Cannes 2018 : Talk de Salma Hayek pour les Women in Motion

Pour la quatrième année, le groupe Kering et le Festival de Cannes s’associent aux Women in Motion ayant pour but de faire progresser l’égalité entre les hommes et les femmes. Après un premier talk ayant accueilli l’actrice Carey Mulligan, c’est Salma Hayek Pinault qui était attendue dans la suite Kering dimanche 13 mai.

Salma Hayek arrive sous les flashs des photographes qui crient son nom et s’installe confortablement pour passer une heure avec le public de la suite Kering qui l’attend. Tout sourire, elle enclenche directement le pas sur le fait que tous ces photographes ne viennent pas pour l’écouter, seulement pour la prendre en photo « Personne ne s’intéresse à ce que j’ai à dire, vous avez vos photos et vous partez ! »

Ramin Setoodeh (Variety) : C’était une journée très forte avec la montée des marches de 82 femmes représentant les 82 réalisatrices ayant été en compétition au Festival. Qu’est ce que vous ressentez par rapport à ça ? 

Salma Hayek : C’était plein de sens. Personnellement, en tant que femme et faisant partie de cette communauté et de la lutte, c’est un pas important de voir cela se passer et le fait que ça arrive à Cannes a aussi un grand sens pour moi. Vous savez, Kering a commencé les talks à propos de l’égalité pour les femmes dans l’industrie du cinéma. Il y a 4 ans, c’était des pionniers, personne d’autre ne faisait ça. Je me souviens des tous premiers talks qu’on a eu et après ces talks, tout le monde a commencé à en parler. Je me rappelle même d’avoir lu des choses que j’avais moi même dit ou que d’autres avaient dit et personne ne citait la source. (…) Alors voir à Cannes, seulement 4 ans plus tard, quelque chose dont je suis très fière de faire partie et pour lequel je ne prends aucun crédit car c’était à 100% l’idée de mon mari, me fait vraiment plaisir. C’est d’ailleurs un peu énervant quand votre mari a de belles idées féministes avant vous mais aussi très sexy à la fois. J’étais très émue de voir ça concrètement. On avait l’air d’être beaucoup mais en réalité on ne l’était pas, on avait de la place sur les marches, on n’était pas collées contrairement à si les hommes avaient tous été là, les 1000 et quelques hommes réalisateurs. Ça rend la conversation très intéressante quand le festival lui même prend ses responsabilités. C’était vraiment spécial.

Ramin Setoodeh : On parle de l’égalité pour les femmes mais on n’en est pas là encore, il y a encore beaucoup de choses qui doivent se passer. Que pensez vous de la direction que l’on doit prendre et des solutions qui doivent être mises en places ?

Salma Hayek : Le changement est en train d’arriver parce que les gens commencent à penser différemment et à se poser les bonnes questions, tout le monde à soi même. Je sais que les choses qui étaient normales dans le passé, maintenant on les regarde avec un regard plus frais. Il ne faut pas perdre trop de temps à regarder et parler de tout ça, maintenant c’est le temps de l’action. (…) Il ne faut pas regarder que l’écart entre les femmes et les hommes, concentrons nous sur le changement qui est déjà en train d’opérer. (…) Les êtres humains sont vraiment lents à changer : tu ne peux pas espérer manger manger manger et prendre 20 kilos, arrêter de manger un jour et perdre les 20 kilos en un jour. Crois moi, je le sais (rires) C’est tout un processus, mais c’est définitivement en train d’arriver. Peut être que tu ne vois pas les différences dans les chiffres parce que ça arrive juste cette année.

Ramin Setoodeh : Que pensez vous des différences dans les salaires ? Qu’est ce que vous dîtes aux gens qui sont impatients et veulent le changement maintenant ?

Salma Hayek : Ça va prendre du temps, beaucoup de temps. Soyez patients et impatients en même temps, vous ne pouvez pas tolérer mais vous devez continuer à vous battre. (…) On aurait du se mettre en colère plus tôt et je dirais même qu’on aurait du se mettre tous ensemble plus tôt parce que c’est ce qui fait la différence mais c’est bien, on est ensemble maintenant, ne regardons pas en arrière. Je pense que les réalisateurs vont venir aussi parce que les spectateurs ressentent aussi la responsabilité maintenant. Ils supportent les films, ils font un effort. Dans la nouvelle génération, on peut voir les différences, on peut dire que c’est 50/50 pour les étudiants qui vont en écoles de cinéma. (…) Mais les hommes sont terrifiés maintenant, j’espère qu’ils n’auront pas à demander l’égalité salariale encore (rires). C’est une nouvelle ère pour les hommes, c’est un moment très excitant parce qu’ils ont l’opportunité, qui est très belle, de repenser à qu’est ce que c’est que d’être un homme. (…) Cette année est la dixième de la fondation Kering. Il y a 10 ans, Kering a fondé sa fondation pour se battre contre les violences faites aux femmes avec des choses que maintenant beaucoup font : aide légale, psychologique… Maintenant on s’occupe aussi du bien être des hommes. Pour pouvoir continuer de s’occuper des femmes, il faut aussi se concentrer sur les hommes, éduquer les jeunes garçons pour qu’ils sachent quel est le bon comportement et la vision de la femme. L’autre mission consiste à résoudre les problèmes de violence en aidant les hommes violents criminels à réduire leur instinct violent. Ce n’est pas juste à propos des femmes, il est important d’avoir une meilleure humanité, c’est ça notre but final.

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.
Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.