Un « Atlas mondial des matières premières » pour comprendre leurs enjeux géopolitiques

L’actualité est émaillée de problématiques liées aux ressources naturelles : émeutes de la faim, réunions de l’OPEP, envolées des prix des matières premières, rapports de l’Union européenne sur les terres rares, économies asphyxiées par une dévaluation soudaine des hydrocarbures… Bernadette Mérenne-Schoumaker actualise nos connaissances sur les produits de base dans un atlas à paraître aux éditions Autrement.

L’intérêt pour les métaux est à la fois ancien et éminemment contemporain. Dès l’Antiquité, les hommes exploitent l’or, l’argent, le fer, le cuivre, le plomb ou l’étain. Aujourd’hui, ce sont les terres rares qui se portent au frontispice des préoccupations. Et pour cause, comme le souligne l’essayiste Guillaume Pitron dans un essai paru en janvier 2018, ces métaux nécessaires aux panneaux photovoltaïques ou aux voitures électriques occasionnent de nouvelles dépendances (à la Chine, au Congo, à la Russie…) en même temps que des défis écologiques inédits. Dans cet Atlas mondial des matières premières, Bernadette Mérenne-Schoumaker et Claire Levasseur cartographient la production et les réserves de terres rares. La Chine, le Brésil ou le Vietnam apparaissent ainsi comme les principaux interlocuteurs des pays importateurs, une situation significative alors même que des domaines aussi variés que la recherche militaire, les énergies renouvelables ou les nouvelles technologies de l’information dépendent pour partie de ces ressources naturelles. Hydrocarbures, charbon ou uranium font eux aussi l’objet d’un chapitre dédié en resituant les principaux enjeux.

Les trois grandes productions de céréales – riz, blé, maïs – se renforcent, les États-Unis, l’Union européenne, la Chine, le Brésil et l’Inde faisant office de principaux producteurs. Elles continuent de fournir environ 45 % des calories alimentaires de l’humanité. Le café demeure toutefois en valeur la première denrée agricole échangée dans le monde : sa production se fait au Sud, sa transformation au Nord et, à eux seuls, les États-Unis et l’UE totalisent 57 % de ses importations mondiales. Le bois constitue également une ressource de premier plan, puisque son commerce excède les 250 milliards de dollars et sous-tend d’épineux enjeux sociaux – la vente illégale – et écologiques – sa gestion durable. Un bien universel et public comme l’eau douce a également toute sa place dans cet atlas : la capter, l’épurer et la distribuer nécessite des coûts de plus en plus importants et son prix final s’en ressent. Surtout, une forte inégalité géographique frappe cette ressource naturelle indispensable à l’homme et à l’agriculture. L’Afrique septentrionale connaît par exemple des situations de stress hydrique, voire de pénurie.

En élargissant le spectre, Bernadette Mérenne-Schoumaker décrit une situation tendue : la demande mondiale en ressources naturelles ne cesse de croître tandis que l’offre peine à suivre. Croissance démographique et économique mettent sous tension des produits souvent liés entre eux par leurs usages ou leurs prix. La finitude des ressources et les questions écologiques qu’elles supportent appellent à une réflexion de fond sur nos modes de production et de consommation. L’action des investisseurs financiers dans la négoce (Cargill, Rosneft ou Trafigura) n’est évidemment pas de nature à apaiser les crispations : la spéculation peut entraîner une grande volatilité des prix des matières premières, et ce autant pour les métaux que les hydrocarbures ou les produits agricoles. Ce sont souvent les populations les plus vulnérables qui en paient les pots cassés, comme en témoignent les émeutes dites de la faim qui ont secoué l’Algérie, l’Egypte, le Mali ou l’Argentine depuis 2008.

Outil précieux et riche en cartographies, cet Atlas mondial des matières premières passe en revue de nombreux sujets dont l’actualité demeure brûlante : les produits d’avenir, les poissons et leur élevage, les changements climatiques, l’organisation des marchés des matières premières, la fameuse « maladie hollandaise », l’indépendance énergétique américaine ou encore la sécurisation des approvisionnements chinois. Pour résumer des problématiques qui s’enchevêtrent au mieux comme un plexus, on notera finalement que « la carte du monde semble (…) se reconstruire autour des ressources naturelles qui continuent par ailleurs à alimenter de nombreux conflits ou suscitent la course à l’exploration de nouveaux territoires tant terrestres que marins ».

Atlas mondial des matières premières, Bernadette Mérenne-Schoumaker
Autrement, septembre 2020, 96 pages

Note des lecteurs0 Note
4.5

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Censure & cinéma » : une collection mise à l’honneur

De la classification française aux plateformes mondialisées, en passant par le gore italien, les blasphèmes de Luis Buñuel ou les polémiques plus contemporaines, Darkness, censure & cinéma propose un recueil de textes éloquents quant aux différentes formes de censure. C'est à découvrir aux éditions LettMotif.

« Questions de cinéma 2 » : un art en mouvement perpétuel

À travers une série d’entretiens d’une remarquable densité, Nicolas Saada propose aux éditions Carlotta une plongée dans les strates invisibles du cinéma, là où se nouent les enjeux entre la technique, l'intuition et le regard.

Les 100 plus grands joueurs de foot mis à l’honneur

Les éditions L'Imprévu consacrent un ouvrage richement illustré aux 100 plus grands joueurs de football des années 2000.