Arras Film Festival 2016 : The Spy and the Poet, un film de Toomas Hussar

Découverte à l’Arras Film Festival du film estonien The Spy and the Poet, un thriller d’espionnage flirtant avec l’humour (notamment noir et absurde) et dont l’écriture tient plus du mic-mac brouillon que du plan sans accrocs.

Synopsis : Un soir, Gustav, un agent secret taciturne, rencontre une femme énigmatique. Il semble évident qu’il s’agit là d’un piège tendu par les services secrets soviétiques. Tout devient plus compliqué lorsque celui-ci reçoit l’ordre de succomber à ses charmes.

Notre Review The Spy and the Poet

A la manière d’un Burn After Reading (Frères Coen, 2008), The Spy and the Poet se voudrait être un film d’espionnage à la fois sérieux et complètement absurde, soit une farce. Si l’humour est là, il n’est pas parfaitement maîtrisé. Alors que des espions estoniens affrontent des russes pour sauver une ex-agent russe dans une séquence filmée de telle manière que l’on pense au nanar voire au navet, le héros Gustav’ regarde avec admiration une photographie de commandos estoniens de la guerre d’indépendance. On pensait alors que le héros allait se recharger d’une dose de courage après une période emplie de doutes et de folies. Eh bien pas du tout, car il s’est suicidé. C’est ce que l’on a appris après le film de la part de l’un des acteurs présents, et avec des échanges avec le public partagé face au film, entre incompréhension et admiration face à ce qui serait une énorme farce bouffonne. Ainsi ce qu’on pensait être une scène plutôt drôle n’en est pas une. Celle-ci est juste mal contrôlée, mal présentée, à tel point que beaucoup -dont CineSeriesMag- n’ont pas compris que le personnage se suicidait. En effet, même s’il était étrangement absent à la fin du film, l’événement du suicide n’était pas clairement compréhensible. Car si le film tire à la farce rien que par son histoire de guéguerre absurde et obscure entre russes et estoniens qui avancent leurs dés comme des enfants au Monopoly et passent pour des imbéciles incompétents, et malgré toutes les séquences burlesques notamment via le duo de l’espion et du poète, le long métrage ne peut cacher son écriture hasardeuse et sa progression narrative en dent de scie. L’écriture toute en ellipses est un choix intéressant, mais il n’est pas maîtrisé ici. D’ailleurs, lors de la rencontre qui a suivi la projection, l’un des deux acteurs principaux, Rain Tolk (qui interprète le poète), a déclaré ceci :

« Son approche en tant que scénariste est très différente (…) il pense son scénario comme une énigme mathématique (…) le réalisateur veut nous laisser chercher (…) il veut que ses idées soient ambivalentes. »

Ce à quoi on a envie de répondre : le réalisateur a raté son équation, et le spectateur lui, est perdu.

« Dommage » et « gachis » sont alors les mots qui nous viennent à l’esprit à la fin de la séance. On retiendra la réalisation généralement belle et intelligente, la bande-son inspirée (parfois trop d’ailleurs, par celle du jeu vidéo L.A. Noire entre autres), et bien sûr les performances du trio d’acteurs principaux, de Lana Vatsel qui irradie le film de sa présence, à Jan Uuspold et Rain Tolk qui forment un duo burlesque improbable et détonnant.

 The Spy and the Poet : Bande-annonce

The Spy and the Poet

Titre original : Luuraja ja luuletaja

Réalisateur : Thomas Hussar

Interprètes : Jan Usspold, Rain Tolk, Lana Vatsel

Production : Allfilm

Durée : 1h35

Estonie – 2016

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.