Tout savoir sur « La Nouvelle économie de l’audiovisuel »

Aux éditions La Découverte paraît La Nouvelle économie de l’audiovisuel, une radiographie de l’écosystème audiovisuel à l’heure d’Internet, de YouTube et de Netflix. Alain Le Diberder, directeur de Buzz2Buzz et ancien responsable des programmes d’Arte, évoque le cinéma, les chaînes télévisées, la production et la consommation des contenus, leurs acteurs, mais aussi l’avènement des géants du Web et l’évolution des recettes publicitaires. Un essai court, mais dense et édifiant quant aux évolutions de l’économie audiovisuelle.

Nous vivons actuellement la quatrième phase de l’économie audiovisuelle. S’il n’y avait initialement que le cinéma comme producteur d’images, une seconde ère s’est ouverte avec l’implantation de la télévision dans les foyers. Une autre révolution eut lieu dans les années 1980 avec l’avènement simultanée du câble, du satellite, de la télévision commerciale et des magnétoscopes. Aujourd’hui, une nouvelle période voit le jour, emmenée par les géants du Web que sont Google (YouTube), Apple ou Netflix. Comment comparer un ménage des années 1970 faiblement équipé et n’ayant accès qu’à une quantité limitée de programmes sur des chaînes d’État à un foyer des années 1990 pouvant enregistrer les contenus de TF1 ou M6 sur des cassettes vidéo et emprunter des films américains au vidéoclub du coin ou à un consommateur contemporain branché où et quand il le veut à Netflix et YouTube ? Alain Le Diberder nous raconte ces évolutions, lesquelles aboutissent à un fait encore inconcevable il y a vingt ans : YouTube, où tous les types de contenus sont disponibles, est aujourd’hui la première télévision mondiale avec 10 % des parts de marché ! Quant au cinéma, il est surplombé à la fois par la télévision, YouTube et Netflix.

Actuellement, la production audiovisuelle française comprend quelque 87 000 emplois (chiffre en croissance). Sur 4000 entreprises, moins de 1000 seraient toutefois actives. Mieux : seule une centaine de personnes, le plus souvent dans le métier depuis vingt-cinq ans au moins, se partagent le secteur. Si la publicité a perdu 10 000 emplois ces dernières années, l’audiovisuel peut compter sur une forme de stabilité : 5000 heures de volume produit, une répartition par genre homogène (dont deux tiers pour les fictions et l’animation) et enfin des postes de dépenses peu évolutifs (25% pour le personnel, par exemple). Il existe aussi des permanences dans le temps et l’argent consacrés à la consommation d’images ou dans la législation en vigueur (malgré la révolution numérique). Et si les chaînes perdent progressivement de l’audience dans le flux linéaire, elles demeurent des productrices importantes d’images.

Sur le numérique

Cela n’étonnera personne : Internet est en plein boom, et la consommation d’images s’y rapportant suit à peu près la même courbe. Un chapitre est ainsi consacré aux difficultés des chaînes payantes face aux SVOD. Dit autrement, Canal+ souffre de la concurrence de Netflix. L’auteur rappelle toutefois que le binge watching, volontiers associé aux services de vidéo en ligne, leur est antérieur, puisqu’il existait déjà à l’époque où la série Friends se vendait en coffret. D’autres sujets sont étudiés : l’algorithme de recommandation de Netflix, son histoire (trois tentatives de revente, trois faillites évitées), ses investissements dans le cinéma et le streaming en HD, mais aussi le rôle des fonds d’investissement américains (Vanguard, Blackrock, State Street et Fidelity) dans les GAFA, Netflix, Paramount, Fox ou Disney. Ces fonds détiennent une part non négligeable du capital de ces sociétés et y jouent un rôle moteur, jusqu’à présent chiche dans le cas des chaînes ou services européens. Les descriptions entourant YouTube font quant à elles froid dans le dos : contenus illégaux ou offensants, recommandations opaques et menant vite à des images ou des discours extrêmes, position monopolistique, non-respect de la propriété intellectuelle, etc. Cela étant, l’auteur argue qu’il est important de l’intégrer dans les réflexions portant sur le service public du futur.

Questions connexes

Tout circule en Europe, sauf l’audiovisuel. L’auteur pointe ainsi une certaine étanchéité des cultures, mais aussi des modes de production divergents. Il rappelle qu’une star de la télévision française peut se promener en plein Berlin paisiblement, sans y être reconnu. Alain Le Diberder analyse ailleurs l’évolution du montant global des droits sportifs et s’intéresse notamment à la mobilisation d’équipes et de matériel sur le Tour de France. Sur le cinéma, on observe une nouvelle répartition des entrées dans le monde : si elles continuent d’osciller aux alentours de sept milliards, la Chine et l’Europe croissent au détriment de l’Inde et des États-Unis, qui passent de 73 % en 1995 à 57 % en 2014.

La Nouvelle économie de l’audiovisuel propose une réflexion globale sur un secteur en pleine mutation. La transition étant en cours, il est difficile de porter des jugements définitifs sur ce qui attend les chaînes télévisées françaises ou les salles de cinéma européennes. On peut toutefois appréhender les enjeux actuels en se reportant aux analyses précieuses d’Alain Le Diberder.

La Nouvelle économie de l’audiovisuel, Alain Le Diberder
La Découverte, septembre 2019, 128 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.

En nous : une ode immersive et viscérale dans le travail de création

Premier documentaire de Juliette Binoche, "En nous" est un coup de maître. Né du spectacle de danse créé en 2007 avec Akram Khan, ce film nous immerge dans l'intimité d'un processus artistique tout en ressuscitant la magie de cette œuvre scénique.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Quelle place pour les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain ?

Sébastien David et Hélène Valmary dirigent aux PUR un ouvrage collectif intitulé Les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain. Ce dernier prend le blockbuster au sérieux : plus qu'un produit industriel ou le symptôme patenté de l’hégémonie Marvel, le super-héros y est analysé comme carrefour de formes, de gestes, de sons, de corps ou encore de croyances. Un laboratoire où le cinéma contemporain rejoue, parfois malgré lui, toute une histoire des images.

« Les Trois Maisons de Michel Foucault » : les demeures de la pensée

Avec "Les Trois Maisons de Michel Foucault", les Presses universitaires de Rennes prennent le parti d'explorer le philosophe français à travers Poitiers, Vendeuvre et Verrue. Le livre transforme ces lieux de vie en véritables chambres d’écho de son œuvre. Une manière singulière, remarquablement incarnée, d’approcher une pensée souvent réduite à ses concepts les plus célèbres.

Léa Lahannier dans les entrailles du cinéma d’horreur français

Avec "Au bord de l’abîme : où en est le cinéma d’horreur français ?", Léa Lahannier entreprend un état des lieux du genre horrifique hexagonal. Elle en exhume la mémoire cinématographique, les motifs, les contradictions et les métamorphoses. C'est à découvrir aux éditions LettMotif.