Jérémy Chommanivong

Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

Scrapper : portrait d’une jeune fille en deuil

Acclamé au festival Sundance 2023, Scrapper nous arrive avec des pensées positives. Malgré le chagrin d’une jeune orpheline qui ne fait aucun doute, on se laisse surprendre par ce paysage de la classe ouvrière londonienne. Les individus qui peuplent cet univers étroit et labyrinthique ne peuvent qu’entrer en collision. Charlotte Regan capte ainsi, sur le vif, la trajectoire de deux êtres qui ont tout à découvrir l’un de l’autre, quitte à renoncer à leur rébellion intérieure. Une comédie fantaisiste et bienveillante !

Le Cercle des neiges : les revenants

Présenté en clôture de la 80e édition de la Mostra de Venise, Le Cercle des neiges jette un coup de froid sur Netflix en revenant sur la tragédie humaine qui a suivi un crash d’avion dans la cordillère des Andes en 1972. Ce que les médias ont qualifié de « miracle » ne l’est pas nécessairement pour les survivants. Moins sensationnaliste que les précédentes adaptations, cette dernière expérience suvival dépeint la condition humaine et les limites de la foi avec une véracité saisissante.

Vermines : à épargner ou à exterminer

Ce qu’il y a de plus terrifiant dans les films de monstres, c’est l’attente qui précède le coup fatal. Vermines est généreusement rempli de ce genre de séquences angoissantes et a de quoi faire pâlir tout cinéphile qui estimerait avoir tout vu. Avec les codes du film catastrophe dans les gènes, tout en brossant le portrait de banlieusards sacrifiés, Sébastien Vaniček nous piège dans un nid de parasites qu’il ne faudrait pas secouer. Arachnophobes avertis, frissons garantis !

Dream Scenario : les gifs de la nuit

La frustration chronique est désormais une réalité pour le commun des mortels, surtout à l’ère d'internet, un espace où les vérités se forment et se déforment sans raison. Dream Scenario est teinté de cette problématique, où un monsieur tout-le-monde est soudainement propulsé dans les fantasmes et les cauchemars de son entourage et au-delà. Une comédie satirique truculente ! Pas la plus aiguisée, mais portée par un Nicolas Cage possédé.

Aquaman et le Royaume perdu : siphonnage en cours

Le retour de l'homme-poisson a la lourde tâche de maintenir à flots toute une saga qui file droit vers un reboot intégral. Est-ce tout de même suffisant pour nous faire patienter jusqu'au pinacle de James Gunn chez DC ou est-ce qu'il est grand temps de noyer le poisson pour de bon ? Autant prévenir que notre avis est aussi salé que la tasse qu'Aquaman et le Royaume perdu nous a fait avaler !

Chicken Run : La Menace nuggets, quand les poules ont des dents

Se faire pousser des ailes, c’est ce qui a permis aux volailles d’un élevage dictatorial de gagner leur liberté dans Chicken Run. L’appétit vorace des humains écourte pourtant cette douce utopie et une nouvelle confrontation semble inévitable. Les poulets contre-attaquent de nouveau et ça se passe sur Netflix ! Que reste-t-il de cette vigueur 23 ans après la célébration du premier opus ?

Godzilla Minus One : les nerfs de la guerre

La longévité de la saga du lézard radioactif géant gonfle encore et toujours. Qu'y a-t-il encore de fascinant pour ces films de monstre, qui mêlent intimement les codes du film catastrophe à son ADN ? Pourquoi est-ce que Godzilla, grand monument de la Toho et de la pop culture, semble immortel à l'écran ? La réponse est dans Godzilla Minus One, qui ne risque pas de décevoir les fans de kaiju eiga et de sensations fortes.

L’Enfant du Paradis : au-delà du succès

Le désir de renaître est-il plus fort que celui de vivre ? Salim Kechiouche s’emploie à y répondre avec style, tout en clarifiant le revers que peut générer le syndrome de l’imposteur chez un homme qui avance sans considérer son passé. L’Enfant du paradis n’est sans doute pas l’entrée en matière la plus convaincante, mais sa démarche personnelle autour d’une rédemption partagée est tout ce qu’il y a de plus sincère dans ce premier long-métrage.

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Dans Severance, l’absence de mémoire ne se raconte pas seulement : elle se construit. Jessica Lee Gagné et Jeremy Hindle transforment Lumon en architecture de l’oubli, un monde de couloirs blancs, de néons et de vert institutionnel où le vide devient une présence.

Le Bronze Coule : Vhagar dans House of the Dragon Saison 2

Et si le vrai personnage de cette saison n’était pas un Targaryen… mais une vieille dragonne de bronze qui a survécu à tout le monde ? Vhagar ne vole pas : elle pèse le temps lui-même. Chaque battement d’aile porte cent quatre-vingt-un ans d’histoire, et quand elle apparaît à l’écran, ce n’est plus du CGI : c’est une cathédrale vivante qui respire.

From : Quand le Noir Devient Mortel

Dans From, la nuit appartient aux monstres et la lumière fragile aux vivants. Christopher Ball impose une règle stricte : seuls les lanternes à pétrole, bougies et torches visibles à l’écran éclairent les scènes. Ce parti pris matériel fait de chaque flamme un véritable compte à rebours, où la clarté elle-même devient source de terreur.

Peindre avec la caméra : Robbie McGarvey et la fabrication irréversible de Die My Love

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