« Atlas mondial des littoraux » : les défis d’un entre-deux

Le littoral, cet espace où la terre rencontre la mer, donne lieu à des problématiques extraordinairement riches et variées. L’Atlas mondial des littoraux, récemment publié par Annaig Oiry aux éditions Autrement, propose une investigation minutieuse et transdisciplinaire sur ces zones d’interface entre les intérêts écologiques, économiques, démographiques et sociaux.

Les littoraux, par leur nature même, révèlent une pluralité fascinante d’états et de défis. L’attraction qu’ils exercent sur l’humanité se conçoit aisément à travers les statistiques : environ 60 % de la population mondiale vit à moins de 100 km d’une côte. Ces étendues frontalières entre terre et mer sont devenues les artères majeures du commerce mondial, canalisant jusqu’à 90 % des échanges économiques.

Pour autant, cette attractivité a son revers. L’artificialisation des milieux littoraux et leur fragilisation climatique posent un ensemble de problématiques d’une acuité alarmante. La vulnérabilité aux changements climatiques et aux risques naturels comme l’érosion et la submersion marine laisse présager un avenir incertain pour ces espaces. Le cas de la Guyane française, espace faiblement peuplé et doué de zones humides, témoigne d’une marginalité paradoxale où le littoral apparaît à la fois comme un trésor écologique potentiel et une zone délaissée.

Dualité

Le visage commercial du littoral est double. D’une part, des mégalopoles portuaires comme Shanghai, Singapour, ou Shenzhen incarnent la puissance de l’Asie dans le commerce maritime mondial. L’Europe, bien que distancée, maintient sa présence avec des ports d’importance tels que Rotterdam, Anvers et Hambourg. D’autre part, depuis les chocs pétroliers des années 1970, les activités portuaires se trouvent en crise, poussant à une délocalisation d’industries comme la sidérurgie. Les friches industrielles de Dunkerque en témoignent amplement. L’agitation sociale dans ces milieux portuaires dessine un tableau de tensions sous-jacentes, qui dépassent les frontières nationales. En France, la réforme de 2008 a été particulièrement mal perçue par les syndicats et de nombreuses grèves ont éclaté ; elles se sont poursuivies au début des années 2010.

Le changement de perception du littoral en tant que lieu de loisirs est assez récent dans l’histoire humaine. À partir du XVIIIe siècle, l’aura balnéaire des littoraux a commencé à fasciner les populations. Ce phénomène a pris une dimension massive dans les années 1970 avec le développement touristique des îles du Pacifique, notamment la Polynésie française et Hawaii. Le tourisme de masse a également frappé des régions comme la Côte d’Azur, la Riviera italienne, la Costa del Sol ou la Costa Brava en Espagne. Il pose d’énormes questions éthiques et écologiques, notamment en ce qui concerne la préservation de ces espaces. Ces questions, abondamment traitées par Annaig Oiry et Mélanie Marie, se trouvent en bonne place dans l’atlas.

Frontières, migrations et surveillance

L’Agence européenne Frontex, chargée de la surveillance des frontières, est présente dans les zones névralgiques comme la Sicile et la mer Égée. Le littoral devient alors non seulement une zone d’échanges mais aussi une frontière surveillée, un espace de tension palpable autour des questions migratoires. Le taux de mortalité par noyade dans la Méditerranée pour les migrants voyageurs illustre l’ampleur du drame humain qui se joue dans ces zones. Ces dernières années, la guerre civile syrienne aidant, les médias ont abondamment relayé ces problématiques liées au littoral et aux migrations.

L’Atlas mondial des littoraux dévoile à la fois les promesses et les défis parfois urgents des zones côtières. Entre attraction irrésistible et risques existentiels, elles se caractérisent par les dilemmes globaux auxquels notre civilisation est confrontée. Le travail cartographique et analytique entrepris contribue à enrichir notre compréhension d’un monde en perpétuelle mutation. Il faut rappeler que les côtes basses abritent environ 680 millions de personnes, soit près de 10 % de la population mondiale en 2010 ; elles devraient en accueillir plus d’un milliard en 2050. Annaig Oiry rappelle par exemple qu’en Polynésie française, la hausse du niveau de la mer est de l’ordre de 2,4 à 2,9 mm par an en moyenne depuis 1950.

Dans cet ouvrage particulièrement dense, il est également question des littoraux de l’Arctique et de l’Antarctique, marqués par les contraintes des milieux polaires mais néanmoins stratégiques, des zones industrialo-portuaires, de l’agriculture littorale ou de la protection environnementale. Un tour d’horizon complet et enrichissant, autour de questions parfois marginalisées dans le débat public.

Atlas mondial des littoraux, Annaig Oiry et Mélanie Marie
Autrement, septembre 2023, 96 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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