L’Étrange Festival 2025 : Hold the Fort, une nuit sous haute copropriété

Quand on aime, on pardonne. C’est sur ces mots simples que pourrait reposer la générosité, un peu brouillonne, de Hold the Fort, un survival fauché mais sincère, qui rend hommage à la tradition tapageuse et artisanale des séries B. Conçu par William Bagley comme un divertissement sans complexe, le film lâche des créatures d’Halloween sur un quartier de banlieue où il est fortement déconseillé de mourir. Une raillerie sanglante, certes inégale, mais portée par un vrai plaisir de cinéma entre potes, où la solidarité entre voisins devient le dernier rempart face au chaos.

C’est un rituel rare, mais bien réel dans les communautés résidentielles d’Amérique : la fête de quartier. Une invitation à mieux connaître ses voisins, à partager quelques sucreries, et à faire bonne figure sur la pelouse. Pour Lucas (Chris Mayers, aperçu dans la série Ozark) et Jenny (Haley Leary), ex-citadins, c’est aussi l’entrée fracassante dans une chasse aux monstres improvisée, et dans un apprentissage brutal de l’art du voisinage. Peut-être auraient-ils dû lire les petites lignes de leur contrat de propriété avant d’emménager…

Propriétaire : mode d’emploi

Hold the Fort s’amuse des conventions sociales pour faire émerger un humour pince-sans-rire, souvent savoureux. Tout commence par un jeu sur les formules de politesse et les marques de respect dans les dialogues. William Bagley semble se régaler à détourner les codes : montage effréné, gros plans sur des réactions absurdes, et galerie de personnages tous plus excentriques les uns que les autres. À leur tête, Jerry (Julian Smith), sorte de Ned Flanders (voisin exemplaire des Simpson) survivaliste, mène la résistance lors de cette nuit d’enfer. Et ici, chez les guignols de l’association des propriétaires, l’adhésion implique de grandes responsabilités.

Mais pas question de verser dans le pamphlet social façon Bienvenue à Suburbicon, ni dans la dystopie domestiquée de Vivarium ou Don’t Worry Darling. Bagley préfère la ligne droite : une série d’assauts surnaturels rythmés comme un jeu vidéo, où un portail ardent vomit par vagues des créatures infernales sur ce petit coin de paradis pavillonnaire. L’inspiration Evil Dead est palpable avec ses gadgets bricolés, sorts grotesques et créatures en roue libre. Sorcières, loups-garous et esprits vicieux défilent dans une explosion de bruit et de fureur, où les balles fusent et le sang gicle. Mais surtout, le sang vise un seul homme : Lucas, le plus lâche, le plus égoïste – et peut-être celui qui a le plus à apprendre. Car au-delà du délire, c’est son arc de rédemption qui se joue : devenir à la fois un bon époux, un bon citoyen… et un bon voisin.

Equinox of the dead

Pourtant, aussi réjouissant soit-il dans sa première moitié, Hold the Fort s’essouffle dès qu’il tente de dépasser le simple sketch potache. Son rythme retombe comme un soufflé, et son humour – trop appuyé ou pas assez osé – peine à maintenir la cadence. Bagley semble parfois coincé entre l’envie d’un grand n’importe quoi et celle d’un récit structuré, sans vraiment choisir. Résultat : un film souvent drôle, mais rarement décapant.

Le scénario, lui aussi, laisse filtrer les failles. La dynamique entre Lucas et Jenny, pourtant centrale, est sacrifiée : les deux personnages sont souvent séparés à l’écran, notamment dans le climax, au profit de seconds rôles volontairement outrés mais inégalement exploités. Certains, comme McScruffy le vétéran (Hamid-Reza Benjamin Thompson), n’apportent pas grand-chose au-delà du gimmick. D’autres enchaînent blagues et dérives jusqu’à l’épuisement, sans renouvellement. On rit d’abord de leur stupidité… puis on s’en lasse. Et au sommet de cette frustration : le « grand méchant », sous-développé, sous-exploité et sans véritable aura. Une menace brumeuse, jamais vraiment incarnée, perdue dans le joyeux bordel ambiant.

Car Hold the Fort ne cherche pas à faire peur, et ne peut donc compter que sur son aspect déjanté pour séduire un public de minuit, déjà habitué à mieux. Le film ne triche pas, il donne ce qu’il peut avec les moyens du bord, et son enthousiasme fait parfois mouche. Mais ses maladresses – de ton, de structure et de rythme – empêchent l’adhésion totale. On sent qu’il aurait pu aller plus loin, à l’image d’un générique de fin complètement barré. On aurait aimé que le film se lâche davantage et qu’il assume plus franchement sa folie.

Au final, difficile de condamner cette série B sympathique, bricolée avec cœur, et pleine de bonnes intentions. Ce n’est pas un carnage, mais pas non plus le trip jubilatoire espéré. On en sort tout de même avec le sourire… et l’envie qu’ils fassent mieux la prochaine fois.

Bande-annonce – Hold the Fort

Fiche technique – Hold the Fort

Réalisation : William Bagley
Interprètes : Chris Mayers, Levi Burdick, Julian Smith, Haley Leary, Ryan Monolopolus
Scénario : William Bagley, Scott Hawkins
Photographie : Alex Allgood
Montage : William Bagley
Musique : Team Lovett
Production : William Bagley, Matt Dodd, Tim Reis, Julian Smith, Luke Michael Williams
Pays de production : États-Unis
Genre : Comédie, Fantastique, Horreur
Durée : 1h14

etrange-festival-2025-affiche
© Marc Bruckert

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Fjord : La Grande Fureur des bien-pensants

"Fjord", Palme d'or 2026 de Christian Mungiu, suit une famille roumano-norvégienne accusée par les services sociaux d'un pays scandinave, entre conservatisme religieux et progressisme libéral. Un film ambigu et intelligent, mais un peu trop scolaire et démonstratif, qui questionne nos préjugés.

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.
Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.