Franny, un film de Andrew Renzi : Critique, Champs Élysées Film Festival

Un mélodrame moderne et sombre
L’action dramatique intervient dès les premières minutes, déstabilisante pour le spectateur car brisant l’ambiance heureuse initiale. Robert et Mia meurent dans un grave accident de voiture dont Francis, familièrement Franny, réchappe. Olivia, leur fille devient orpheline. Cinq ans plus tard, mariée et enceinte, elle reprend contact avec Franny.

Le traumatisme de l’accident l’a profondément changé. Il est devenu cette figure de riche magnat, misanthrope et excentrique, qui noie son malheur dans des cocktails de morphine. En parallèle il y a ce jeune couple, Olivia et Luke, à l’aube de leur vie de famille qui devient un substitut de vie pour Franny. Il les aidera financièrement tout en devenant vite envahissant.
Le film aborde le deuil, comme on le retrouve dans certains films récents (Everything Will Be Fine, Valley of Love, Manglehorn) . Mais il se distingue en revanche avec la difficulté pour Franny de se reconstruire à un âge avancé. Célibataire et sans enfant, tout ce qu’il aura battit par lui même est sa notoriété. Le regard toujours tourné vers le passé, le manque d’une famille à lui devient aussi pressent que son manque de morphine.

Une identification à tous les niveaux
Il est intéressant d’utiliser ce genre d’anti héro comme protagoniste, plutôt que se concentrer seulement sur la vie du jeune couple. Franny est un personnage complexe dissimulé sous son air arrogant, excentrique et de mystérieux philanthrope. Il s’avère en réalité profondément seul et recherche l’amour de ceux qui l’entoure.
S’exerce alors une profonde empathie envers ce personnage hanté par les démons de son passé, qui poursuit au travers du jeune couple, le souvenir de ces amis perdus.
Intérieurement c’est un réel combat contre lui même qui s’opère, dans ses tentatives répétées et sans succès de récupérer son identité fracturée. Une réelle appréhension s’opère à plusieurs reprises pour sa vie, face à sa recherche inéluctable de douleur physique pour remplacer sa douleur psychique.

Une confrontation de génération d’acteurs
La figure d’icône de Richard Geere donne un cachet particulier au film. Avec une impression de remise en lumière d’anciens grands acteurs, le rôle est pris à bras le corps par l’acteur.
Theo James, dans le costume de l’époux dévoué, interprète parfaitement le rôle, plus profond que ces précédents où il incarnait des gros bras. Lui même en recherche d’identité, influencé par Franny, son pseudo mentor. Dakota Fanning, se retrouve encore dans un rôle qui la met en position passive et infantilisant, malgré ses talents indéniables d’actrice.

L’influence de Wes Anderson
Une esthétique à la fois sombre mais nuancée de douceur. Ayant travaillé avec Wes Anderson à ses débuts, le réalisateur de Franny reprend les plans de caméra très formels et travaillés.
Le titre est d’ailleurs une allusion au personnage de Franny provenant du roman Franny et Zooey de J. D. Salinger.
Andrew Renzi joue également avec les genres en reprenant une trame de mélodrame classique hollywoodien et la transpose à notre époque. Une volonté d’utiliser l’ancien et le remettre au goût du jour.

Synopsis : Francis “Franny” Watts (Richard Geere) riche sexagénaire, se remet difficilement de la perte de ses deux meilleures amis, Robert et Mia. Toxicomane et légèrement fou, il tente de retrouver son ancienne vie en s’immiscent dans celle du jeune couple Luke (Theo James) et Olivia (Dakota Fanning), la fille de Mia et Robert.

Franny Trailer (2015) – Avec Richard Gere, Theo James & Dakota Fanning

Fiche technique : Franny

Titre original : Franny
Date de sortie : 13 juin 2015
Nationalité : Américaine
Réalisation : Andrew Renzi
Scénario : Andrew Renzi
Interprétation : Richard Gere, Dakota Fanning, Theo James, Clarke Peters, Cheryl Hines, Dylan Baker
Musique : Danny Bensi, Saunder Jurriaans
Photographie : Joe Anderson
Décors : NR
Montage : Dean C. Marcial, Matthew Rundell
Production : Kevin Turen ,Jason Michael Berman,Jay Schuminsky, Thomas B. Fore
Sociétés de production : Big Shoes Media, Audax Films, Magnolia Entertainment
Sociétés de distribution : Goldwyn Films, Tribeca Film Festival
Budget : NR
Genre : Drame
Durée :92 mins
Récompense(s) : NR

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.