Des jours meilleurs : se remet-on jamais de telles épreuves ?

Plongeant au cœur de l’alcoolisme féminin, souvent tabou et invisibilisé, Elsa Benett et Hippolyte Dard signent une œuvre audacieuse qui entrelace drame, vérité et éclats de comédie. Inspiré par des récits authentiques, notamment celui de Laurence Cottet, ce long-métrage éclaire, avec espoir, les ombres de vies tourmentées, tout en offrant des instants cathartiques qui allègent, par moments, la gravité du sujet.

Dans cette œuvre profonde et grave, le duo de réalisateurs aborde la délicate question de l’alcoolisme des femmes, ayant été touché par ce fléau dans leur entourage proche. Si celui des hommes est souvent évoqué, celui des femmes reste invisibilisé, comme honteux et difficile à accepter, de même au cinéma où il a été peu abordé.

Rassembler donc un groupe d’une quinzaine de femmes dans un centre anti-éthylisme, toutes victimes de fortes addictions dues à des situations personnelles tourmentées, et parmi elles seulement 3 actrices professionnelles, représente une audace et un courage d’affronter une réalité souvent compliquée, tant l’alcool, en vente légale, fait des ravages chez les deux sexes et agit souvent comme antidépresseur.

L’inspiration forte de la vie de Laurence Cottet (cette ancienne alcoolique qui témoigne de son expérience partout où elle peut, et que réalisateurs et acteurs ont pu rencontrer longuement, acceptant même d’y incarner un rôle secondaire), pour forger l’histoire de Suzanne, le personnage principal du projet, est un atout considérable qui crédibilise l’œuvre dans une ambiance de vérité toujours pesante et dramatique, même si le ton de la comédie permet de donner, par moments, de l’oxygène au spectateur, et apporte une dimension cathartique.

Solidarité, altérité et sororité

À bout de forces et devant abandonner ses 3 enfants dont elle a de plus en plus de mal à s’occuper, Suzanne arrive au début de l’histoire dans ce centre de désintoxication, la mine défaite, bien consciente qu’elle doit se soigner de son alcoolisme pour espérer les revoir un jour ! Elle y rencontre plein d’autres femmes qui essaient de s’en sortir avec difficulté, chacune avec son lourd passé et pour certaines dans le déni de leur état !

Par le biais d’échanges avec la psychiatre, et de pas mal de jeux de situations, dont des questionnements face caméra de ces femmes qui bouleversent par leurs réflexions et des aveux poignants sur leurs accidents de vie, séances proches du documentaire, les réalisateurs nous montrent un monde dans la souffrance, et des femmes affichant beaucoup de solidarité, même si elles se chamaillent souvent, et pour nombre d’entre elles un ferme espoir de s’en sortir !

Pour approfondir astucieusement le propos, Elsa Benett et Hippolyte Dard choisissent de mettre en avant, aux côtés de Suzanne, deux autres femmes, Diane (une comédienne abandonnée par sa fille, dans le déni total de son addiction) et Alice (jeune fêtarde qui boit pour exister), 3 femmes très différentes mais qui vont apprendre à se connaître, non sans conflit, et faire preuve d’altérité, dans un monde où la sororité est de mise ! Ces femmes sont jouées par des actrices de renom, plutôt habituées à jouer des comédies et ici à contre-emploi, naturelles et sans maquillage.

C’est tout d’abord Valérie Bonneton (Suzanne), méconnaissable par rapport à ses rôles précédents et d’une profondeur étonnante tout au long du long-métrage. Une vraie prouesse car elle est tellement crédible et sensible dans le rôle de cette femme à la dérive. Dans une moindre mesure, Michèle Laroque incarne Diane, souvent dans la dérision, et Sabrina Ouazani (Alice, faussement insouciante) assume plutôt bien son rôle de femme en cours de sevrage et tentant de se reconstruire.

Le rallye des Dunes : on n’y croit pas, et pourtant !

Au-delà des soins, le centre de désintoxication propose des ateliers d’activités pour l’aide à la reconstruction. Denis, en charge de les animer, le seul homme du projet (interprété par un Clovis Cornillac convaincant, acteur et réalisateur touche-à-tout, déjà vu dans des rôles de coach dans Têtes Givrées et aussi dans Monsieur le Maire), se met en tête d’entraîner toutes les femmes à participer à un rallye dans le désert marocain, activités diverses et improbables, scènes émaillées heureusement de moments drôles, tellement on pense que c’est impossible ! Mais Denis n’aura de cesse de réussir son pari, plus proche qu’il n’y paraît du sort de ces femmes, par une blessure intime et ses conséquences qu’il sait dévoiler avec empathie et sincérité.

Et quand il embarque les 3 héroïnes principales avec lui au Maroc, on craint le pire de ce qui pourrait se passer, mais c’est tout le contraire : de belles rencontres, des aventures qui solidifient les liens et des incidents divers où elles peuvent mettre en pratique leur farouche désir profond, certes encore ténu, de s’en sortir, par la force des relations humaines et la reconquête de leur estime de soi. Leur retour ouvre enfin le chemin des possibles, même si une partie de leurs problèmes subsiste dans la vie qu’elles retrouvent.

Un avenir meilleur grâce à une réparation de l’âme mais des séquelles à vie

Les réalisateurs offrent une œuvre sérieuse de bout en bout. « L’addiction, ce n’est pas une question de volonté » comme l’assène le projet, car c’est un révélateur à causes multiples dont il faut soigner les causes, sous peine de rechutes nombreuses comme le film ne manque pas de le montrer avec intelligence.

Entre larmes et rires, c’est un jeu à somme nulle, mais on garde tout le long-métrage la boule au ventre, tellement il arrive à maintenir une tension constante et palpable pour la souffrance de ces femmes. Et si elles semblent s’en sortir, on en perçoit toute la fragilité, malgré des jours meilleurs.

Pensez-vous être guérie pour toujours ? Laurence Cottet : « par rapport à l’alcool oui. Par rapport à la maladie qui se cachait derrière l’alcool, c’est-à-dire la dépression, je fais très attention… »

Bande-annonce : Des jours meilleurs

Fiche technique du film Des jours meilleurs

Réalisateurs et scénaristes : Elsa Bennett et Hippolyte Dard, avec le collaboration de Louis-Julien Petit sur le scénario

Soundtrack : Clémence Ducreux (Compositeur)

Production : Vanessa Djian, Éric Jollant, Julie Carrière

Équipe technique

  • Thomas Lerebour (Directeur de la photographie)
  • Florian Khun (1er assistant réalisateur)
  • Okinawa Guerard et Sebastiàn Moradiellos (Directeurs du casting)
  • Fabrice Rouaud (Chef monteur)
  • Laetitia Bouix (Chef costumier)
  • Suzel Jouguet (Chef maquilleur)
  • Emmanuel Fayer (Directeur de production)
  • Stéphanie Gheeradyn (Régisseur général)
  • Emily-Jane Torrens (Scripte)
  • Noëlle Van Parys (Chef décorateur)
  • Yves Bemelmans (Ingénieur du son)
  • Damien Lazzerini (Mixage)

Sociétés de production et distribution

  • Wild Bunch Distribution
  • Newen International (Exports)
  • France 3 Cinéma (CoProduction)
  • Daidai Films (Production)
  • Impact (CoProduction)
  • Capa Cinéma (CoProduction)
  • Newen (CoProduction)
  • Les Gens (CoProduction)

Sortie en salles

  • Date : Le 23 avril 2025
  • Durée : 1 heure 44 minutes

Acteurs et actrices principaux

  • Valérie Bonneton (Rôle : Suzanne)
  • Michèle Laroque (Rôle : Diane)
  • Sabrina Ouazani (Rôle : Alice)
  • Clovis Cornillac (Rôle : Denis)
  • Sophie Leboutte (Rôle : Chantal)
  • Myriem Akheddiou (Rôle : Docteur Mathys)
  • Laurence Cottet (Rôle : Colette)
  • Manuel Ginion (Rôle : Théo).

 

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3.5

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Bruno Arbaudhttps://www.lemagducine.fr/
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