The Leftovers, saison 1 : critique de la série

The Leftovers est une série à part. Sous couvert d »un événement fantastique, elle étudie le comportement des habitants d’une ville américaine, qui ne peut faire le deuil de ses disparus.

Synopsis : Le 14 octobre, 2% des êtres humains disparaissent de la surface de la terre, sans la moindre explication. Trois ans plus tard, on se retrouve dans la ville de Mapleton aux États-Unis. La vie a repris son cours, mais personne n’a oublié ce drame. Une cérémonie de commémoration va être donner en l’honneur des disparus. Mais la population et une secte vont s’affronter lors de cet événement, malgré les mesures de sécurité prises par le Shérif Kevin Garvey.

A nos chers disparus

Elle se concentre sur le shérif Kevin Garvey (Justin Theroux), qui n’a pourtant perdu personne lors de ce fameux 14 octobre. Les membres de sa famille sont toujours sur terre, mais dans un sens, ils ne sont plus vraiment là. Sa femme Laurie (Amy Brenneman) est entrée dans une secte dirigée par Patti Levin (Ann Dowd), les « Guilty Remnant », venue s’installer dans leur ville et a fait vœu de silence. Son fils Tom  (Chris Zylka) a intégré une autre secte en dehors de la ville, sous le joug du gourou Wayne Gilchrest (Paterson Joseph). Sa fille Jill (Margaret Qualley) vit encore avec lui, mais leurs rapports sont distants. Enfin, son père Kevin Garvey Sr (Scott Glenn), devenu fou après les disparitions, est enfermé dans un centre psychiatrique.

D’autres personnages ont leur importance, comme Nora Durst (Carrie Coon). Elle est la seule à avoir perdu toute sa famille : son mari et ses deux enfants. Un épisode lui est entièrement consacré, comme pour le prêtre Matt Jamison (Christopher Eccleston). Meg Abbot (Liv Tyler) est une femme dépressive, harcelée par la secte de Patti Levin ou tout ses membre sont vêtus de blanc, muets et fument en permanence. A un moment ou un autre, toutes ses personnes vont se croiser ou se lier, dans cette ville, pour une bonne ou une mauvaise raison.

La série, The Leftlovers commence par  les disparitions, nous mettant directement au cœur de l’histoire. Un départ brusque et rapide, qui se ralentit fortement 3 ans plus tard. Elle devient contemplative et prend le temps de nous présenter les différents protagonistes. Mais une question prédomine dès le début : que sont devenus les disparus ? Elle est légitime, vu que c’est le point de départ. Sauf que la série ne parle pas de cela, elle préfère observer les conséquences de ce drame. Une direction qui peut déboussoler. On s’attend à une série fantastique et on se retrouve face à un drame.

Mais la série reste ambiguë, en laissant planer un soupçon de surnaturel, ou du moins, nous le laisse croire.  Au travers des disparitions, elle aborde des sujets sensibles. Comme le deuil et l’impossibilité de le faire, en l’absence des corps. Cette douleur sourde qui sommeille en chacun des habitants, victimes de ce phénomène inexpliqué, est exacerbé par la présence des Guilty Remnant. Le rythme lent qu’instaure la série est en relation avec l’état dépressif de la plupart des personnages. Elle n’est mise à mal, que par une violence aussi inattendue que brève, nous sortant de l’état comateux, dans lequel, elle nous a plongé. Cela lui confère un impact plus puissant, au point de nous mettre mal à l’aise.

Mais le temps semble long et souvent ennuyeux, au fil des épisodes. De plus, le discours sous-jacent religieux, accentué par le générique, rend le propos ambigu. C’est bien ça le problème de la série, elle ne veut pas se définir, aussi bien dans le genre, que dans le ton. Elle se contredit en permanence, en ne gardant qu’un seul fait concret : les 2% d’êtres humains disparus. Même le shérif Kevin Garvey, a de multiples facettes. Celle que l’on nous présente en père célibataire, puis au travers de son père et enfin par le biais de flash-back. Le choix narratif est intéressant, les apparences sont souvent trompeuses et d’autres drames existent en dehors du point de départ. Mais la forme laisse à désirer.

Malgré des moments forts, comme l’épisode centré sur Nora Durst, il faudra attendre le dernier épisode pour que la série révèle sa force. Ce final est éblouissant et émotionnellement puissant, mais il ne fait pas oublier le long chemin pour parvenir à cette réussite. The Leftovers est une série à part, elle demande de la patience et sort des sentiers battus, ce n’est pas un hasard si elle est diffusé sur HBO, un gage de qualité et d’exigence.

Le casting n’est pas vraiment réussi. Justin Theroux met du temps à s’imposer, mais il a la carrure pour tenir le premier rôle. Christopher Eccleston est parfait dans le rôle du prêtre. Carrie Coon, l’est tout autant et ce n’est pas un hasard si ces deux derniers ont deux épisodes qui leurs sont entièrement dédiés. Le problème vient surtout des rôles muets, ils demandent une plus grande exigence, vu que nous sommes focalisés sur leurs visages et non, sur leurs mots. Amy Brenneman rivalise avec Liv Tyler, pour savoir qui sera la plus insupportable visuellement parlant. Ann Dowd les bat haut la main, mais c’est son rôle qui veut cela, certes elle est agaçante, mais elle a une bonne excuse, au contraire des deux autres. Margaret Qualley est une adolescente tout aussi crispante, que sa mère Amy Brenneman, alors que son frère Chris Zylka se faisant plus discret, n’interfère pas dans l’appréciation de la série. Scott Glenn se fait lui aussi rare, mais il campe un rôle important avec maestria. Un casting plus efficace, moins fade, aurait été d’une grande aide pour mieux supporter la longueur des épisodes. Il en va de même pour la réalisation. Certes les plans sont souvent magnifiques, mais son osmose avec le ton de la série, la rend soporifique.

The Leftovers a une qualité, elle ne laisse pas indifférent. On la qualifie soit de chef d’oeuvre, soit d’un ennui mortel. Tout dépend de la sensibilité de chacun. Elle a ses qualités et ses défauts. Ce fût difficile d’aller jusqu’au bout, mais le final rassure quand à son potentiel et aux émotions qu’elle peut procurer. Une saison 2 est annoncée, c’est à ce moment-là, que l’on pourra vraiment juger de son niveau.

Fiche technique: The Leftovers

USA – 2014
Créateurs :Damon Lindelof et Tom Perrotta
Réalisateurs : Peter Berg, Keith Gordon, Carl Franklin, Lesli Linka Glatter, Mimi Leder, Michelle MacLaren et Daniel Sackheim
Scénaristes : Damon Lindelof, Tom Perrotta, Kath Lingenfelter, Curtis Gwinn, Jacqueline Hoyt, Carlito Rodriguez et Elizabeth Peterson
Casting : Justin Theroux, Amy Brenneman, Christopher Eccleston, Liv Tyler, Chris Zylka, Margaret Qualley, Carrie Coon, Emily Meade, Amanda Warren, Ann Dowd, Michael Gaston, Annie Q et Scott Glenn
Chaîne de diffusion : HBO
Saison : 1
Nombre d’épisodes : 10 de 58 minutes
Producteurs : Damon Lindelof, Tom Perrotta, Ron Yerxa et Albert Berger
Productions : Warner Bros Television

Auteur de l’article Freddy M.

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