« L’Atlas Historique de la Russie » : voyage cartographique à travers l’histoire de la Russie

L’Atlas historique de la Russie, paru aux éditions Autrement, fait l’objet d’une actualisation salutaire. Coécrite par François-Xavier Nérard et Marie-Pierre Rey, avec le précieux apport cartographique de Cyrille Suss, cette troisième édition survient dans un contexte géopolitique tendu, marqué par l’annexion de la Crimée en 2014 et l’invasion de l’Ukraine en 2022, démontrant une fois de plus l’importance cruciale de la Russie sur l’échiquier international.

La Russie, pays de superlatifs par sa taille et sa diversité, se dévoile d’abord dans cet atlas sous le prisme de son expansion historique amorcée au XVIe siècle et façonnée par des conditions géographiques et climatiques singulières. Les auteurs mettent ainsi en lumière le rôle stratégique de la topographie russe, entre régions glaciales, riches en ressources naturelles, et plaines incommensurables, favorisant à la fois l’expansionnisme et une vulnérabilité avérée face aux invasions. Ces dernières créent un sentiment d’insécurité qui a longtemps guidé la politique extérieure russe. Cette dichotomie, entre opportunités et menaces, a contribué à forger une identité nationale complexe, caractérisée par une quête de sécurité et de puissance.

L’Atlas historique de la Russie explore ensuite la mosaïque ethnique et religieuse de la Russie, soulignant les défis posés par cette diversité, par exemple dans un contexte de nationalisme croissant. L’histoire des minorités, de l’époque soviétique à la période post-pérestroïka, révèle les tensions sous-jacentes entre aspiration à l’unité nationale et contingences de la pluralité culturelle. Cette complexité interne est d’autant plus évidente aujourd’hui, face aux mouvements séparatistes et à la politique d’assimilation menée par le Kremlin dans l’Est de l’Ukraine et en Crimée.

Les relations entre l’Église orthodoxe et l’État russe, alliance qui a évolué au fil des siècles, fait également l’objet d’un important focus. De la persécution sous le régime bolchevique à une collaboration étroite après la Seconde Guerre mondiale jusqu’aux jours actuels sous l’égide du patriarche Kirill, cette relation s’est peu à peu intensifiée, l’Église soutenant aujourd’hui ouvertement la politique du Kremlin, notamment sur les questions de la Crimée et de l’Ukraine.

L’économie et la puissance militaire

L’analyse de l’économie russe, de l’industrialisation accélérée de la fin du XIXe siècle à la troisième place économique mondiale décrochée en 1914, montre l’ambition et la capacité de la Russie à se transformer. L’utilisation stratégique des capitaux étrangers et le rôle de l’État dans le développement industriel sont soulignés comme des facteurs-clés de ces mutations, posant les bases de la puissance russo-soviétique à des moments différents de son histoire.

L’atlas traite également longuement, et de différentes façons, de la diplomatie russe. Sous Ivan IV, un bureau des ambassadeurs est mis en place. La Russie affirme sa grandeur après les guerres napoléoniennes. La victoire sur la Suède et l’accès à la mer Baltique sous Pierre le Grand sont présentés comme des moments déterminants, redéfinissant la place de la Russie dans le monde.

Le tournant de la révolution bolchevique de 1917 et la guerre civile qui s’ensuit sont examinés en détail, révélant les profondes cicatrices laissées sur le pays : la destruction, les pertes humaines massives, les famines, les factions rivales et l’instabilité politique et sociale qui ont caractérisé cette période sont mises en contexte, montrant comment elles ont façonné la Russie soviétique.

Enfin, l’atlas couvre la période de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à l’effondrement de l’URSS et l’émergence de la Russie moderne sous Vladimir Poutine. Cette section souligne les cycles de croissance, de stagnation et de réforme qui ont marqué la fin du XXe siècle, posant les questions cruciales de l’identité russe et de son rôle sur la scène mondiale actuelle. Entretemps, le lecteur aura pu s’enquérir de l’état de la Russie sous Brejnev, des caractéristiques de Moscou ou Saint-Petersbourg, de la politique des goulags et de quelques statistiques intéressantes, telles que celle-ci : en raison de la Révolution bolchévique, la Russie a perdu 8 % de la population et a connu une chute de son PIB de l’ordre de 70 %…

L’Atlas historique de la Russie nous permet de naviguer à travers les complexités de l’histoire russe, de son territoire, de sa culture et de sa politique. Il offre une compréhension nuancée et essentielle de la Russie, indispensable à tous ceux qui s’intéressent à la géopolitique contemporaine. Dans un monde où l’histoire est souvent instrumentalisée, cet ouvrage se présente comme un outil précieux pour décrypter les enjeux actuels, enracinés dans les profondeurs d’événements passés séminaux.

Atlas historique de la Russie, François-Xavier Nérard, Marie-Pierre Rey et Cyrille Suss
Autrement, février 2024, 96 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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