Brooklyn Village, un film d’Ira Sachs en compétition à Deauville

Avant-dernier film de la compétition Deauvillaise, Brooklyn Village est le 8ème long métrage d’Ira Sachs, déjà présent sur la côte normande en 2014 pour Love is Strange. Avec l’ambition de capturer tous les maux d’une famille New Yorkaise, le réalisateur balaye bien trop de sujets et finit par nous ennuyer. Malgré une photographie plaisante et deux, trois bonnes séquences, Brooklyn Village s’avère bien trop fébrile vis-à-vis de ses prétentions.

Une famille de Manhattan hérite d’une maison à Brooklyn, dont le rez de chaussée est occupé par la boutique de Leonor, une couturière latino-américaine. Les rapports entre voisins sont d’abord très agréables, notamment grâce à l’insouciante amitié qui se noue entre Tony et Jake, les enfants des deux foyers. Jusqu’à ce que les nouveaux arrivants réalisent que le loyer que Leonor leur verse est bien en dessous de ce qu’il conviendrait…

La trame du film est donc axée sur un contentieux qui naît d’un changement de propriétaire ; la locataire se voit dans l’obligation de payer plus ou de déguerpir. Avec un pitch a priori façonné pour un cinéma social des plus moralisateurs, Ira Sachs a le mérite de traiter l’affaire avec un regard compatissant pour les deux camps. Pas de diatribe contre ceux qui possèdent, et pas d’empathie débordante pour les autres. On peut éventuellement y voir une légère critique de la gentrification de Brooklyn, mais le sujet n’est pas vraiment politique. En réunissant ces deux familles autours d’une amitié adolescente, et en les éloignant avec un conflit entre adultes, le film est censé dépeindre le fossé qui sépare les petits des grands. Le père (Greg Kinnear, Little Miss Sunshine), modeste comédien financièrement dépendant de sa femme, se voit dans l’obligation de ruiner l’amitié de son fils pour récupérer son bien. Cela va déboussoler ce gamin à la fibre artistique prometteuse, mais qui peinait déjà à se sociabiliser.

Ira Sachs nous gratifie de deux scènes réussies, l’une entre un jeune acteur et son professeur de théâtre, l’autre dans une boite de nuit pour adolescents ; le reste étant assez insipide. Prétendument inspiré par Ozu et Bresson, le film ne laisse guère transparaître une quelconque filiation avec ces illustres réalisateurs, du moins dans sa qualité. Même si l’on admet que son évocation de l’enfance n’est pas incompatible avec le génial Bonjour (1949) qu’il cite après la séance. Plastiquement séduisant, Brooklyn village n’est qu’un objet filmique assez conventionnel qui sort d’un moule Indie déjà vu. De la bande originale à la crise familiale, rien n’est vraiment novateur dans cette énième exploration sociétale ; ni bon ni mauvais, le film restera caché (on l’espère) dans le ventre mou du festival.

Réalisé par Ira Sachs avec Greg Kinnear, Jennifer Ehle, Paulina Garcia, Michael Barbieri, Theo Taplitz, Talia Balsam, Maliq Johnson, Anthony Angelo Flamminio, Maddison Wright, Mauricio Bustamante, John Proccacino, Alfred Molina…

Festival

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Grégoire Lemaître
Grégoire Lemaîtrehttps://www.lemagducine.fr/
Étudiant en histoire de l'art et passionné d'images en tout genre (qu'elles soient picturales, photographiques, ou filmiques) j'écris pour le plaisir de partager les œuvres qui m'ont marqué. Mon coeur balance entre l'ésotérisme de cinéastes comme Herzog ou Antonioni (pour ne citer qu'eux), l'audace de réalisateurs comme Wes Anderson ou Bertrand Bonello, et les grands noms made in U.S.A. Je voue également un culte sans failles à Audrey Hepburn. Dernièrement mes plus grands frissons viennent du petit écran, notamment avec The Leftovers, Rectify ou The Americans.

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