Dictionnaire du cinéma japonais en 113 cinéastes : nouvelle édition d’un incontournable

Sorti en 2016, ce dictionnaire consacré aux cinéastes nippons les plus importants de l’âge d’or des studios (1935 à 1975) s’est depuis lors imposé comme un ouvrage synthétique de référence en français sur le sujet. Epuisé, il bénéficie aujourd’hui d’une nouvelle édition revue et augmentée, comprenant notamment l’inclusion de douze metteurs en scène supplémentaire, de deux cahiers de photographies et d’une préface de Kiyoshi Kurosawa. Le principe reste donc le même, mais le dictionnaire a encore gagné en qualité, reflétant l’extraordinaire richesse d’un cinéma dont on n’a pas fini de découvrir des trésors (plus ou moins) cachés. 

« Le cinéma japonais classique nous est plus proche que jamais. » À la lecture de ce dictionnaire, le lecteur ne peut que parvenir à la même conclusion que Pascal-Alex Vincent dans son nouvel avant-propos. En 2016, le dictionnaire proposé comme simple accompagnement d’un coffret DVD, avait été un succès-surprise, ce qui avait justifié sa sortie sous forme d’un livre individuel dès 2017. Depuis lors, sa pertinence n’a guère faibli, et on ne peut donc que se réjouir que Carlotta Films ait décidé de le ressortir fin octobre dernier. Cette nouvelle édition « revue et augmentée » mérite bien son qualificatif promotionnel. Comprenant initialement des notices consacrées à 101 cinéastes, douze supplémentaires ont trouvé leur place dans ce dictionnaire version 2025, parmi lesquelles Jun Fukuda, Nobuko Shibuya ou encore Tomotaka Tasaka. L’ouvrage comprend à présent également deux jolis cahiers de photographies de classiques du cinéma nippon, une préface signée Kiyoshi Kurosawa et le Top des meilleurs films japonais de la revue Kinema Junpo.

Cinéaste (il a notamment réalisé des documentaires consacrés à Kinuyo Tanaka et Keiko Kishi) et enseignant en histoire du cinéma japonais à l’université Sorbonne nouvelle, Pascal-Alex Vincent dirige toujours cette formidable collection de trésors du cinéma de l’âge d’or japonais. Plus de vingt auteurs différents – occidentaux comme japonais – y ont collaboré sous sa direction. Leur diversité fait la richesse et l’intérêt de ce dictionnaire. Ils viennent du milieu académique (chercheurs, professeurs, critiques de cinéma), mais aussi du cinéma (cinéastes, monteurs, scriptes), voire d’horizons plus inattendus comme la cinéphilie (tout simplement) ou la traduction.

Cette richesse est renforcée par un principe éditorial simple : si tous les auteurs connaissent parfaitement leur sujet et écrivent admirablement bien, on ne leur a pas imposé de cadre stylistique rigide. Chacun partage donc sa passion à sa manière, garantissant une lecture captivante ! L’approche choisie peut parfois s’avérer surprenante : si la majorité des articles respectent une structure biographique (et donc chronologique) classique, d’autres s’attachent à des analyses plus fouillées de certaines œuvres (emblématiques dans la plupart des cas, mais parfois obscures aussi) du cinéaste traité. Les anecdotes personnelles de certains auteurs ayant côtoyé ou collaboré avec certains réalisateurs, se mêlent à des notices plus courtes et pointues. Notons également que les cinéastes les plus célèbres ne bénéficient pas nécessairement d’un développement plus long que les autres. Cette hétérogénéité ne pose cependant aucun problème dans le cadre d’un dictionnaire, type d’ouvrage qui implique naturellement une lecture fragmentaire et sélective.

La nouvelle édition de cet ouvrage de référence est passionnante pour les amateurs de cinéma nippon de tout poil, qu’il s’agisse d’apprendre des choses inattendues concernant les grands maîtres que sont Kurosawa, Mizoguchi, Ozu, Kinoshita, Oshima ou Imamura, ou d’en découvrir une pléthore qui n’ont pas accédé à ce degré de notoriété, loin s’en faut, en Occident. Cerise sur le gâteau, Pascal-Alex Vincent n’a pas confondu hommage respectueux et encyclopédie élitiste. Ainsi, le cinéma de genre (kaijū eiga, pinku eiga, yakuza eiga…) côtoie sans rougir – et sous la plume de rédacteurs souvent inspirés et inspirants – les chefs-d’œuvre du mélo, du chanbara, du jidaigeki ou du drame familial « à la Ozu ». Se dessine ainsi, à travers les 340 pages de ce dictionnaire, l’infinie richesse d’un patrimoine cinématographique parmi les plus riches du monde… qu’on n’a pas fini de découvrir.

Dictionnaire du cinéma japonais en 113 cinéastes : L’Âge d’Or (1935-1975), sous la direction de Pascal-Alex Vincent
Carlotta Films (éditeur), sorti le 23 octobre 2025

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