Deauville 2025 : La Couleur de l’argent, hommage à Paul Newman

À l’occasion du centenaire de la naissance de Paul Newman, le Festival de Deauville a souhaité rendre hommage à cette icône du cinéma hollywoodien. Ce mercredi 10 septembre, une cérémonie a ainsi célébré le travail et l’engagement de la star américaine, en présence de sa fille, Clea Newman. Témoignages vivants de l’aura de cet homme « d’action et de cœur », quelques-uns de ses films ont intégré la programmation du Festival, dont La Couleur de l’argent, qui a rapporté à Paul Newman l’Oscar du meilleur acteur en 1987.

Après ses débuts sur les planches, Paul Newman acquit sa renommée grâce à son rôle dans La Chatte sur un toit brûlant, qui lui vaut une première nomination aux Oscars. Il a ensuite tourné pour un panel impressionnant de réalisateurs américains, entre autres, Alfred Hitchcock, Sidney Lumet, Robert Altman et Sam Mendès. Mais l’acteur est aussi passé plusieurs fois derrière la caméra. Son premier long-métrage, Rachel, Rachel, a été récompensé par le Golden Globe du meilleur réalisateur.

Dans La Couleur de l’argent, Paul Newman reprend pour Martin Scorsese le rôle d’Eddie Felson qu’il incarnait déjà dans L’Arnaqueur de Robert Rossen. Il porte à l’écran un représentant de whisky désenchanté, obsédé par l’argent et accro à l’escroquerie, bien loin de sa personnalité humaniste.

La vie est un jeu

Ancien champion de billard, Eddie Felson écume les bars dans l’espoir de vendre ses caisses de whisky. Enfermé dans un quotidien morne, il trouve un semblant de bonheur auprès de sa compagne, Janelle. Mais lorsqu’il remarque un jeune talent du billard, Vincent Lauria, le monde d’Eddie bascule. Confronté à une image de son passé perdu, il décide d’entraîner Vince en lui enseignant les bases de l’arnaque. Au contact de ce prodige dont la vantardise égale la bêtise, il replonge corps et âme dans l’univers du jeu, ses paris et son adrénaline.

L’histoire de ce champion retraité qui rêve de se remettre en selle n’a rien de très original. Elle s’apparente plus à un reboot qu’une véritable suite de son prédécesseur, L’Arnaqueur, auquel Martin Scorsese fait subtilement référence. Eddie parle en effet de la couleur, premier mot du titre, mais aussi évocation du tournage en noir et blanc du film de Robert Rossen, vingt-cinq ans plus tôt. Dans La Couleur de l’argent, nous retrouvons un Eddie hors-jeu. En apparence rangé, il est devenu un mentor agissant dans l’ombre, tandis que son élève occupe le devant de la scène.

Malgré son intrigue simple, son récit linéaire et son rythme lent, La Couleur de l’argent convainc dans le traitement psychologique du lien unissant un maître et son apprenti. Tom Cruise, qui vient d’accéder à la célébrité avec Top Gun, interprète avec naturel un personnage prétentieux, naïf et totalement insupportable, qui se complait dans les effets de manche avec sa queue de billard. Il a encore tout à apprendre, en particulier la logique déroutante du plan d’Eddie : perdre un peu pour gagner plus.

Pendant cette vaste tournée des salles de billard, l’arnaque conditionne toujours le gain. En dollars, bien sûr. Mais aussi en ressenti et en force vitale. C’est pourquoi, selon Eddie, « l’argent qu’on pique au jeu a deux fois plus de valeur que celui qu’on gagne à la sueur de son front ». La vie est un jeu. Sans cela, elle n’aurait pas de sens. Cette philosophie explique qu’Eddie retombe aussi facilement dans ses anciens travers. Le maître utilise donc son élève pour retrouver goût à l’existence tout en recherchant une forme de rédemption.

Ce thème de la chute et du rachat fait justement partie des thèmes fétiches de Martin Scorsese. Il est également traité dans Casino, Raging Bull, ou encore dans Les Affranchis, œuvre majeure du réalisateur qui entretient, sans surprise, quelques similitudes avec La Couleur de l’argent. Un mentor qui conseille un équipier trop ambitieux. Une prise d’indépendance qui s’achève par une désillusion. Au-delà du sujet, Martin Scorsese dynamise son film grâce à un cadrage et un montage millimétrés. Plans-séquence, gros plans sur la piste et la trajectoire des boules parviennent à rendre vivant un déroulement relativement attendu.

Si La Couleur de l’argent ne s’impose sans doute pas comme le film phare de l’œuvre de Martin Scorsese, il permet au réalisateur de s’identifier à la trajectoire d’Eddie. Un homme toujours dans la course, qui aime le risque et n’hésite pas à signaler son passage par un très théâtral « me revoilà ! ».

Bande-annonce – La Couleur de l’argent

Fiche technique – La Couleur de l’argent

Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Richard Price, Ron Shelton
Production : Touchstone Pictures
Montage : Thelma Schoonmaker
Interprétation : Paul Newman, Tom Cruise, Mary Elizabeth Mastrantonio, John Turturro…
Genres : Drame
Date de sortie : 11 mars 1897
Durée : 1h59
Pays : Etats-Unis

Festival

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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