« Gary Cooper, le prince des acteurs » : un homme à Hollywood

Auteur et traducteur, Adrien Le Bihan publie aux éditions LettMotif une biographie très documentée portant sur Gary Cooper, disparu il y a soixante ans. Le parcours du « prince des acteurs » y est évoqué avec passion, dans sa linéarité chronologique.

Pour ses premiers pas dans l’industrie cinématographique, celui qui se présente toujours en tant que Frank James Cooper doit camper un archer en qualité de figurant. À ce moment-là, personne ne se doute encore que ce jeune homme du Montana, ayant grandi dans un ranch, élevé par un père bientôt nommé à la Cour suprême, est appelé à devenir l’un des comédiens les plus en vue des années 1930-1950. Après tout, s’il a rejoint Los Angeles, c’est avant tout pour s’y faire une place en tant que dessinateur publicitaire. Au crépuscule de sa vie, Gary Cooper, puisque c’est ainsi qu’il passe à la postérité, voit pourtant James Stewart accepter un Oscar d’honneur en son nom, Jack Kerouac se révolter contre la maladie qui l’accable et Ernest Hemingway rappeler toute la considération et l’amitié qu’il entretient à son égard. « Coop » est arrivé à Hollywood par la petite porte mais y a laissé une empreinte si durable que quarante années après sa mort, au tournant des années 2000, on le découvre fascinant Tony Soprano, le personnage-phare d’une chaîne câblée qui ne cesse de monter, HBO.

Dans une biographie d’une scrupuleuse linéarité chronologique, Adrien Le Bihan retrace le parcours de Gary Cooper dans la capitale mondiale du cinéma. L’auteur s’attarde peu sur l’enfance du comédien, mais prend en revanche le temps de faire entrer en résonance son parcours personnel et l’évolution de l’industrie du cinéma. Sont ainsi évoqués dans un même élan le caractère outrancier de son jeu dans Le Virginien, ses relations houleuses avec Josef von Sternberg, ses contrats à la Paramount ou ses rituels d’avant-tournage et l’arrivée d’un cinéma parlant alourdissant les tournages, la promotion du Code Hays, l’instauration de l’Association des acteurs de cinéma, l’avènement du groupe d’inspiration fasciste les Hussards d’Hollywood ou les auditions du House Un-American Activities Committee (HUAC), ainsi que ses listes noires. De manière plus anecdotique, Adrien Le Bihan évoque aussi la sphère privée de « Coop » : ses liaisons amoureuses, ses voyages à Rome ou en Afrique, ses fiançailles avec Veronica… Les figures croisées en cours de lecture sont nombreuses et aident à comprendre pourquoi raconter Gary Cooper revient à dévoiler des pans entiers du septième art américain : Ernst Lubitsch, Howard Hawks, Marlene Dietrich, Audrey Hepburn, Frank Capra, William Hearst, Cecil B. DeMille, Grace Kelly, Henry Hathaway…

Des quelque 370 pages qui composent cette biographie, pas une n’apparaît superflue. Adrien Le Bihan expose Gary Cooper sous une lumière profuse, passionnée et captivante. Les éléments caractérisant le comédien abondent à tel point qu’on peine finalement à identifier ce qui pourrait s’imposer comme son principal trait constitutif : sa silhouette, son professionnalisme, sa capacité à valoriser ses partenaires (notamment féminines), son amitié avec certains grands écrivains, ses rôles dans les westerns, ses prestations dans Sergent York, Le Train sifflera trois fois ou L’Extravagant Mr. Deeds… Mais le plus important est ailleurs : « Coop » est un acteur légendaire, consubstantiel au système hollywoodien, sur lequel les biographies en langue française manquaient cruellement. Avec son ouvrage généreux et étayé, Adrien Le Bihan vient en quelque sorte réparer une injustice éditoriale n’ayant que trop duré. Ne serait-ce que pour cela, Gary Cooper, le prince des acteurs a toute sa place dans la bibliothèque des cinéphiles.

Gary Cooper, le prince des acteurs, Adrien Le Bihan
LettMotif, avril 2021, 366 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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