Cannes 2018 : Capharnaüm de Nadine Labaki, la future Palme d’or ?

Après avoir été remarquée en 2007 à la Quinzaine des réalisateurs pour son premier film Caramel qui mettait en scène une certaine solidarité féminine, Nadine Labaki est cette année en compétition officielle pour Capharnaüm. Une idée originale qui semble avoir emballé le public, alors que la presse paraît moins unanime.

Si le pitch de base semblait intéressant, en traitant l’enfance de manière assez inhabituelle en posant des questions morales aussi provocantes que pertinentes, le film, lui, ne tient pas toutes ses promesses. Nombreux sont ceux où toute l’intrigue se déroule dans un lieu clos comme un tribunal et base son récit sur l’art de la rhétorique mais ici, alors qu’on pouvait s’y attendre, il n’en est rien. Les spectateurs suivent la vie de Zain, 12 ans, qui a le courage d’un homme qui pourrait être père. Défendant sa sœur jusqu’à poignarder l’homme à qui elle est mariée de force et fuyant ses parents, qu’il juge honteux et négligents, il trouve refuge chez une jeune mère et se retrouve en charge d’un bébé, après que celle-ci se soit fait arrêter. Cet emprisonnement, c’est seulement à la fin du film qu’on l’apprend alors que l’on a passé tout le film à se questionner sur son départ soudain, et l’on se sent d’ailleurs coupables d’avoir jugé cette mère, qui n’est au final qu’une victime d’un système qui arrête les sans papiers au lieu de les aider. Zain est présenté comme un jeune héros, admirable par son courage, touchant par le réel auquel il fait face, dont on a conscience mais que l’on oublie souvent.

Puisant l’inspiration dans son pays qu’est le Liban, Nadine Labaki questionne constamment la société qu’elle voit évoluer sous ses yeux et propose une immersion du côté de ceux qui n’ont même pas le droit d’exister légalement. La réflexion que propose ce film mériterait d’être creusée davantage. Un procès contre ses propres parents dont l’accusation est de l’avoir fait naître, cela paraît peu crédible, mais pourtant, le message est porteur d’un sens énorme et d’une réflexion qui manque de profondeur. Il est évidemment difficile de rester stoïque face à ces personnages dont la vie est dictée par la misère et la pauvreté, surtout quand on sait que la vie des acteurs se rapproche de celle-ci.  Cette accumulation de pathos est, certes, bouleversante par la réalité qu’elle décrit, mais devient parfois trop larmoyante. Capharnaüm fait souvent appel à la corde sensible du public en dressant une leçon de morale directe au spectateur.

Le Festival de Cannes a cette année sélectionné beaucoup de films sur l’enfance et en voici un qui ne peut laisser insensible sans pour autant transcender. Bien que certains défauts subsistent dans le film de Nadine Labaki, la réalisatrice a su trouver son public et émouvoir la Croisette. Sera-t-il récompensé par le jury ? Il est en tout cas en bonne position pour la future Palme d’or.

Conférence de presse de  Capharnaüm de Nadine Labaki

Synopsis : Un enfant se rebelle contre la vie qu’on cherche à lui imposer et entame un procès contre ses parents.
NT. TRIBUNAL
ZAIN, un garçon de 12 ans est présenté devant le JUGE.
LE JUGE : « Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? »
ZAIN : « Pour m’avoir donné la vie. »

[En compétition au Festival de Cannes 2018]

Capharnaüm, un film de Nadine Labaki
Avec Nadine Labaki
Distributeur : Gaumont Distribution
Genre : Drame
Durée : 2h 00min
Date de sortie Prochainement

Nationalités libanais, français, américain

Festival

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