Dernier meurtre avant la fin du monde selon Ben H. Winters

Probable nouveau cas de suicide, avec un mort par pendaison dans les toilettes d’un McDonald’s. Le dénommé Zell réagissait mal à la situation du moment : un futur terrestre très limité

Imaginez : un astéroïde pointe le bout de son nez et les astronomes qui surveillent sa trajectoire finissent par acquérir la certitude qu’il va percuter la terre d’ici six mois. Sa taille faisant plusieurs kilomètres de diamètre, l’impact entraînera un véritable cataclysme. Les survivants devront se débrouiller dans une atmosphère obscure, refroidie et sans doute privée de la majorité des ressources élémentaires. Quel avenir imaginer dans ces conditions ? Ainsi, la plupart tombent dans une déprime fataliste (de tout façon, quoi qu’on fasse…), très mauvaise moralement. Beaucoup refusent de poursuivre leur activité professionnelle. Ceux qui en ont les moyens partent profiter des endroits agréables tant que c’est possible. Conséquence, plus rien ne fonctionne normalement, tout se détraque, y compris dans les services et administrations. Les communications téléphoniques deviennent très aléatoires, ainsi que les liaisons Internet. Quant aux préoccupations écologiques, quel intérêt désormais ?

Un policier qui fait du zèle

C’est dans cette atmosphère délétère que le narrateur, Hank Palace, flic à Concord (Massachussets), découvre un homme mort par pendaison dans les toilettes d’un McDonald’s. Peter Zell travaillait comme agent d’assurances au cabinet Merrimack Life and Fire où Palace rencontre son employeur, Gompers, qui n’a pas grand-chose à dire. De Naomi Eddes qu’il prend pour l’assistante de direction (alors qu’elle n’est que secrétaire), Palace apprend quand même que Zell était plutôt du genre effacé, discret, avec parfois des réactions bizarres. Maigre indice à la disposition de Palace, la ceinture utilisée par Zell pour se pendre : un modèle de luxe qui ne colle pas vraiment avec le personnage. Zell présente également un vilain bleu en dessous d’un œil. D’après les témoignages, il aurait prétendu être tombé dans un escalier. Palace imagine plutôt un coup porté par l’assassin de Zell. Car il ne croit pas au suicide de Zell.

Une enquête difficile

L’enquête de Palace va le mener dans l’entourage assez limité de Zell : sa sœur qu’il ne voyait quasiment pas, mais qui semble mal à l’aise par rapport à cette affaire, comme si elle avait quelque chose à cacher. Sur les conseils de son mari, elle s’arrange pour esquiver les entretiens et prétendre qu’elle ignorait quasiment tout de la vie de son frère. Palace va également retrouver un ami de Zell que celui-ci avait revu récemment, en particulier pour boire des bières et aller au cinéma.

Suicide ou meurtre ?

Et puis, l’enquête de Palace permet de montrer son ambiance de travail, ses relations avec ses collègues dans ce contexte particulier de fin du monde où personne ne comprend pourquoi il s’acharne à chercher un assassin dans une affaire tellement banale que Zell lui-même avait annoncé que s’il devait se suicider, il le ferait précisément là où il a été retrouvé. Parce que le suicide fait partie des réactions les plus communes dans cette atmosphère de fin du monde bien retranscrite par l’auteur (Ben H. Winters).

La vie de Palace

Celle-ci se complique par l’intervention de sa propre sœur Nico qui voudrait qu’il fasse son possible pour retrouver son mari qui a disparu depuis plusieurs jours. Cette enquête parallèle va ouvrir à Palace d’autres pistes de réflexion, en particulier par rapport à la catastrophe programmée. En effet, tout le monde ne l’attend pas avec fatalisme. Déjà, une puissance dotée d’un armement militaire adapté, envisage de réduire l’astéroïde en débris à l’aide d’un missile. Ce à quoi les autres puissances s’opposent en disant que les débris finiraient malgré tout leur course à la surface de la Terre, mais sur une surface plus importante. Il semblerait que des intérêts privés s’activent en vue d’une autre alternative.

Hasard et circonstances

Voilà donc un roman policier qui exploite avec intelligence une situation de pré-catastrophe certes peu probable, néanmoins crédible et qui éveille des échos par rapport à certaines impressions dues à la pandémie actuelle (Covid 19) : la révélation de la fragilité de nos sociétés. L’auteur tire bien parti de cette situation, sur le plan individuel avec ce que vit et observe le personnage principal, mais aussi par l’ambiance qu’il décrit. Pour autant, il ne néglige pas son intrigue policière. Intelligemment, il mêle les inquiétudes du moment qu’il décrit avec les intérêts et motivations habituelles des uns et des autres. Et on sent un intérêt véritable pour les statistiques, puisque le hasard et les circonstances ont un rôle déterminant dans l’enchainement des faits ainsi que dans le dénouement de l’intrigue. Il va jusqu’à proposer une piste de réflexion plus subtile sur ce que valent les statistiques : Mais c’est ainsi que ça marche : quelle que soit la probabilité pour qu’un événement donné survienne, cette chance unique sur allez-savoir-combien doit arriver à un moment ou un autre, faute de quoi ce ne serait pas une chance sur allez-savoir-combien. Ce serait zéro chance.

Pour aller plus loin

De plus, Winters propose un roman qui se lit très bien grâce à un style fluide et des enchaînements de qualité qui donnent toujours envie de poursuivre la lecture. Il sait aussi mener une intrigue sentimentale qui donne du corps à son roman. Et il donne vie à l’ensemble avec tous les incidents qui émaillent chaque chapitre. La personnalité de son enquêteur se construit par touches successives, notamment des souvenirs familiaux. Et ce n’est pas le seul personnage marquant dans cette histoire. La résolution de l’intrigue policière ramène à des préoccupations humaines presque banales. La bonne nouvelle, c’est que The Last Policeman (titre original) est le début d’une trilogie qui se poursuit avec J – 77 (titre original Countdown City – 2013) et Impact (titre original World of Trouble – 2014).

Dernier meurtre avant la fin du monde, Ben H. Winters

 Super 8, février 2016, 336 pages 

 

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