« The Last Detective » : but not least ?

Un polar chilien, un dessinateur brésilien, un futur dystopique où les drogues de synthèse et les androïdes ont pignon sur rue, The Last Detective, de Claudio Alvarez et Geraldo Borges, fait l’événement aux éditions Drakoo.

Une drogue synthétique dérivée du vitrium, « le minerai qui fait marcher le monde », vient de faire sept victimes en deux semaines. Le robot policier B-Nicius a fait ses calculs : seule l’ex-gloire de la police Joe Santos est à même de résoudre une enquête qui donne du fil à retordre aux équipes de sa supérieure Marlen. « Ma sélection algorithmique ne se trompe jamais », lui assure-t-il, alors qu’elle peine à se faire à l’idée de recourir aux services de l’ancien coéquipier de sa défunte sœur. C’est le point de départ de The Last Detective, dont le cadre dystopique n’est autre qu’une métropole de New Amazonia où les intelligences artificielles et les androïdes foisonnent – et ont la capacité de s’hybrider avec des corps humains, obsession cronenbergienne s’il en est.

Joe Santos est-il une légende ou un raté ? Le question n’est pas encore tranchée au moment où une troupe d’élite se positionne autour de son repère pour lui remettre le pied à l’étrier. Plus sûre est la dangerosité de Black Joao, qu’on soupçonne d’écouler une drogue dévastatrice. Si l’affrontement entre ces deux personnages est tôt contenue en germe dans l’album, elle cache quelque chose qui révèle des pans entiers de nos sociétés : le culte de l’apparence, l’attrait de la jouissance immédiate, matérialisés par une substance mortelle mais fugacement transcendante. Ainsi, pour bénéficier de quelques jours au firmament physique, les consommateurs de vitrium sont prêts… à renoncer à la vie. C’est finalement par un effet de loupe qui porte ses effets (extase momentanée, dégradation physique progressive) à incandescence que la drogue, ses tenants et ses aboutissants se voient questionnés dans The Last Detective.

Claudio Alvarez et Geraldo Borges recourent aux principes du buddy movie, dialoguent avec leurs lecteurs à travers des extraits de l’Amazonian Press, font étalage de qualités figuratives indéniables, ménagent à la fois la psychologie de leurs personnages (par exemple à travers un flashback explicatif) et le spectacle (la traque de Joe Santos, le massacre de la discothèque, l’assaut du commissariat par une bande de dealers, etc.). Si The Last Detective ne révolutionne pas le genre et reste parcimonieux dans son élaboration d’IA auto-apprenantes et nuisibles, l’album n’en demeure pas moins divertissant et dense. Suffisamment en tout cas pour qu’on tienne à l’œil ses deux façonniers.

The Last Detective, Claudio Alvarez et Geraldo Borges
Drakoo, mars 2022, 72 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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