Un Prince à New York 2 : fallait-il vraiment réaliser une suite après 33 ans ?

Disponible sur Amazon Prime Video depuis le 5 mars, Un Prince à New York 2 nous propose une suite au célèbre premier volet éponyme (1988) dans lequel Eddie Murphy interprétait Akeem, un prince africain venu chercher l’amour de sa vie dans le Queens, quartier pauvre de New York.
La suite est simple : n’ayant engendré que des filles, Akeem découvre qu’il a un fils illégitime né aux Etats-Unis et décide de le trouver pour le faire asseoir sur le trône, la loi de Zamunda (son pays natal) stipulant que l’héritier doit être de sexe masculin. Mais une fois arrivé dans le Queens, le monarque africain découvre que son fils et sa mère n’ont pas reçu l’éducation raffinée attendue d’un prince : la cohabitation au palais royal de Zamunda s’annonce cocasse…
Très attendue, la suite a déjà été couronnée de succès sur Prime Video puisqu’elle est devenue le film le plus regardé le temps d’un week-end, et ce depuis le début de la pandémie. Si ce succès populaire n’est pas à démentir, qu’en est-il d’un point de vue critique ?

Une comédie sans prétention à l’humour populaire assumé 

Un Prince à New York 2 annonce rapidement la couleur : celle de la comédie populaire sans prétention, qui s’appuie sur un humour de même niveau et un côté poussif totalement assumé.
Ce second film, comme le précédent volet, n’a pas peur du too much. Eddie Murphy réendosse le digne costume de l’ex-prince devenu roi Akeem, en même temps qu’il se glisse à nouveau dans la peau de quelques seconds rôles surmaquillés que sont Clarence, le coiffeur afro-américain grande gueule et son client Saul ainsi que le chanteur ringard Randy Watson, pendant qu’Arsenio Hall, en plus d’interpréter Semmi, l’ami du roi, incarne aussi le révérend Brown, Morris, un autre client du coiffeur, et un nouveau rôle : celui de Baba, sorte de marabout-conseiller royal plutôt amusant avec son côté franchement ridicule. On apprécie leur tchatche d’un autre temps qui apporte de l’humour, et pas le plus mauvais du film. D’ailleurs, la comédie n’en manque pas, notamment un humour très parodique, comme le pays voisin appelé Nexdoria (de l’anglais Next door, signifiant la « porte à côté »). On aime cette facette du film qui se moque clairement de lui-même.

Encore une fois comme dans le volet précédent, Un Prince à New York 2 se moque à la fois des classes populaires (avec la famille de Lavelle, fils illégitime d’Akeem), comme des très riches, notamment des monarques africains plus imbus d’eux-mêmes encore que le Roi Soleil. Nous avons notamment droit à un tableau stupéfiant durant lequel le roi Jaffe Joffer, se sentant en fin de vie, décide de s’organiser des funérailles grandioses auxquelles il assistera de son vivant.
On note d’ailleurs un véritable travail dans l’organisation de scènes de danses africaines avec plusieurs dizaines de danseurs, toujours aussi impressionnantes. Enfin, le gros point positif d’Un Prince à New York 2 est de nous donner à voir dans le cinéma américain, pour une fois, l’Afrique et sa culture : animaux, paysages, mais surtout costumes traditionnels, boubous, tissus wax et coiffures pour cheveux crépus, avec boucles, tresses et dreadlocks superbement mises en valeur. On salue le choix d’Eddie Murphy de nous montrer l’Afrique et sa culture, quand bien même ce n’est que de manière superficielle et dans une comédie.

Un scénario aux ficelles grosses comme les câbles d’un pont 

Malheureusement, les points positifs s’arrêtent là. Un Prince à New York 2 est complètement plombé par son scénario peu intéressant. Le titre ne colle plus car la majeure partie du film se déroule à Zamunda et casse le mythe qu’on s’en était fait dans le 1, le pays étant peu vu et donc surtout fantasmé.
C’est d’ailleurs ce qui permettait au spectateur de ne pas se poser trop de questions. Installer le film à Zamunda exige de lui créer un contexte socio et géopolitique et c’est là la première grosse erreur de ce second volet. On découvre un pays qui n’a apparemment pas d’armée et qui est soumis aux caprices d’un dictateur voisin, le général Izzi, qui sera mis au tapis, disons-le, de manière franchement ridicule. Le palais royal qui regorge normalement de gardes semble se vider de ses sentinelles dès l’arrivée du général Izzi… Et c’est ainsi que Zamunda nous apparaît comme un pays fait de carton-pâte ! Quelle chute pour ce pays si riche duquel nous venait Akeem il y a trente-trois ans !

Ce ne sont pas là les seules faiblesses d’un scénario vu et revu qui pourrait se résumer comme suit : exposition et appréciation (Akeem et son fils), dispute et sentiment de trahison, suivis par l’éternelle réconciliation qui clôt le film sur une scène de liesse (ici une grande fête de mariage). Si encore l’écriture donnait l’impression que tout cela est crédible…
Sur un film de presque deux heures, les émotions ne sont pas exploitées et tombent comme un cheveu sur la soupe : les sentiments qui unissent Lavelle à la femme qu’il finira par épouser sont à peine ébauchés et n’ont fait leur preuve que sur un baiser volé ! Il en va de même pour les personnages de Zamunda et du Queens qui se réconcilient sans explication – il y a donc un problème manifeste de montage ou d’écriture. Même les arcs féministes rajoutés sont bâclés et clichés.
Bref, ce scénario aux ficelles grosses comme les câbles d’un pont est la faille du film qui finalement nous donne à voir ce qui ne nous intéresse pas, alors qu’on en attendait tant, surtout en comparaison des scènes décalées et hilarantes du Queens que nous offrait le premier film.

Un côté studio qui déçoit 

Enfin, l’autre problème d’Un Prince à New York 2 est son image décevante. Les scènes de fêtes africaines n’ont plus le même panache et elles apparaissent comme tournées en studio, donnant une impression de faux. Les lumières colorées et criardes qui y ont été ajoutées ne sont pas pour rendre le tout plus élégant. On déplore aussi les vues du palais, des paysages et même des animaux qui sont réalisées en effets spéciaux et ce, de manière assez ostensible.
C’est ainsi que la magie n’opère plus : là où le premier film nous faisait rêver d’un palais et d’un royaume africain riche et luxuriant, cette suite nous donne à voir des intérieurs tournés en studio et des vues extérieures manifestement créées en 3D et tournées sur fond vert. Du lion aux éléphants, en passant par les vues extérieures du palais, le spectateur n’a droit qu’à du faux digne d’un jeu vidéo.

Enfin, pour couronner le tout, et alors que les relations entre les personnages n’avaient pas le temps d’être travaillées, le film est marqué par un phénomène de remplissage musical qui lasse le spectateur. Plutôt que d’écrire des arcs narratifs cohérents, écrivons des chansons qui reviennent toutes les vingt minutes pour le plus grand agacement des spectateurs.
Un Prince à New York 2 n’a pas la fraîcheur du film original. Décors intérieurs et extérieurs, animaux et émotions sonnent faux et plombent la motivation et l’intérêt pour le film.

Très et sans doute trop attendu, Un Prince à New York 2 est donc une déception qu’il vaudrait mieux éviter de revoir. On peut, bien sûr, toujours rire avec nostalgie devant le film de 1988, en oubliant qu’il a une suite. En effet, cette pause de trente-trois ans est bien trop longue. L’époque est passée et cette suite sortie du chapeau sonne plus commerciale que sincère. 

Si ce film vous donne envie d’explorer le Bronx, Manhattan et Queens par vous-même maintenant que les voyages aux États-Unis sont sur le point de reprendre, vous devrez d’abord acheter un ESTA . L’ESTA ou le visa est un document de voyage obligatoire pour tous les Français qui se rendent aux États-Unis.

Un Prince à New York 2 : bande-annonce 

Fiche technique : Un Prince à New York 2

Réalisateur : Craig Brewer
Scénaristes : Kenya Barris, Barry W. Blaustein, David Sheffield
Casting : Eddie Murphy, Arsenio Hall, James Earl Jones, Jermaine Fowler, Leslie Jones, Shari Headley, etc.
Musique : Jermaine Stegall
Sortie : 5 mars 2021 sur Prime Video
Pays : Etats-Unis
Version originale : anglais
Genre : comédie
Durée : 110 minutes

PS : Med Hondo, doubleur français d’Eddie Murphy nous ayant quittés en 2019, la voix française de l’acteur a été redistribuée et est à présent le travail du comédien Christophe Peyroux.

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Sarah Anthony
Sarah Anthonyhttps://www.lemagducine.fr
Ecrivain et artiste, Sarah Anthony est copywriter freelance et a écrit au Mag de 2020 à fin 2023, elle y a notamment été responsable de deux rubriques : Arts & Culture (qu'elle a créée) et Séries. Son premier roman, La Saison sauvage, est disponible aux Editions Unicité depuis le 6 décembre 2022. Au sein de la rubrique Arts & Culture, Sarah a créé en janvier 2021 une chronique illustrée : l'Abécédaire artistique, qui a comptabilisé jusqu'à 20 000 lecteurs certains mois. En octobre 2023, l'Abécédaire artistique a été publié en livre et la chronique a pris fin en décembre de cette même année. Sarah Anthony se consacre désormais à l'écriture de son second roman. Plus d'infos : https://sarahanthonyfineart.com

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