« L’Ennui des après-midi sans fin » : balade imaginaire

Le premier album de Gaël Faye est sorti en 2014. Il comportait une chanson singulière et poétique intitulée « L’Ennui des après-midi sans fin ». Cette dernière porte sur ces moments où le temps apparaît comme suspendu et où l’imagination se met soudainement en branle. Elle sert d’assise au présent album, richement illustré par l’expérimenté Hippolyte.

Oubliez la télévision, l’ordinateur, la tablette, les réseaux sociaux, les applications mobiles, les jeux vidéos. Revenez à une époque, pas si lointaine, où le temps libre était constitué de rencontres en chair et en os, de pratiques sportives, de méditation, de « trésors d’imagination » et d’un « espace […] fabriqué d’immenses rêves ». Ce parti pris, c’est celui de Gaël Faye, dont la chanson « L’Ennui des après-midi sans fin » a été adaptée dans un album éponyme, bénéficiant des dessins enchanteurs d’Hippolyte.

L’ennui tel qu’entendu par Gaël Faye n’a rien de soporifique. Il se caractérise plutôt par un moment d’oisiveté où la technologie ne fournit pas de solution prête à l’emploi pour « tuer le temps ». Le temps, justement, les enfants doivent alors l’apprivoiser, se le réapproprier, y déployer leurs songes et leurs scénarios de jeu. Souvenons-nous du philosophe français Gaston Bachelard, qui écrivait en 1942 que « la rêverie est un univers en expansion, un souffle de parfums qui émane des choses grâce à un rêveur ».

La formation d’images mentales, la conquête d’un univers cognitif inexploré passent par les activités, ludiques ou non, qui précédaient nos domiciles peuplés d’écrans. Gaël Faye le verbalise parfaitement : « Dans le ventre de la maison, des adultes en digestion et moi coincé dans mes questions, prisonnier d’une toile au plafond. » Plus loin : « À l’intérieur, il fait frais, le carrelage une mosaïque sur lequel mes voitures jouets dessinent des routes périphériques. »

Les magnifiques doubles pages d’Hippolyte l’indiquent clairement : les après-midi sans fin sont aussi une opportunité de renouer avec la nature, de prendre place « sous le ficus », « arbre temple », « arbre univers ». Il s’agit, plus prosaïquement, de se constituer un monde intérieur, de l’esquisser puis de l’étendre. On pourrait d’ailleurs prolonger le propos de Gaël Faye en rappelant les alertes provenant du monde scientifique : les données disponibles montrent en effet que les écrans influent négativement sur le niveau de lecture, de langage et de sociabilité des enfants. De quoi renouer avec un ennui salvateur.

L’Ennui des après-midi sans fin, Gaël Faye et Hippolyte
Les Arènes, septembre 2020, 28 pages

Note des lecteurs5 Notes
3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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