Cannes 2018 : Plaire, aimer et courir vite, mais à quand un film d’Amour gay ?

Plaire, aimer et courir vite est le quatrième film de la compétition à être projeté pour le 71ème Festival de Cannes. 11 ans après Les chansons d’amour, Honoré revient dans la sélection officielle et, pour une fois, le public aurait voulu plus d’amour et moins d’engagement dans un film qui déçoit globalement malgré ses qualités.

Plaire, aimer et courir vite n’est pas un mauvais film, il a même beaucoup de qualités esthétiques et Christophe Honoré confirme indéniablement son talent pour diriger les acteurs, mais le film met du temps à démarrer. On assiste encore une fois à une mise en lumière de la cause gay via celle du sida là où l’on aurait pu trouver un film d’amour très touchant, parce qu’il n’y a pas que la lutte qui réside dans le fait d’être homosexuel, au contraire même. Il est regrettable de voir un réalisateur lui-même concerné sombrer dans une certaine complaisance qui empêche le film de briller par ses grandes qualités. La capacité d’Honoré à insérer des chansons dans son cinéma est toujours remarquable,  mais ici les scènes qui auraient pu être divines en alliant image et musique se retrouvent peu passionnantes par le choix de ce qui est montré de l’intrigue à ces moments-là. Si le cinéma lesbien se développe plutôt bien ces dernières années, les couples d’hommes se font plus rares à l’écran. Plaire, aimer et courir vite avait le mérite de leur donner de la visibilité en pouvant montrer que c’est toujours de l’amour mais Honoré passe à côté du sujet. On croit même à un moment à une imitation de Carol lorsque Lacoste murmure « Mon ange » à Deladonchamps mais la tendresse et la grâce montrées à l’écran ne sont pas vraiment comparables.

D’un point de vue visuel, Plaire, aimer et courir vite est évidemment très intéressant avec l’omniprésence du bleu qui amène un certain apaisement, à moins qu’il ne s’agisse d’un clin d’œil marin à sa Bretagne natale. Espérons en tout cas que ce n’est pas un ajout de stéréotypes en rapport avec la masculinité qui dirige le film. Justement, la force du cinéaste est de faire un film masculin sans passer par cette virilité, que l’on trouve toujours dans la guerre ou l’action au cinéma, mais plutôt en laissant toute sa place à l’émotion, toute autant virile. Elle est d’ailleurs portée par un trio d’acteurs majoritairement brillant malgré le manque de profondeur qui leur est accordé. Vincent Lacoste est très convaincant contrairement à sa nonchalance habituelle qui peut agacer et mériterait bien pour l’instant d’être récompensé. Denis Podalydès illumine également le film avec son regard décalé et son humour qui amène la légèreté dont on a besoin. Pierre Deladonchamps, lui, reste plus fade et plus en retenue dans un rôle sans doute moins intéressant.

Bande-annonce : Plaire, aimer et courir

https://www.youtube.com/watch?v=2GdZ1EwSALo

Synopsis : Nous sommes en 1990. Arthur (Vincent Lacoste) a vingt ans et il est étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques (Pierre Deladonchamps), un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cet amour, Jacques sait qu’il faut le vivre vite.

[Compétition officielle au Festival de Cannes 2018]

Plaire, aimer et courir vite, un film de Christophe Honoré
Avec Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps, Denis Podalydès…
Genre : Comédie dramatique
Distributeur : Ad Vitam
Durée : 2h 12min
Date de sortie : 10 mai 2018

Nationalité française

Festival

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