A l’Étrange Festival, les crimes se font sur le ton de l’humour

Pour ce cinquième jour à l’Étrange Festival, on rigole enfin un peu avec trois films légers, mais pas dénué d’une certaine noirceur, et qui chacun relève bien de l’humour propre au pays d’où il est issu :

Jeeg Robot, War on Everyone et When Geek meets Serial-Killer.

Qui aurait pu croire qu’un film estampillé « super-héros » produit en Italie et réalisé par un jeune cinéaste encore inconnu aurait pu aboutir à une œuvre aussi maitrisée ? C’est pourtant la belle surprise de ce Jeeg Robot, qui, contrairement à ce que son titre semble indiquer, n’est aucunement une adaptation directe de la série animée de Masayuki Akihi datant des années 70. Mais, à côté de cette référence japonaise qui reste importante dans le parcours de son héros, le long-métrage digère habilement des influences locales (coté film de gangsters, on pense à du Matteo Garonne ou du Stefano Sollima, les deux maestros modernes) et américaines (des films de super-héros hors du carcan hollywoodien tels que Super ou Chronicles). Le résultat de ce mélange de genres aurait pu être un brun foutraque s’il s’était pris au sérieux, mais ici le tout est traité avec un humour ravageur qui en fait une redoutable comédie comme le cinéma italien ne nous en avait plus offert depuis longtemps. La carrière de Gabriele Mainetti est à présent à suivre de très près.

Après L’Irlandais et Calvary, le troisième long-métrage de John Michael McDonagh dénote complètement avec l’identité du cinéaste irlandais tel qu’on a pu la percevoir dans ses deux précédents films. Soit deux flics pourris jusqu’à l’os, amoraux et adeptes d’un humour noir grinçant, interprétés avec énergie par Michael Peña et Alexander Skarsgård dans une intrigue alambiquée au possible. Au-dessus de lois (War on Everyone) n’hésite pas à balancer à tout-va un flot incessants de punchlines sarcastiques et politiquement incorrects dans des situations absurdes. J.M. McDonagh porte un regard corrosif sur une Amérique empêtrée dans des controverses sans fin autour de l’éthique de sa police (le racisme au sein des unités, les meurtres contre les noirs, etc.). Si certaines critiques ont pu saluer l’impertinence de ce buddy movie regressif, on peut légitimement regretter le ton poussif qu’adopte le cinéaste, qui semble abandonner toute nuance et sensibilité en débarquant sur le territoire américain. Comme si le réalisateur britannique tentait de s’y faire accepter en essayant d’adopter le ton tout aussi cynique mais plus maîtrisé de son grand frère Martin McDonagh qui nous a offert les géniaux Bons Baisers de Bruges et Seven Psychopaths. Au-dessus des lois est loin d’être un mauvais film, il se regarde sans déplaisir mais il lui manque tout de même la flamme et une écriture plus développée pour faire partie des références du genre, à l’instar de L’Arme Fatale ou Starsky & Hutsch. On lui préférera dans le même registre Very Bad Cops ou The Nice Guys, le dernier né de l’esprit de Shane Black, l’incontestable spécialiste du buddy movie.

Pour la première fois, Eric Cheng voit une de ses bandes-dessinées adaptées en live, et ce dans le cadre d’une improbable coproduction sino-malaisienne. Il faut dire que, contrairement aux fables héroic-fantasy qui l’ont fait connaitre à Hong-Kong, Wolf & Mary (le comics dont est tiré When Geek Meets Serial Killer) est une histoire plus intimiste, aux inspirations personnelles évidentes, et surtout sur le ton de l’humour noir et burlesque le plus total. C’est dans ce sens que démarre d’ailleurs le film, nous plongeant dans l’imaginaire débridée de son héros, un jeune dessinateur introverti et dont nous partagerons les peurs et les divagations pendant près de la moitié de la diégèse, au cours de laquelle on le voit faire des pieds et des mains pour se débarrasser qu’un cadavre quelque peu encombrant. Cette première partie souffre surtout du peu d’empathie que suscite le personnage, une grossière caricature du « geek » si insupportable qu’on la croirait toute droit sortie de la variation asiatique de The Big Bang Theory. C’est dans la seconde partie, après que nous soit introduit l’autre rôle-titre –le serial-killer donc– que le rythme va s’accélérer, le scénario prenant alors la forme d’un petit jeu de massacre agréablement pervers. Trouver le sens de la vie en multipliant les meurtres, tel semble être la voie que va suivre le personnage, qui va sans surprise dépasser le maitre. Tourné en grande partie en huis-clos, ce vaudeville gentiment trash est le fruit d’un travail amateur, tant de la part de l’équipe technique que du casting, ce qui l’empêche de faire mouche avec le mordant qu’il aimerait avoir.

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