La météorite de Hodges, ou The stars fell in Alabama

Le 30 novembre 1954, une météorite de 3,86 kg tombe sur une maison à Oak Grove, faubourg de Sylacauga en Alabama. La météorite perce le toit de la maison et rebondit sur un meuble avant de percuter Ann Hodges qui dormait. Celle-ci est blessée à la hanche et à la main.

Le hasard fait ainsi d’Ann Hodges une célébrité, car elle devient la première personne recensée rescapée de la chute d’une météorite. Ses blessures sont sérieuses mais d’une gravité toute relative (il existe une photographie, prise par surprise et sans son accord, qui permet de les visualiser). Si elle finit par se faire hospitaliser, c’est surtout pour échapper à la foule des curieux en tous genres. Épouse d’ouvrier, sans enfant, dans une ville tranquille où il ne se passait rien de notable, Ann Hodges n’était aucunement préparée à un tel événement. Née en 1923, elle avait 31 ans au moment des faits.

Une improbable histoire vraie

Fabien Roché s’empare (scénario et dessin) de cette histoire vraie pour évoquer le destin d’Ann Hodges, ainsi que de son entourage et de ceux qui jouèrent un rôle dans ce drame humain. Avec une gamme de couleurs réduite (noir, gris et vert pâle), un dessin précis et des détails soignés, l’auteur apporte un éclairage aussi exhaustif qu’inspiré. L’essentiel tient en quelques phrases, avec la lutte juridique pour la possession de la pierre et de son parcours post-chute. Il se trouve en effet que les Hodges n’étaient que locataires de la maison où ils vivaient. Sentant la bonne affaire, la propriétaire voulut récupérer la météorite pour son profit. En fait, la météorite eut un parcours assez accidenté, car elle fut dans un premier temps réquisitionnée par l’armée pour analyses et qu’elle est désormais conservée dans les collections de l’Alabama Museum of Natural History, suite au don de la famille Hodges qui n’a jamais réussi à la vendre (ne serait-ce que pour couvrir tous les frais engagés par les travaux et procédures).

Alabama, 1954

Ce qui intéresse ici Fabien Roché, c’est de restituer l’ambiance en Alabama et aux États-Unis à l’époque et de faire réfléchir par rapport aux notions de destin et de hasard. En ce qui concerne l’ambiance de l’époque, elle est rendue par les couleurs (tendance sépia, comme pour de vieilles photographies), ainsi que par de nombreux détails concernant la vie de tous les jours. Et comme il a fait des recherches minutieuses, l’auteur accentue l’effet avec des articles de journaux, des publicités (voir le slogan pour une célèbre marque de cigarettes), un projet avorté d’adaptation cinématographique, la façon dont se déroula une émission TV populaire où Ann Hodges fut conviée, etc. La notion de destin l’intéresse plus particulièrement, puisque la chute de la météorite modifia profondément et durablement la vie d’Ann Hodges qui ne put échapper à la notoriété, chercha à en jouer et espéra accéder à la richesse, tout cela pour finir par divorcer, ne jamais avoir d’enfant et ne rien gagner financièrement dans l’affaire. Tout compte fait, elle pouvait légitimement se demander à quoi tout cela rimait. Question vertigineuse que le dessinateur met en scène intelligemment sur deux planches kaléidoscopiques.

Une BD qui présente les défauts de ses qualités

Ce qui ne convainc pas vraiment dans cette BD originale qui restitue avec maîtrise l’atmosphère de l’époque (période où le sujet des OVNI commença à intéresser la presse, par exemple), c’est sa façon de revenir encore et encore sur les mêmes points. Même en variant les points de vue, cela finit par donner une regrettable impression de remplissage. C’est d’autant plus malheureux qu’avec son choix d’utiliser pas moins de sept bandes pas planche (celles concernant la narration proprement dite), Fabien Roché se donne la possibilité d’évoquer de nombreux détails concernant les personnages et tout ce qui les touche. Certes, l’album étant un format assez grand (34,1 x 25,2 cm pour 64 pages), la taille relativement réduite de nombreuses cases ne nuit pas à la lecture. Mais ce choix permet juste à Fabien Roché de donner un certain rythme à son récit qui comporte par ailleurs de nombreuses planches organisées bien différemment, selon ce que la narration lui permet d’évoquer sous forme de parenthèses. À vrai dire, je pense que le choix des petites cases correspond surtout à l’envie du dessinateur de coller à l’ambiance de l’époque en proposant une BD dont bien des aspects correspondent à ce qui se faisait dans les années 50. En retranscrivant l’atmosphère de l’époque, les choix du dessinateur apportent donc des points positifs et d’autres plus négatifs. Bien entendu, on pourra toujours avancer qu’en multipliant les points de vue, Fabien Roché donne à sentir le ressassement d’Ann Hodges qui ne comprend pas pourquoi tout cela lui est tombé dessus. Effectivement, il y avait une chance sur des millions (pour ne pas dire plus) qu’une météorite lui tombe dessus. Mais Fabien Roché rappelle que si l’on parle de la très faible probabilité d’un événement, celle-ci existe malgré tout. Ce qui veut dire que l’événement finira par se produire. On peut toujours se demander pourquoi, mais on peut aussi l’observer comme un révélateur des mentalités et comportements. Ainsi, la météorite de Hodges n’était qu’un fragment d’une plus grosse météorite. Un autre fragment, plus petit et connu sous le nom de météorite de McKinney, représente une autre histoire.

Aperçu : La Météorite de Hodges (Delcourt)

La Météorite de Hodges, Fabien Roché

Delcourt, mars 2021, 64 pages

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