout. Souvenons-nous qu’en France, le gouvernement à adopté une loi « relative au renseignement » très controversée, promulguée le 24 juillet 2015 qui permet notamment la mise en place de « boîtes noires » chez des opérateurs de télécommunication, permettant de détecter les comportements suspects des utilisateurs grâce à leurs données de connexion. Gardons donc les yeux ouverts.

Mémoires vives, Edward Snowden
Seuil, septembre 2019, 384 pages

Festival

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Flora Sarrey
Flora Sarreyhttps://www.lemagducine.fr/
Biberonnée au cinéma depuis toujours, je suis passionnée par les films danois et asiatiques. Egalement férue de littérature et rock'n'roll.

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