Deauville 2016 : The Fits, d’Anna Rose Holmer (Compétition)

En filmant les émois de la jeunesse comme une chorégraphie sonore, la réalisatrice Anna Rose Halmer donne pour son premier tour sur le ring, un véritable uppercut à la profession. Attention OVNI en vue !

Synopsis : Toni, 11 ans, s’entraîne dans la salle de boxe de son grand frère. Elle découvre qu’à l’étage au-dessus, un groupe de filles apprennent une variante très physique du hip hop, le drill. Attirée par leur énergie, leur force, leur assurance, Toni abandonne peu à peu la boxe pour la danse…

Deuxième femme à concourir au sein de la Compétition (après Kelly Reichardt et son film Certain Women, présenté samedi dernier), Anna Rose Holmer entendait bien faire taire les mauvaises langues et surtout rehausser le niveau, précédemment ternie par sa consoeur, responsable d’un des films les plus dispensables présentés sur les plages normandes. Une gageure qu’elle comptait réussir en proposant un film (subventionné par la Biennale de Venise) se faisant l’écho des premiers émois de jeunesse et du parcours initiatique d’une jeune fille dans l’univers du hip-hop. Bien que l’on pourra regretter un montage assez court (1h12) qu’on pressent directement hérité de son passé de documentaliste, le film n’en demeure pas moins solide, autant par la prestation sans faille du personnage principale, que la dimension technique de l’ensemble, flirtant parfois à la limite du clip. 

Sound of Silence

Cela dit, on aurait tort de voir dans cette qualification de clip, une ressentiment péjoratif. La réalisatrice est en effet en pleine possession de ses moyens, et ça se sent. Que ça soit la photographie, soignée et lumineuse ; l’utilisation des focales, jouant tour à tour sur l’étouffement et le bouleversement, ou la direction d’acteurs, calibrée au millimètre dès lors qu’il est question de la jeune Royalty Hightower, on sent bien que c’est l’expérience qui anime la réalisatrice. Un peu d’ailleurs comme son héroïne. La jeune Toni est ainsi dépeinte comme une dure à cuire. Acharnée, solide et doté d’un regard de pierre, ce petit être chétif est toutefois suffisamment taillé pour enchainer danse et boxe à un tel degré de maitrise qu’on croirait à un mix non avoué entre Mike Tyson et une danseuse du Bolshoi. Mais grand dieu, ce n’est pas ce portrait relativement atypique qui donne tout son sel au long-métrage mais bien sa dimension sonore. Sans doute raison majeure de sa sélection au sein de la Compétition, la maitrise sonore de l’ensemble est ainsi d’une rare justesse, tout en étant aussi d’une importance capitale. Car, lorsque interviewée en conférence de presse, la réalisatrice a admis que que le scénario était né de l’impulsion de faire un film rythmé par des effusions sonores. Une manière capable de justifier à elle seule, l’utilisation nombreuse de ces sons, servant ici à schématiser la bulle (sociale) de la jeune femme. Que ça soit celui émis par un coup de poing sur un punching-ball, celui d’un cri ou d’une respiration saccadée, le bruit revêt ici une importance telle qu’il éclipse rapidement les dialogues devenus presque figuratifs. A ce titre, on sera ravi de voir que la réalisatrice n’utilise pas cette spécificité en gimmick, tant le tout accuse d’un remarquable effort sur la notion de gestuelle et de mouvement. Mais derrière ce concert de louanges, on ne pourra pas passer sous silence le scénario. Obscur, pour ne pas dire mystique, il essaie de dresser l’histoire d’une convulsion (?) qui se répand au sein de l’équipe de danseuse. Comment ? Pourquoi ? Autant de questions qui resteront en suspens et dont les réponses auraient pu nous aider à y voir plus clair dans cet exercice de style, brillant, mais cultivant l’art de la dissimulation comme personne.

Aussi sublime qu’il n’est déroutant, The Fits restera de par cette contradiction, une œuvre forte de cette 42ème édition du Festival. A charge désormais pour Anne Rose Holmer de continuer sur sa lancée et réaliser un film plus dense et tendant moins à l’aspect documentaliste. 

The Fits : Bande-annonce

The Fits, réalisé par Anna Rose Holmer, avec Royalty Hightower, Makyla Burnam, Inayah Rodgers, Alexis Neblett, Da’Sean Minor, Antonio A.B. Grant Jr … sort au cinéma en janvier 2017.

Festival

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Newsletter

À ne pas manquer

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Englouti : le ventre de la mer

Avalé par un cachalot avec une heure d’oxygène, Austin Abrams livre un survival viscéral et bluffant, entre huis clos organique et décors palpitants. Dommage que des flashbacks trop bavards et un final lourdingue lui coupent le souffle, là où le film aurait pu rester en apnée jusqu’au bout.

Ni vue, ni connue : une figurante (trop) douée

Après l’échec relatif des "Cyclades", Marc Fitoussi retrouve une inspiration remarquable avec "Ni vue, ni connue", une comédie à la fois drôle, caustique et sensible. En confiant à Isabelle Huppert le rôle d’une figurante obstinée rêvant de décrocher enfin un véritable rôle, le réalisateur signe un contre-emploi aussi audacieux que pertinent. À travers le parcours semé d’humiliations de Corinne Maclou, le film explore avec finesse l’invisibilité de ceux qui peuplent les marges du spectacle. Entourée de comédiens et réalisateurs jouant leur propre rôle, la figurante tente inlassablement de se faire une place dans un univers dominé par les rapports de pouvoir et les réseaux. Si le scénario se montre parfois prévisible, ce défaut est largement compensé par la qualité des dialogues, l’acuité du regard porté sur le milieu artistique et l’autodérision permanente d’Isabelle Huppert. Marc Fitoussi brosse ainsi un portrait aussi drôle que cruel de la condition de figurant, sans jamais perdre de vue l’humanité de son personnage. Une excellente comédie qui conjugue intelligence, émotion et mordant.

Reefer Madness : C’est de la bonne !

Du jazz, des joints, des meurtres et des bigots en roue libre : Reefer Madness transforme la propagande antidrogue en comédie musicale complètement perchée. La prohibition n’a jamais été aussi funky !

Petite Casbah : les toits de la liberté

"Petite Casbah" suit quatre enfants sur les toits d'Alger en 1955. Khadidja, Lyes, Philippe et Ahmed enquêtent pour faire libérer Malek, injustement emprisonné. Une aventure animée et fraternelle, entre jeu de piste et conte, qui raconte la guerre d'Algérie à hauteur d'enfant.
Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.