Le Festival de Deauville 2020, qui se déroule cette année du 4 au 13 septembre dans des conditions un peu particulières, nous a permis de découvrir quelques bons films présentés lors du premier week-end. Retour sur le début de la compétition avec Minari, The Assistant et Uncle Frank.
Minari : l’épreuve du rêve américain
Présenté en film d’ouverture, Minari a lancé le Festival de Deauville 2020 avec beaucoup d’espoir et d’émotions. Le réalisateur Lee Isaac Chung, connu pour Munyurangabo (2007), Lucky Life (2010) et Abigail Harm (2012), a choisi de s’inspirer de son enfance passée dans une petite ferme de l’Arkansas. Originaire de Corée du Sud et né à Denver, il a vécu avec ses parents les difficultés de l’intégration au monde américain, abordées dans Minari.
Ce film personnel raconte l’histoire d’une famille coréenne qui décide de s’installer dans l’Arkansas pour vivre leur rêve de posséder une ferme. Désireux de quitter leur emploi de sexeur, laborieux et mal payé, les parents aspirent à une vie nouvelle où ils pourraient vendre leurs produits à leurs compatriotes. Les premières déceptions surgissent rapidement, notamment l’état de la maison, mais l’essentiel pour le père reste le choix de la terre, le terrain que l’on achète et cultive. Alors que les tensions grandissent au sein du couple, la grand-mère tendre et sournoise rejoint la petite ferme.
Minari traite ainsi avec réalisme des défis de l’acclimatation à un nouveau pays, un autre mode de vie et à d’étranges croyances. A leur arrivée, le père Jacob, interprété par Steven Yeun, explique à son fils qu’il ne faut pas agir comme les Américains mais comme un Coréen. Il faut réfléchir pour trouver un point d’eau, au lieu de recourir à un sourcier armé de bâtons. Au gré des épreuves pour cultiver ses produits, la famille va progressivement adopter les méthodes et la foi américaines. La boucle est symboliquement fermée à la fin du film, lorsque Jacob renonce à ses préjugés et fait finalement appel à un sourcier. Cette adoption du style de vie américain, en dépit de ses difficultés, apporte de l’espoir et des bénéfices à la famille. La santé du garçon s’améliore, les parents apprennent à se battre et à ne pas renoncer malgré de faibles chances de succès.
Le choix du titre Minari n’est d’ailleurs pas anodin. Il s’agit d’une herbe vivace, réputée pour pousser partout et rapidement. Elle est plantée près d’une rivière par la grand-mère. Comme le minari, les personnages s’accrochent et se développent avec force et résistance dans cette nouvelle terre. Comme lui, ils doivent s’affirmer et trouver leur place dans ce milieu américain.
Malgré son ton dramatique, Minari regorge de touches d’humour qui le rendent assez savoureux. Les commentaires et les gestes de la grand-mère, tout sauf conventionnels, apportent une belle légèreté et un côté pittoresque à certaines scènes. Paul, le fermier recruté par Jacob, amuse aussi par ses réparties et ses pratiques religieuses singulières.
Par sa beauté, sa délicatesse et son authenticité, Minari reste notre coup de cœur de ce début de Festival. D’origine coréenne, mais profondément ancré dans le territoire américain, il est à la croisée des cultures et des chemins.
Minari – Fiche Technique
Réalisation : Lee Isaac Chung Scénario : Lee Isaac Chung Interprétation : Steven Yeun (Jacob), Ye-Ri Han (Monica), Yuh Jung Youn (Soonja), Will Patton (Paul), Scott Haze (Billy) Photographie : Lachlan Milne Montage : Harry Yoon Musique : Emile Mosseri Producteurs : Dede Gardner, Jeremy Kleiner, Christina Oh Maisons de production : A24, Plan B Distribution (France) : ARP Sélection Durée : 115 min Genre : Drame Date de sortie : prochainement Etats-Unis – 2020
The Assistant : journal d’une secrétaire
La réalisatrice australienne Kitty Green a débuté sa carrière avec plusieurs documentaires, dont Ukraine Is Not a Brothel (2013) sur le mouvement Femen. Marquée par l’affaire Weinstein, elle entreprend de nombreuses recherches sur le sujet du sexisme et du harcèlement au travail. C’est sur cette base et dans la lignée du mouvement #MeToo qu’est né The Assistant, un film traitant des abus contre les femmes dans le monde de la production cinématographique.
L’héroïne de The Assistant, Jane, tout juste diplômée, vient d’être recrutée comme secrétaire d’un célèbre producteur à New-York. Elle espère secrètement que cette position lui permettra un jour de devenir productrice, mais elle comprend rapidement quel sera le véritable prix de son statut « privilégié ». The Assistant suit en une heure trente le déroulement d’une journée de travail de Jane. Cette action restreinte dans le temps, et située presque exclusivement dans les bureaux, crée un sentiment d’oppression qui nous plonge dans un quasi huis-clos professionnel.
Jane, interprétée par Julia Garner (Ozark), affronte au quotidien isolement, machisme et réprimandes. Ses tâches monotones et répétitives se limitent à imprimer, acheter des sandwichs et répondre au téléphone. Effacée et impuissante au sein de ce monde masculin, elle subit en silence avec un vain espoir de reconnaissance. Pour accentuer cette solitude, Kitty Green la filme volontairement toujours seule dans le cadre, ou bien séparée des hommes par un mur ou une barrière. L’univers masculin reste ainsi inaccessible, invisible. C’est pourquoi le puissant producteur n’apparaitra jamais à l’écran. Les seuls contacts masculins de Jane demeurent ses trois collègues, qui lui dictent avec moquerie les messages d’excuse qu’elle doit envoyer à son chef. Déconsidérée, déshumanisée, Jane n’est qu’une coquille vide, un accessoire au service des hommes.
Ce patriarcat bien installé se maintient par une pression particulièrement forte et rodée. Se plaindre ne peut engendrer que la menace de perdre son emploi et avec lui tout rêve de faire un jour du cinéma. La scène de la conversation entre Jane et le responsable des ressources humaines, extrêmement pesante moralement, l’illustre parfaitement. De plus, les hommes ont l’art habile de faire miroiter à Jane un début de reconnaissance en lui assurant qu’elle effectue un excellent travail ou qu’elle aura une grande carrière. Face à cette situation intolérable, le visage fermé et fatigué de Jane montre peu d’émotions. Les regards, les non-dits et les rares larmes suffisent à révéler sa souffrance intérieure.
Les autres personnages féminins ne sont guère mieux lotis. On croise successivement des secrétaires, des amantes de passage réduites à des objets sexuels et l’épouse délaissée, démunie d’un producteur sans une once de cœur. Au sein de cette jungle masculine, le rôle féminin consiste uniquement à assouvir les besoins des hommes.
Avec ce film, Kitty Green dénonce avec pudeur les abus journaliers subis en silence par les femmes au travail. Elle rend ainsi un hommage réaliste et documenté à toutes ces femmes esseulées craignant de parler, en les invitant à se battre contre ces prisons patriarcales.
The Assistant – Bande-annonce
The Assistant – Fiche technique
Réalisation : Kitty Green Scénario : Lee Isaac Chung Interprétation : Julia Garner (Jane), Matthew Macfayden (Wilcock), Makenzie Leigh (Ruby), Kristine Froseth (Sienna), Alexander Chaplin (Max), Dagmara Dominczyk (Ellen) Photographie : Michael Latham (V) Montage : Kitty Green, Blair McClendon Musique : Tamar-Kali Brown Producteurs : P. Jennifer Dana, Scott Macaulay, James Schamus, Kitty Green, Ross Jacobson Maisons de production : Cinereach, Forensic Films Durée : 87 min Genre : Drame Date de sortie : prochainement Etats-Unis – 2020
Uncle Frank : l’affirmation homosexuelle
Alan Ball, connu principalement dans l’univers des séries (Six Feet Under, Here and Now, True Blood) signe avec Uncle Frank son premier long-métrage. Dans ce drame intimiste, il traite dans une touchante histoire de famille la question de l’acceptation de l’homosexualité au cours des années 1970.
Le récit est narré à travers le point de vue de Beth, une adolescente qui part étudier à l’Université de New-York. Elle apprend que son oncle Frank, qui y enseigne la littérature, lui a caché son homosexualité et sa vie avec son compagnon Willy. Surprise mais ouverte d’esprit, elle tolère parfaitement la situation et promet de garder le secret.
Uncle Frank nous replace ainsi dans le difficile contexte de la ségrégation des homosexuels. Si l’homosexualité n’est plus punie à New-York, elle reste tabou et très mal perçue dans les années 1970. Au point que les homosexuels continuent à mentir en société comme en famille. Le personnage de Frank reste marqué par les réprimandes et violences qu’il a subies enfant de la part de son père. Considéré comme un « dégénéré », il s’est senti rejeté et s’est progressivement éloigné de ses parents. Tout comme Frank, son compagnon Willy, d’origine arabe, ne peut pas révéler son homosexualité. Il a donc fui son pays, qui condamne les homosexuels, et fait croire à ses parents qu’il possède une femme.
C’est le décès de son père qui amène Frank à évoluer et à se confronter à lui-même. Il apprend à surmonter la souffrance, le deuil et la culpabilité, associés à son père, qu’il a ressentis enfant. Sa nièce Beth et Willy le soutiennent vaillamment dans ce chemin sinueux vers sa réconciliation envers lui-même et sa famille. L’interprétation à fleur de peau de Paul Bettany et la réalisation sans jugement d’Alan Ball font d’Uncle Frank un drame sensible et émouvant.
Grâce à ce film, Alan Ball nous rappelle que pour être reconnu par les autres, il faut commencer par s’accepter et s’affirmer soi-même. Il faut assumer nos différences et suivre nos désirs même s’ils peuvent choquer les autres. Un bel appel au courage, à la tolérance et à l’amour.
Réalisation : Alan Ball Scénario : Alan Ball Interprétation : Paul Bettany (Frank Bledsoe), Sophia Lillis (Beth Bledsoe), Peter MacDissi (Wally), Steve Zahn (Mike Bledsoe), Judy Greer (Kitty Bledsoe), Margo Martindale (Mammaw Bledsoe), Lois Smith (Aunt Butch) Photographie : Khalid Mohtaseb Montage : Jonathan Alberts Musique : Nathan Barr Production : Peter MacDissi, Michael Costigan, Jay Van Hoy, Alan Ball, Stéphanie Meurer, Bill Block Maisons de production : Your Face Goes Here Entertainment Durée : 95 min Genre : Drame Date de sortie (Amazon Prime Video) : prochainement Etats-Unis – 2020
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Après le merveilleux "Planètes" de la précédente édition, la Semaine de la Critique cannoise propose en ouverture un nouveau film d'animation, "In Waves". Une splendide histoire d'amour et d'amitié au creux des vagues qui déferlent sur nous par salves d'émotions. Grâce à son animation sublime et à son traitement sensible de la perte et du deuil, "In Waves" compose une œuvre à la fois lumineuse et mélancolique. Une magnifique ode au cinéma et à la mer.
Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.
A l’aide d’une caméra 16 mm haute vitesse, Herzog filme merveilleusement bien ce qui, dans ce sport atypique, constitue son vrai centre d’intérêt : ces instants où, suspendu dans l’air, le skieur défie le temps et l’espace. Loin de l’ingrate « solitude » du coureur de fond, le sauteur à ski est un rêveur qui offre son extase en spectacle.
Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.
Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.
Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.
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