A toute épreuve de John Woo : Critique du film

L’ouverture est grandiose avec un gunfight d’une dizaine de minutes dans le salon de thé, Chow Yun-Fat allumant dans toutes les positions, tout en gardant son cure-dent dans la bouche, la classe ultime! Le talent de John Woo pour ce genre de scènes n’est plus à démontrer. Il faudrait sûrement ouvrir le débat mais pour ma part, c’est sa plus grande scène d’action période hongkongaise. Après ce film, il partira se perdre dans la folie hollywoodienne où son talent sera dissolu dans des productions trop aseptisées, en dehors de Volte-Face.

Synopsis : Hong-Kong 1997. Les Britanniques vont rendre dans quelques mois à la Chine populaire une ville corrompue par le crime. Alors que les policiers ont baissé les bras, un groupe d’inspecteurs, mené par Yuen, surnommé Tequila, décide de mettre fin a la suprématie des gangs.

A toute épreuve : Danse avec les balles

John Woo a un défaut majeur, l’abus de ralentis, à tout moment et pour n’importe quoi. Cela pénalise le rythme du film d’une durée de 2h02, qui aurait mérité un montage plus serré et nerveux, à l’image des nombreux gunfights qui permettent de se maintenir éveillé, malgré les quelques longueurs.

Mais au contraire de son soi-disant chef d’œuvre Une balle dans la tête, on le sent plus à l’aise techniquement, sa caméra étant un personnage à part entière de l’histoire. Il est impossible de regarder le film, sans remarquer les superbes plans séquences, même s’il en fait souvent des tonnes, comme l’entrée de Tony leung dans la bibliothèque. Il serait capable de te rendre épique l’ouverture d’un réfrigérateur. John Woo a trop de talent dans ses mains.

Le film est superbe techniquement, mais un autre défaut de John Woo, est qu’il privilégie la forme au fond. Le scénario est juste une excuse pour enchaîner les scènes d’actions. Heureusement, il se repose sur un duo d’acteurs majeur avec Chow Yun-Fat et surtout Tony Leung, dont le seul Andy Lau peut rivaliser avec sa classe et son talent. Dix ans plus tard, on retrouvera d’ailleurs Andy lau dans un rôle similaire dans le grandiose Internal Affairs, dont Martin Scorsese fera un remake intéressant Les Infiltrés. C’est la preuve de l’influence de John Woo sur le cinéma asiatique, lui-même s’inspirant du cinéma américain, dont la dernière heure a des similitudes avec le célébrissime Die hard ou la série Deux flics à Miami avec son ambiance jazzy, le bateau et le style vestimentaire de Tony Leung. Ils s’inspirent des meilleurs John McTiernam et Michael Mann, une raison suffisante pour visionner toute sa filmographie.

Pour les amateurs de cinéma d’action, de gunfight jusqu’à l’overdose, de héros qui sont censés mourir toutes les cinq minutes, de revolvers au barillet illimité, d’acrobaties improbables, de méchant qui a une vraie gueule de méchant, encore plus avec un œil en moins, même s’il n’est pas dénué de cœur. N’oubliez pas de ranger vos neurones, on a juste besoin de ses yeux pour apprécier la folie de la caméra de John Woo.

Fiche Technique : A toute épreuve

Réalisation: John Woo
Scénario: John Woo, Barry Wong et Gordon Chan
Nationalité: Hong-Kongais
Distribution: Chow Yun-Fat, Tony Leung, Teresa Mo, Philip Chan, Philip Kwok et Anthony Wong
Musique: James Wong et Michael Gibbs
Photographie: Wang Wing-Heng
Genre: action, policier
Durée: 2h02
Date de sortie: 21 Novembre 1992

Auteur de la critique Laurent Wu

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