Critique : Room 514, un huis clos acide de Sharon Bar-Ziv

Sharon Bar-Ziv est un scénariste habitué à l’écriture pour la télévision, il signe ici son premier long métrage Room 514. Inspiré par des faits réels, ce film présente la dualité existant dans la société israélienne entre des valeurs fondamentales et les croyances de l’Israélien moyen.

Émigré russe Anna (Asie Naifeld) arrive à la fin de son service dans les Forces de défense israéliennes comme enquêtrice de la police militaire. Désireuse de s’imposer dans ce milieu majoritairement masculin avant d’aller dans une école de droit, elle refuse de clore la plainte déposé la famille palestinienne contre l’unité des loups, bien que son commandant Erez (Ohad Hall), et parfois amant, l’a met en garde en lui signifiant qu’elle ferait mieux de laisser tomber car c’est avant tout politique. Elle persiste dans sa démarche et convainc le réticent Sgt. Nimrod (GuyKapulnik) de faire rapport sur le comportement de son commandant de compagnie, Davidi (Udi Persi).

Commence alors un long huis clos dans la salle d’interrogation, la fameuse « Room 514 », entre cette femme impétueuse, idéaliste, immigrée récente russe et ce monde d’hommes de Sabras, ces Israéliens nés en Terre Promise. Une confrontation qui offre un autre visage du confit israélo-palestinien vu par les yeux de jeunes soldats jetés dans un conflit où les codes moraux se brisent et où la violence devient la seule arme de répression

Cet huis clos asphyxiant tourné en seulement quatre jours, dans une mise en scène minimaliste interroge sur l’état de l’armée israélienne, les rapports à la hiérarchie et ceux existant entre les hommes et femmes dans une société minée par un conflit où les responsables politiques sont incapables de négocier une paix durable.

Dans une atmosphère claustrophobe, cette héroïne complexe livre une véritable joute verbale, qui à certains égards rappelle « A Few Good Men » comme dans ce dialogue entre Nimrod et Anna «Un vrai combattant ne pas dénoncer quelqu’un», explique Nimrod. «Un vrai combattant connaît la différence entre le noir et blanc», répond Anna.

Rom 514 est tournée dans deux endroits, la Salle 514 et le bus qu’Anna prend pour rentrer chez elle mais cela ne fait que renforcer cette absence de perspective, la contrainte de l’héroïne qui voit sa condamnation s’écrouler devant le visage de l’autorité incarné par le major-général (Rafi Kalmar).

Room 451 fait le portait d’une génération perdue à travers le visage d’une femme, Anna interprétée par l’excellente Asie Naifeld, un rôle exigeant qui soulève les contradictions que traverse cette société tiraillée entre valeurs morales et politique cynique. Un film intense, complexe et passionnant emprunt d’un réalisme surprenant. Au-delà de quelques imperfections, ce film prouve que l’on peut faire un bon film avec peu d’argent, ce huis clos symbolise l’enferment de la société israélienne enlisée dans un conflit sans porte de sortie.

Synopsis : Anna, enquêtrice dans l’armée israélienne, est une jeune femme idéaliste. Quand elle confronte un officier supérieur à des accusations de violence gratuite à l’encontre d’un Palestinien, sa propre intégrité et sa détermination sont mises à l’épreuve. Malgré la complexité politique de l’affaire et les mises en garde de ses collègues, elle prend clairement position contre ce qui ressemble à un abus de pouvoir. Mais sa quête de justice de plus en plus acharnée aura de lourdes conséquences pour toutes les personnes impliquées.

Bande-Annonce du Film Room 514

Fiche Technique : Room 514

Titre original : Heder 514
Réalisateur : Sharon BAR-ZIV
Scénariste : Sharon BAR-ZIV
Genre : Drame
Pays : Israël
Durée : 01 h 30
Acteurs et Actrices : Asia Naifeld (Anna), Udi Persi (Davidi), Ohad Hall (Eraz), Hilly Israel (Michaeli), Rafi Kalmar (Général Major), Guy Kapulnik (Nimrod), Sharon Bar-Ziv (un homme dans le bus) et Oren Farage (un Officier)

Directeur de la photograpie : Edan Sasson
Montage : Shira Arad
Son : Michael Goorevich
Producteur(s) : Sharon BAR-ZIV, Michal RUBIN, Bibi Arbel REKHESS
Sociétés de production : Cinéma Alpha Productions
Distributeurs France : Sophie Dulac Distribution
International : Doc & Film International
Chef opérateur :  Edan SASSON
Année de production : 2012
Dates de sortie France : 09/10/2013

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.