Cannes 2017 : Un beau soleil intérieur, la valse des sentiments selon Claire Denis

On ne pourra plus dire de Claire Denis que son cinéma est sec et dépressif. Avec Un beau soleil intérieur, elle signe une comédie romantique écrite avec un sens des dialogues exceptionnel et portée par un casting quatre étoiles. On peut le dire : La Quinzaine des Réalisateurs commence très bien.

Synopsis : Isabelle, divorcée, un enfant, cherche un amour. Enfin un vrai amour.

L’ouverture sur une scène de sexe tournée de façon frontale et sans émotion est symptomatique du cinéma de Claire Denis : brut et sans tabou. Elle est aussi programmatique de l’étonnant marivaudage qui va suivre, à savoir un film où l’amour n’est pas à chercher là où on l’attend. Mais où alors ? C’est cette question presque rhétorique qui hante le personnage d’Isabelle tout au long du film.  Jouée par une Juliette Binoche que l’on aura rarement vue aussi solaire, cette quarantenaire en mal d’amour enchaîne les rencontres, les espoirs et les désillusions. Parce qu’elle est entourée du plus beau casting de ce Festival de Cannes et que les dialogues échangés sont d’une incroyable justesse, chacune des scènes est un petit plaisir. C’est ainsi que Xavier Beauvois se retrouve dans la peau d’un banquier au franc-parler méprisant et que Nicolas Duvauchelle campe un comédien complaisant qui préfère s’écouter parler plutôt que donner du réconfort (entendez, du sexe) dont la pauvre Isabelle a tant besoin. Certaines rencontres sont plus mémorables que d’autres, notamment celle de Philippe Katerine, dont la présence est un effet comique à elle seule, mais aussi et surtout, Gérard Depardieu qui clôt le film dans une tirade inoubliable, mélange de sincérité attendrissante et de vile manipulation émotionnelle.

Formellement, un tel film fait ainsi de saynètes verbeuses aurait pu tomber dans le piège de la mise en scène plan-plan, mais Claire Denis a eu la bonne idée de filmer chacun de ses personnages d’une manière différente. Le ton est léger, d’une remarquable subtilité, mais le rythme ne semble pas forcément approprié à celui de la comédie, dû à un manque d’expérience de la réalisatrice dans ce genre. On a ainsi l’impression d’avoir par moment affaire à des scènes qui s’étirent dans l’attente du bon mot (qui ne vient pas forcément), sans pour autant que la qualité d’écriture n’en pâtisse pour qui saura chercher la subtilité entre les lignes. Si le manque affectif n’est pas aisément sujet à la gaudriole, les situations absurdes dans lesquelles il entraîne les personnages sont un inépuisable levier comique autant que mélodramatique. C’est ce paradoxe qu’a su éclairer Claire Denis et sa scénariste, la romancière Christine Angot.

Un beau soleil intérieur : Bande-annonce

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[QUINZAINE DES RÉALISATEURS] Un beau soleil intérieur

Un film de Claire Denis
Avec : Juliette Binoche, Josiane Balasko, Nicolas Duvauchelle, Philippe Katerine, Xavier Beauvois, Alex Descas, Gérard Depardieu…
Distributeur : Ad Vitam
Durée : 94 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 27 septembre 2017

France – 2017

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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