« Corona chroniques » : journal d’un confiné

L’écrivain et documentariste David Dufresne publie aux éditions du Détour ses Corona chroniques. Il s’agit de comptes-rendus journaliers sur le confinement, mais aussi sur la gestion publique d’une pandémie qui laissera forcément des traces…

Pour beaucoup, les longues semaines de confinement s’étendant en France du 16 mars au 11 mai 2020 ont été anxiogènes, voire traumatiques. Le chômage a frappé de plein fouet des millions de travailleurs à travers l’Europe (et parfois de façon permanente), les cas de violences conjugales et envers les enfants ont bondi, les séquelles psychologiques n’ont cessé de faire leur œuvre. Chacun, doué de sa propre sensibilité, a connu une expérience intime et personnelle du confinement. Avec ses Corona chroniques, David Dufresne partage la sienne : sorties limitées, contacts réduits à leur portion congrue, consommation frénétique – et désabusée – de la presse, veille journalistique quant aux violences policières, stupéfaction devant certaines décisions ou actions politiques… Chaque journée fait l’objet d’un compte-rendu et un petit tableau glissé en fin de texte livre quelques indications sur le moral de l’auteur, son « ravitaillement », son débit Internet et le nombre (souvent nul) de ses sorties.

Corona chroniques excède cependant de loin le seul cas de David Dufresne. Tout au long de ses « chroniques », l’auteur questionne l’état d’urgence sanitaire, les attestations de déplacement, les méthodes policières visant à faire respecter le confinement, la valse-hésitation publique ou l’hypocrisie gouvernementale, notamment sur les masques ou sur le débarquement de Christophe Lannelongue, directeur de l’Agence régionale de santé (ARS) du Grand-Est. La pandémie a aussi donné un nouveau souffle à la techno-surveillance : drones et micro-drones, applications mobiles, cartographie du territoire, exploitation des données mobiles, tout ce qui pouvait être mis au service de l’analyse et la répression des comportements jugés indésirables l’a été. Pendant ce temps, les produits médicaux se négociaient à la sauvette sur le tarmac des aéroports, le gouvernement entendait lutter contre les fake news en labellisant l’information, l’extrême droite multipliait les raids sur les réseaux sociaux et Donald Trump encourageait ses ouailles à enfreindre le confinement dans les États aux mains des démocrates.

Lassitude. C’est probablement le sentiment qui prévaut à la lecture de ces Corona chroniques. Avec son style tranchant et sarcastique, David Dufresne verbalise sans mal ces semaines où nos repères se sont brouillés, où l’anxiété sanitaire a atteint des sommets et où la marche des affaires publiques est apparue tour à tour lâche, absurde, à contre-temps. On a applaudi des soignants tout en laissant crever le monde hospitalier. On a fermé les yeux, encore et toujours, sur les débordements policiers. On a subi l’arbitraire des règles, au point de ne pouvoir saluer, à travers une vitre, un proche esseulé dans son EHPAD. Peut-être faut-il laisser le mot de la fin à William Dab, ancien directeur général de la santé, cité dans l’ouvrage : « Avec le confinement généralisé, on fait peser sur la population la totalité des efforts de prévention. Ça ne peut pas marcher et le coût humain est effrayant avec un cortège d’inégalités sociales qui s’aggravent. »

Corona chroniques, David Dufresne
Éditions du Détour, octobre 2020, 240 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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