« Atlas mondial de la santé » : une géographie de la santé

Les éditions Autrement enrichissent leur catalogue d’un atlas consacré aux questions de santé. Gérard Salem et Florence Fournet évoquent les « constructions socio-territoriales de la santé », les inégalités face à la maladie, les « micro-fractures nationales » ou encore les « défis du nouveau millénaire ».

La Covid-19 a incontestablement été l’événement marquant de l’année 2020. Comme nous le rappelle une fiche lui étant dédiée, « le 21 mars, près d’un milliard de personnes sont confinées dans 35 pays » et « le 2 avril, plus d’un million de cas ont déjà été enregistrés ». Cette pandémie a replacé les questions de santé au cœur des préoccupations publiques. Encore faut-il posséder les bonnes clefs de décryptage pour les appréhender au mieux. C’est précisément ce que contribuent à nous procurer Gérard Salem et Florence Fournet à la faveur d’un atlas qui, sans prétendre à l’exhaustivité, recouvre un large spectre de la géographie de la santé.

Inégalités

Quand on se penche sur les inégalités sanitaires, de nombreux paramètres entrent en ligne de compte et peuvent parfois se recouper : les différences d’espérance de vie dans le monde, sur le territoire d’un pays ou entre les hommes et les femmes ; les investissements en matière de santé ; l’offre de soins ; le taux de prévalence de certaines maladies ; la mortalité infantile ; la santé maternelle ; la faim et l’obésité… L’ouvrage de Gérard Salem et Florence Fournet accorde une place de choix à ces questions et présente une vue panoptique souvent édifiante. Ainsi, entre 2010 et 2015, la Corée du Sud affichait une espérance de vie supérieure à 80 ans tandis que des pays africains tels que la Centrafrique ou la Sierra Leone flirtaient tout juste avec les 50 années… Des inégalités plus modérées, mais néanmoins interpellantes, ont également cours à l’intérieur d’un même pays : il en va notamment ainsi de la Chine, où le Xinjiang a le PIB de la Libye et l’espérance de vie de l’Algérie, tandis que le Jiangsu possède un PIB équivalent à celui de la Suisse et une espérance de vie comparable à celle des États-Unis. En Europe de l’Est, les femmes vivent aujourd’hui entre 8 et 11 années de plus que les hommes. Une différence qui s’explique notamment par une moindre consommation de tabac et d’alcool, ainsi que des risques socioprofessionnels plus mesurés.

D’après les dernières données recueillies, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans était encore, en 2015, de 14% au Tchad et en République centrafricaine, des chiffres sans commune mesure avec ceux observés dans le monde occidental et ce, même si l’Afrique du Nord et subsaharienne connaît une baisse rapide – mais tardive – de la mortalité infantile. Comme on pouvait s’y attendre, l’obésité et la malnutrition sont en grande partie opposées à l’échelle du monde. La première touche principalement l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Australie et l’Europe, tandis que la seconde frappe l’Afrique de plein fouet. La carte des maladies vectorielles est quant à elle pratiquement superposable avec celle de la malnutrition. Le continent africain est davantage épargné par les cas de cancer – celui du sein apparaissant d’ailleurs comme une maladie très majoritairement occidentale. L’hypertension artérielle, souvent réduite à une « maladie de riches », se répand aussi parmi « les pauvres des pays pauvres », avec des prévalences élevées dans une large bande sahélo-soudanienne. Enfin, l’analyse de la densité de médecins, de dentistes et d’infirmiers montre une Afrique subsaharienne (hors Afrique du Sud) très peu pourvue et loin des seuils minimaux recommandés par l’OMS.

Les défis d’aujourd’hui et de demain

« L’OMS estime que la consommation insuffisante de fruits et de légumes est responsable de près de 19% des cancers gastro-intestinaux, 31% des cardiopathies ischémiques et 11% des accidents vasculaires cérébraux. » La malbouffe fait incontestablement partie des grandes préoccupations sanitaires mondiales. Le taux d’obésité chez les moins de 19 ans a explosé depuis les années 1990 et l’heure n’est certainement pas à la décélération. Parallèlement, les aires de distribution des maladies se voient toujours plus impactées par les changements climatiques. Et la transmission épidémique augmente au même rythme que les déplacements et l’urbanisation. Certains arbovirus comme la fièvre de la vallée du Rift ou le virus de chikungunya se propagent dans des zones jusque-là indemnes et pourraient finir par toucher l’Europe, les espèces de moustiques vectrices étant sensibles au réchauffement climatique.

Parmi les défis du siècle à venir pointés par les auteurs, deux font régulièrement l’actualité : la qualité de l’air, qui serait responsable de 11,6% des décès dans le monde, et les antibiorésistances, qui pourraient être à l’origine de quelque 10 millions de morts par an en 2050. D’après l’OMS, 92% de la population mondiale respirerait un air trop pollué. Le phénomène toucherait particulièrement l’Afrique, l’Asie ou l’Europe de l’Est. Le Dr Fukuda, sous-directeur de l’agence mondiale, déclarait en 2014 qu’en raison des antibiorésistances, « des infections courantes et des blessures mineures soignées depuis des décennies pourraient à nouveau tuer ». On le sait, la mondialisation joue un rôle important dans la dissémination des antibiorésistances. Et les auteurs de rappeler que chaque année, environ 700 000 personnes meurent suite à des infections à bactéries multirésistantes.

Atlas mondial de la santé, Gérard Salem et Florence Fournet
Autrement, octobre 2020, 96 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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