« La Parenthèse Boomers » : l’héritage d’une génération privilégiée

Dans La Parenthèse Boomers, disponible aux éditions J’ai lu, François de Closets dresse un tableau critique des réalisations sociopolitiques de la génération née du baby-boom, ainsi que de l’héritage laissé à ses descendants. 

Dans La Parenthèse Boomers, François de Closets radiographie la postérité politique, sociale et économique des baby-boomers, nés dans l’ère prospère qui a suivi la Seconde Guerre mondiale. L’auteur décrit cette génération comme ayant vécu une période exceptionnelle, marquée par la paix, une croissance économique sans précédent, ainsi que des avancées techniques et scientifiques significatives. Ce contexte, qui peut être décrit comme une « parenthèse enchantée », se caractérise également par une dette de guerre remboursée en monnaie de singe et une absence notable de crises majeures, qu’elles soient économiques ou sanitaires, à l’exception d’un choc pétrolier sur lequel nous reviendrons. 

François De Closets se montre particulièrement critique envers cette génération du « chacun pour soi » et du « toujours plus ». Il la portraiture comme privilégiée, soucieuse avant tout de ses propres intérêts, fût-ce au détriment des générations futures. Il faut dire que ces dernières ont hérité de déficits abyssaux et d’une structure économico-industrielle en panne : en dépit d’une conjoncture très favorable, les boomers ont mis à mal les fondations de la France, constate l’auteur. Ainsi, tour à tour, les dénis écologiques, la retraite à 60 ans, le désir de préserver coûte que coûte son pouvoir d’achat sont vus comme les symptômes d’un égoïsme générationnel. 

Si les signaux d’alerte environnementaux et démographiques ont été ignorés, les boomers, qui se sont agrippés au pouvoir jusqu’à l’élection d’Emmanuel Macron, ont pris soin de préserver leur patrimoine en adoptant l’euro, une monnaie unique forte et stable, qui prémunit leur épargne contre les risques érosifs de l’inflation. Ils laissent derrière eux un système de retraite et de dépendance en rupture complète avec les réalités, impossible à financer en raison de l’évolution de la pyramide des âges. Dans ce tableau au vitriol, François De Closets voit un événement programmatique : la prise en charge par l’État du coût additionnel de la crise pétrolière. Une manière de protéger le portefeuille du Français… en hypothéquant l’avenir de la France.

Contrairement aux apparences, la thèse de François De Closets ne vise pas à mettre les générations en opposition. Il y va même de sa petite proposition, avec un Conseil de Prévision qui prodiguerait aux seniors des informations sur leur santé ou la gestion de leur patrimoine, tout en leur permettant une projection professionnelle adaptée à leur état d’usure physique et mentale. On peut en revanche reprocher à La Parenthèse Boomers d’occulter la diversité des expériences et des attitudes au sein des baby-boomers et de simplifier excessivement la complexité des dynamiques sociopolitiques. L’auteur souligne à dessein que les politiques menées, favorables aux boomers, étaient indépendantes du parti au pouvoir, mais il dit peu des luttes idéologiques qui ont conduit à une économie « désencastrée ». 

La Parenthèse Boomers est un essai incisif, qui soulève des questions essentielles sur l’héritage des générations et les responsabilités partagées dans la construction de notre avenir collectif. Il n’a pas manqué, à sa parution, de faire réagir, ouvrant une discussion salutaire sur le temps long et la société que les cinq générations qu’il identifie (en dissociant seniors et vieillards) ont désormais en commun.

La Parenthèse Boomers, François De Closets
J’ai lu, janvier 2024, 352 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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