Cannes Classics: Combat sans code d’honneur de Kinji Fukasaku

Combat sans code d’honneur est un film violent et satirique qui a révélé le réalisateur de Battle Royale, Kinji Fukasaku.

De Kinji Fukasaku, le public cite souvent Battle Royale mais quand on visionne Combat sans code d’honneur (Jingi Naki Tatakai / The Yakuza Papers) on reconnaît immédiatement la patte de l’auteur qui fait de la violence un spectacle et de ce spectacle un art. Le film élève Fukasaku au rang de réalisateur culte dès sa sortie en 1973, l’incitant à poursuivre dans une saga et une trilogie : Nouveau Combat sans code d’honneur.

Une vision noire de la société et de l’âme humaine :

« Fukasaku n´a jamais arrêté de travailler, de produire, de donner sa vision du cinéma, de dénoncer la société dans son ensemble, de lever le voile sur les vices, les perversités et les plus grandes déchéances de l´être humain. Toute sa vie, il a voulu aller à contre-courant d´un pays qui prône le pouvoir, la richesse, l´ambition. Toute sa vie, il a tenté de démontrer que le manichéisme n´est qu´une pure spéculation humaine, que l´homme est fondamentalement mauvais. » Otaku magazine, 2003

Né entre deux guerres, Kinji Fukasaku, de par ses mauvaises fréquentations, parvient à pénétrer le milieu des Yakuzas. Fort de cette expérience, il retiendra les codes de ces « hommes d’honneur » et en tirera des films d’une violence extrême et d’un nouveau genre : le Yakuza-eiga. Une véritable critique de la société japonaise de l’époque et de la mafia née de la misère et pourtant crainte et respectée. Une critique aussi de l’homme que Fukasaku assimile à une bête sanguinaire sans raison ni sentiments.

Avec Combat sans code d’honneur, qui dépeint le yakusa de l’après-guerre – ou plutôt ce qu’il en reste, on comprend à quel point les conditions de vie influaient sur la survie et ce à n’importe quel prix. Le début du film plante le décors et l’ambiance sombre avec l’agression d’une jeune femme sauvée de justesse par Hirono (Bunta Sugawara qui deviendra un véritable symbole au Japon), futur pilier du clan Yamamori. Pour venger un camarade, Hirono tue son agresseur et se fait arrêter. En prison, il fait la connaissance de Wakasugi, du clan Doi avec qui il s’associe en scellant le pacte par le sang. L’un après l’autre, ils rejoindront le clan Yamamori qu’ils seront les seuls à servir avec honneur, face aux hommes du clan Doi, conduisant l’un d’eux à la mort. La mort est sanglante et omniprésente tout au long du film, gratuite et sans code d’honneur.

On retiendra malgré tout une magnifique scène d’amour, belle dans la violence, envoûtante comme le serpent tatoué dans le dos de Hirono et qui ressemble étrangement à Crying Freeman.

Une satire sociale :

Dans Combat sans code d’honneur, les crimes et la haine sont traités avec froideur et légèreté. Fukasaku pousse la violence à l’extrême, jusqu’à la satire. Les personnages sont pittoresques et caricaturés, ridiculisés. On retrouve une scène très théâtrale, semblable à celle d’Indiana Jones et les aventuriers de l’Arche perdue lorsque l’ennemi s’apprête à se battre avec un sabre qu’il manie avec dextérité tandis que le héros clos le débat au pistolet.

Combat sans code d’honneur fait la critique des yakuzas à travers leurs rituels ridicules et exagérés notamment lorsque Hirono doit se couper la phalange pour laver son honneur sans toutefois en connaître le rituel. Commence alors une scène complètement burlesque où la femme du chef promet à Hirono qu’elle connait le rituel ; en fait elle lui conseille simplement de se couper le doigt en appuyant « très fort » ! Le bout de doigt est ensuite introuvable et l’ensemble du clan sort le chercher dans le jardin puis dans le poulailler où une poule commençait à le picorer ! Le comble de l’ironie survient après ce passage, lorsque le héros apprend que son acte était inutile et sa faute insignifiante.

La plupart des membres du clan Yamamori sont d’ailleurs présentés comme des couards. Au moment où les deux héros proposent d’organiser une attaque contre Doi, les autres se cherchent des excuses. L’un dit qu’il n’est « pas très en forme », l’autre se met à pleurer car sa femme est enceinte et, quand Hirono se sacrifie finalement, tout le petit monde fond en larmes. Comble du grotesque.

Mouvements saccadés de la camera qui exagèrent les scènes de violence, côté rétro des arrêts sur image et de la voix off. Tout y est et incite à la dérision. Jusqu’à la musique dramatique et enlevée de Toshiaki Tsushima, très reconnaissable puisque c’est celle que Quentin Tarentino a choisie pour une scène de Kill Bill, au moment où O-Ren Ishii entre dans le restaurant avec ses hommes.

Synopsis: Dans le Japon de 1946, les clans de yakusas se reforment, n’hésitant pas à recruter les soldats démobilisés qui traînent dans les rues. Hirono est un de ces anciens militaires qui ne sait pas quoi faire. En aidant des yakusas à éliminer un rival, il finit en prison, mais s’attire la sympathie du clan Yamamori. A sa sortie, le parrain du clan l’attend avec ses lieutenants. Hirono devient l’un des hommes les plus fidèles de Yamamori tout en entretenant des liens privilégiés avec Wakasugi, membre d’un clan rival devenu son frère de sang en prison. Mais les luttes d’influence provoquent de fortes tensions entre le clan Yamamori et le clan Wakasugi…

Combat sans code d’honneur bande annonce

Fiche technique: Combat sans code d’honneur

Année : 1973 Date de Sortie : N.C. De : Kinji Fukasaku

Avec : Bunta Sugawara, Asao Uchida, Tsunehiko Watase, Tamio Kawaji, Eiko Nakamura, Shinichiro Mikami, …

Genre : Drame Pays de production : Japon Titre VO : Jingi naki tatakai Durée : 1h40

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Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

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