Quelques jours à Nagi, premier film en compétition du 79e Festival de Cannes, ouvre la course à la Palme avec la douceur d’un matin de brume sur les montagnes d’Okayama. Trop doux, peut-être.
Dans ce village reculé de l’ouest du Japon où le temps s’écoule au rythme des annonces funèbres à la radio locale, Kōji Fukada installe ses personnages avec une patience presque obstinée. Yuri, architecte tokyoïte fraîchement divorcée, retrouve Yoriko, son ex-belle-sœur sculptrice, et accepte de poser pour elle. Ce qui devait n’être qu’une parenthèse devient une reconstruction intérieure. Les séances de pose s’étirent, les silences s’épaississent et quelque chose de longtemps enfoui remonte à la surface, avec une lenteur têtue comparable à la sève des arbres. Le cinéaste, fidèle à lui-même, filme ce temps suspendu comme un contrepoids nécessaire à l’agitation des métropoles, un éloge de la lenteur, de la ruralité vivante et de l’art comme un espace où l’on peut enfin se regarder en face.
La sculpture inachevée
Le film tient ses plus belles promesses dans ce dialogue silencieux entre les deux femmes, dans la façon dont le geste artistique, consistant à esquisser, modeler, tailler, devient une forme de confession partagée. Il y a une scène, brève, à travers l’image floue et inversée d’une boîte, où deux adolescents se disent ce qu’ils ne savent pas encore dire autrement. Il s’agit du plan le plus juste du film, et peut-être le seul où Fukada cinéaste prend pleinement le dessus sur Fukada adaptateur. Car Quelques jours à Nagi porte également le poids de son origine théâtrale — la pièce Tōkyō Notes d’Oriza Hirata — avec, probablement, une fidélité qui finit par l’alourdir. Les dialogues s’accumulent là où l’image suffirait. Le film est malheureusement trop verbeux. Et quand la thématique queer, présente en filigrane depuis le début, émerge timidement en seconde partie, on regrette que Fukada n’ait pas osé en faire un vrai fil dramatique plutôt qu’un murmure poli.
La durée du film n’est pas véritablement en cause, car la lenteur est ici une posture esthétique pleinement assumée, qui correspond au rythme d’une communauté rurale en crise douce. Celle-ci a tout cédé pour préserver son autonomie, notamment à une base militaire située non loin, et ne sait plus très bien ce qu’il lui reste. Mais la longueur, elle, trahit parfois un flottement dans les intentions. On ne sait pas toujours ce que Fukada cherche à atteindre en profondeur, si ce n’est cette mélancolie ambiante, belle mais vague, qui enveloppe tout comme la brume enveloppe le mont Nagi. Le film hésite entre plusieurs sujets, la réconciliation par l’art, la crise identitaire à tout âge, la résistance discrète au patriarcat, mais sans en creuser aucun avec la force tranchante d’Harmonium ou la rigueur mélancolique de Love Life.
Il reste de Quelques jours à Nagi l’image sublime de deux garçons dans l’obscurité, leur reflet retourné, un premier amour maladroit glissé dans une boîte à secrets. Fukada n’a peut-être pas entièrement achevé sa sculpture, mais les fragments qu’il laisse, précieux dans leur imperfection, suffisent à nous faire regretter de devoir quitter cette bulle introspective.
Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026.
Quelques jours à Nagi – fiche technique
Titre original : Nagi Notes
Réalisation : Kôji Fukada
Scénario : Kôji Fukada, d’après la pièce Tōkyō Notes (1995) d’Oriza Hirata
Interprètes : Ken’ichi Matsuyama, Shizuka Ishibashi, Takako Matsu, Waku Kawaguchi
Photographie : Hidetoshi Shinomiya
Décors : Yukari Otsuki
Son : Hiroaki Masuko
Montage : Sylvie Lager
Musique : Pei Chin Lee
Producteurs : Terutaro Osanai, Atsuko Ohno
Sociétés de production : Tokyo Garage, Survivance, STAR SANDS, Momo Film Co, Hassaku Lab
Pays de production : Japon, France, Singapour, Philippines
Société de distribution France : Art House
Durée : 1h50
Genre : Drame, Famille
Date de sortie : 7 octobre 2026