Mr. Turner, un film de Mike Leigh : Critique

Critique du film, Mr.Turner 

Synopsis: Mr.Turner s’intéresse à l’homme derrière Joseph Mallord William Turner, peintre anglais emblématique de l’Angleterre du XIXème siècle tout en étant précurseur sur de nombreuses techniques picturales.

L’homme derrière le maître

Le film biographique ou biopic est un genre cinématographique extrêmement répandu et qui semble obéir à des lois propres et immuables. Sur le plan de l’action, il se doit de montrer pourquoi le héros est remarquable et sur le plan psychologique, il doit montrer quel événement lui sert de moteur. The Aviator de Scorsese est de ce point de vue le biopic idéal : à la fois parce qu’il dresse un portrait d’Howard Hughes en génie des affaires et du cinéma, et parce qu’il nous donne le fil rouge mental de l’obsession pour l’hygiène qui se transforme petit à petit en psychose. Cette dramatisation d’une vie permet de lui donner un sens, une clé de compréhension.

Mr. Turner ne cherche pas du tout à atteindre ce but. Mike Leigh est en effet un auteur qui n’est pas intéressé par l’événement mais par le quotidien. Le Mister du titre est très important : ce n’est pas le peintre illustre qui intéresse l’auteur de Secrets et Mensonges, mais un homme dont le métier était de peindre des chefs d’œuvre.

Si on sait que Mike Leigh a l’habitude de partir d’un pré-scénario qui va s’enrichir au terme d’un long travail avec ses collaborateurs et ses acteurs, la question pouvait se poser pour un film dont la matière n’est pas fictionnelle. L’approche sur Mr. Turner a été la suivante : étudier de manière extensive la vie du peintre pour se l’approprier, trouver des acteurs capables d’exercer les gestes, notamment la peinture, et ainsi incarner l’histoire.

Le film n’essaie ni de faire sens quant à la vie de Turner, ni de nous montrer des événements liés par une relation de causalité. La vie se déroule sous nos yeux, avec ses moments forts et ses moments en creux. Le rapport aux puissants, les rivalités entre peintres, les femmes de sa vie sont présentés dans une ou deux scènes en forme d’anecdotes : chacune a une valeur en soi et c’est au spectateur de reconstituer les trous.

La vie d’un homme

Mr. Turner nous dresse le portrait d’un homme en mouvement. Au sens littéral, puisqu’en tant que peintre paysagiste Turner va constamment se déplacer, au risque de sa santé quand il vieillira. Au sens figuré puisqu’il semble peu intéressé par le monde qui l’entoure, que ce soit son ancienne compagne, ses filles non reconnues, ou les autres peintres.

Grognant, parfois bestial dans son rapport aux femmes, il n’est pas tant un génie qu’un humain, trop humain. L’histoire racontée par Mike Leigh n’est ni une hagiographie, ni celle d’une chute suivie d’une rédemption, mais celle d’un être ordinaire, proche de son père, et qui va connaître un véritable amour, paisible et ordinaire sur le tard.

Ceci fait la force mais aussi la faiblesse de Mr. Turner : si l’on imagine aisément que tout est juste et vérifiable, on a aussi l’impression de passer à côté du sujet. Car si le peintre anglais nous intéresse encore aujourd’hui, c’est pour sa peinture et  non pour sa vie privée. Mais Turner est un homme d’acte et non de mots  et les moments qui abordent la théorie de la peinture sont les moins intéressants.  Le héros est en effet incapable de parler en public ou de s’imposer dans une discussion, aligne les banalités quand il s’agit de faire des compliments ou de s’intéresser à l’évolution technique.

Un beau tableau 

Visuellement le film est très beau. Les ballades de Turner évoquent ses tableaux de par leur lumière et leur composition. Il est aussi assez lent et tranquille et il vaut mieux savoir à quoi l’on s’engage en allant voir le film, sous peine de quitter la salle précipitamment.  Le jeu d’acteur divisera les esprits : si Timothy Spall a reçu le prix d’interprétation au festival de Cannes, on a parfois l’impression de ne voir qu’une performance d’acteur : le bon grognement, la bonne mimique bien étudiée, et cela vaut aussi pour les autres acteurs. Dans ce registre, on saluera toutefois la performance de Dorothy Atkinson, extraordinaire dans le rôle de la bonne (l’un des meilleurs personnages secondaires de l’année).

Que retenir au final de ce Mr. Turner ? Mike Leigh ne cherche clairement pas à nous épater, mais à nous raconter calmement la petite histoire à côté de la grande. Il procède par petites touches discrètes et compte sur nous pour reconstituer le tableau. Cette modestie est la force et la faiblesse d’un film qui, sans être vraiment ennuyeux, prend son temps pour raconter les petites choses d’un grand homme.

Mr Turner : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=co_zQ0ALcsw

Fiche technique : Mr. Turner 

Réalisateur : Mike Leigh
Genre : Film biographique
Année : 2014
Date de sortie : 03 décembre 2014
Durée : 02h30
Interprétation: Timothy Spall (J.M.W. Turner), Paul Jesson (William Turner), Dorothy Atkinson (Hannah Danby), Marion Bailey (Mrs Booth), Ruth Sheen (Sarah Danby)
Musique : Gary Yershon
Directeur de photographie : Dick Pope
Scénario : Mike Leigh
Nationalité : Anglaise, Française et Allemande
Producteur : Georgina Lowe
Maisons de production : Film4, Focus Features international, Lipsync productions, Thin man films, Xofa productions
Distribution (France) : Diaphana

Toutes les photos sont tirées du dossier de presse édité par Diaphana, et sont copyright : Simon Mein – Thin Man Films

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Benjamin S.
Benjamin S.https://www.lemagducine.fr/
Cinéphile et bédéphile, j'ai grandi dans le regret de ne pas avoir vécu l'époque Starfix. J'aime tous les types de films, bons comme très mauvais, mais je ne supporte pas la tiédeur.

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