The Toxic Avenger : le remake confié au réalisateur de Sausage Party, Conrad Vernon

The Toxic Avenger : Troma Entertainment à l’assaut de Hollywood

Conrad Vernon, le coréalisateur de Sausage Party, en salles le 30 Novembre en France, va s’attaquer à la lourde tâche du remake du film culte et bis The Toxic Avenger de Lloyd Kaufman, à la tête du studio indépendant Troma Entertainment.

C’est officiel !  Un accord a été signé à Hollywood pour l’arlésienne du cinéma bis et indépendant : le projet de remake de Toxic Avenger, longtemps annoncé par Lloyd Kaufman lui-même, mais qui n’avait pas pu aboutir. Le film était dans les cartons depuis trois ans. John Travolta et Arnold Schwarzenegger devaient même rejoindre le casting ! Le tournage de Terminator Genisys avait retardé la mise en chantier du long-métrage.

The Toxic Avenger, sorti en 1984, raconte les aventures d’un super-héros, un peu spécial, qui n’a rien à envier aux Avengers, à Deadpool et à la bande de doux dingues de Suicide Squad. Toxic n’est pas comme certains personnages de comics, il n’est pas du tout destiné à un jeune public mais à un public adulte. Le quotidien de Melvin Junko (interprété par Mark Torgl), un jeune garçon au physique un peu ingrat, bascule après une raillerie de trop de ses camarades tortionnaires à la salle de gym. Ces odieux adolescents lui ont fait miroiter une aventure avec la plus belle fille de Tromaville et lui ont demandé de porter ce jour-là un tutu pour encore mieux l’humilier. Alors qu’il occupe la fonction d’agent d’entretien, il se défenestre suite à la pression et à l’affront de ces jeunes voyous. Mais au lieu de se retrouver face contre terre sur le trottoir et plongé dans le coma, il tombe dans la remorque d’un camion et la tête la première dans un fût de déchets toxiques et radioactifs issus des pires usines de la ville.

Le pauvre adolescent va subir des effets secondaires suite à ce terrible accident et à son exposition aux produits toxiques. Sa mutation physique impressionnante le transforme en Toxic Avenger : une créature atrocement défigurée mais dotée d’une force considérable (Mitch Cohen incarne la créature sous le maquillage).

Sa soif de vengeance sera terrible. Le Toxic Avenger défend les habitants opprimés de Tromaville. Il met hors d’état de nuire les pires criminels. Il tente même d’endiguer la corruption en ville en s’en prenant au maire véreux (rôle confié à Pat Ryan). Il nettoie les rues de la ville à coup de serpillière et de mandales qui perforent et broient les corps des criminels sans foi ni loi.

Ce film fauché et bis est très éloigné des films de super héros de l’époque ou des blockbusters assez lisses de ces dernières années. La saga The Toxic Avenger, qui compte quatre films, est un cocktail improbable de comédie, de film gore (les combats particulièrement violents de Toxic Avenger face aux criminels), de séquences trash (la scène explicite de la mort d’un pauvre enfant renversé par une voiture totalement gratuitement par des chauffards) et de scènes sexy (l’histoire d’amour façon la Belle et la Bête entre Toxic et une jeune femme aveugle, Sara, interprétée par l’actrice Andree Maranda).

The Toxic Avenger a même été adapté en série animée, The Toxic Crusaders, avec un message écologique dans chaque épisode, une version décalée et indépendante du mythique Captain Planet. Une adaptation en comédie musicale du film The Toxic Avenger a même été créée.

Ce film et le personnage de Toxic ont permis au studio Troma d’obtenir une véritable aura auprès des mordus de cinéma de genre. Lloyd Kaufman et son entreprise sont le symbole du cinéma indépendant américain. Ils tentent de survivre face à l’ogre Hollywoodien.

Le studio Troma a d’ailleurs fait les belles heures du Festival de Cannes il y a quelques années encore avec leur présence au marché du film. Il fut un temps où cet espace à Cannes était le paradis des « direct-to-video », un véritable repère de festivaliers un peu « freaks » sur les bords, arborant des imperméables malgré la chaleur accablante et trimbalant toujours avec eux un exemplaire des Cahiers du Cinéma dans un sac plastique. On pouvait encore y croiser la joyeuse bande loufoque de Lloyd Kaufman, toujours accompagné de sa mascotte mutante Toxic Avenger – du film éponyme – et de ses petites pépées, les Tromettes, jolies jeunes femmes en plein happening sur la Croisette, des années avant l’engagement militant des Femen. L’indépendance du studio Troma et de son créateur fou Lloyd Kaufman, à travers la promotion de films de genres, de série Z fauchées, un brin désuètes,  animait les allées du Festival de Cannes lors de leur présence au Marché du film avec des stands assez kitschs : rien n’était trop fou pour promouvoir le catalogue pléthorique du studio indépendant. Troma a déniché de nombreux talents au cours des années. Ils ont été les premiers à encourager et produire les œuvres de Matt Stone et Trey Parker, les créateurs devenus mondialement célèbres avec la série South Park ou bien encore James Gunn qui a dynamité les codes des blockbusters avec son adaptation remarquée de la licence des Gardiens de la Galaxie.

Le studio indépendant Troma et sa survie au Marché du film participait à la légende, à la diversité et à l’éclectisme du festival de Cannes. Les amateurs de films de genre devenaient les acteurs et contribuaient à l’essor d’un cinéma indépendant et original. Ce temps a vécu. Le studio n’est plus présent depuis quelques éditions sur la Croisette, faute de moyens. Pour ceux qui n’auraient pas connu cet âge d’or, qui faisaient les belles pages de Mad Movies à l’époque où Jean-Pierre Putters et Didier Allouch étaient encore maîtres à bord, toute cette époque est retracée dans le documentaire All the love you Cannes !,  tourné en 2002. L’épopée fantastique et le séjour homérique et déviant du studio Troma, de son fondateur, de ses acteurs et monstres fétiches sur la Côte d’Azur sont captés dans ce documentaire.

Chaque année le studio indépendant organise le Troma Dance Festival avec des projections de films et des animations en ville. Après avoir sillonné le New Jersey, le festival est revenu à New York depuis 2014. La 17ème édition s’est déroulée au mois de Juillet dernier.

Ceux qui penseraient que Lloyd Kaufman a vendu son âme au diable et commis une terrible erreur avec cette signature pour un remake Hollywoodien seront sans doute rassurés d’apprendre qu’il sera producteur délégué sur le film. Le CV de Conrad Vernon et son dernier projet Sausage Party plaident en sa faveur et pourraient garantir aux fans hardcore un remake dans l’esprit de l’original.

Richard Saperstein, producteur chez Storyscape Entertainment, s’est confié à Variety sur ce projet de remake :

« Conrad Vernon est un génie de la comédie subversive. C’est le parfait réalisateur pour faire revivre cette franchise. »

Conrad Vernon est, pour sa part, très honoré d’être à la tête de ce projet :

« Cette occasion de réimaginer cette franchise culte de mes années lycées est un honneur. Toxie est une icône underground. Tout ce que j’aime ! »

Reste à espérer que le film soit dans l’esprit des productions Troma. Le casting et une date de sortie éventuelle n’ont pas encore été dévoilés. Les scénaristes de la série Archer, Mike Arnold et Chris Poole retravailleront la première version du script de 2013 de Steve Pink et D.C. Mitchell.

Ce nouveau remake risque de perturber les cohortes de fans des films Troma du monde entier. Espérons qu’ils ne soient pas aussi hostiles et agressifs vis-à-vis de ce reboot que ce qu’a connu Hollywood cet été avec la campagne de haine démesurée à l’encontre du Ghostbusters 100% féminin (messages misogynes sur la toile, piratage du site de la comédienne Leslie Jones avec la diffusion d’images racistes odieuses et de photos intimes de la star dérobées sur son compte I-cloud).

Lloyd Kaufman pourrait profiter de cette nouvelle de la mise en chantier du remake pour lancer de nouvelles productions au sein de son studio indépendant et pourquoi pas son projet de longue date d’un nouveau Toxic Avenger made in Troma, une cinquième suite, intitulée The Toxic Avenger 5 : The Toxic Twins !

The Toxic Avenger – bande-annonce (VO) – âmes sensibles s’abstenir: 

https://www.youtube.com/watch?v=6rLEIpP8His

All the Love you Cannes – bande-annonce du documentaire sur les participations au Festival de Cannes du studio indépendant Troma au marché du film (VO):

 

 

 

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Gabriel M.
Gabriel M.https://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma et de séries. Nostalgique des séances mythiques au cinéma Grand Ecran Italie 2 et des rencontres-projections cultes organisées par l’équipe de Panic Cinema (Lloyd Kaufman, Joe Dante, Uwe Boll). Admirateur de la qualité immersive des séances au Max Linder Panorama. De nombreux réalisateurs ont marqué mon expérience de cinéphile : Kubrick, Jarmusch, Romero, Carpenter, Argento, Fulci, Lynch, Cronenberg, Verhoeven, Cameron, Tsui Hark, John Woo ou plus récemment Julie Delpy et Guillaume Nicloux.

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