PIFFF, Paris International Fantastic Film Festival jour 2 : futur et cauchemar

PIFFF 2014, premier jour de compétition

Mercredi 19 novembre, boulevard des Capucines. Il fait moins sombre que la veille, mais pas moins froid. Aujourd’hui, c’est le début de la compétition « officielle » du PIFFF. Huit films, qui vont s’affronter pour obtenir le prix Ciné +. L’occasion, pour les réalisateurs, de faire parler de leur film avant la sortie. L’occasion aussi, pour certains en tout cas, d’attirer l’oeil des distributeurs. Certains des long-métrages présentés ont déjà fait le tour des festivals, et ont été présentés à Strasbourg, il y a quelques semaines.

C’est le cas de Housebound, présenté en début de soirée, et déjà critiqué en ces lieux. Ça tombe bien, je peux pas y aller ce soir. Zut, ça avait l’air sympa. Je vais aussi rater l’avant-première de Nightcall, avec Jack Gyllenhaal. Double-zut. Tant pis, je vais me rabattre sur Time Lapse, qui a le redoutable honneur d’ouvrir la compétition. Et puis après, c’est la séance Culte, avec Les Griffes de la nuit. L’original, pas le remake. Joie.

Instantané du futur

On sent que le festival « officiel » vient de débuter. D’abord, on reçoit enfin nos petits badges accréditation, histoire de pouvoir se la péter dans quelques jours. Le PIFFF ? Ouais, j’y étais, c’était marrant. Beaucoup moins de monde, aussi. Hier, la salle 1 (la plus grande) était pleine à craquer. Aujourd’hui, elle l’est aussi sûrement, avec toutes les adolescentes venues voir le dernier Hunger Games. Du coup, le festival est relégué dans la salle 2, qui est tout de même à moitié vide. C’est encore Fausto Fasulo qui présente le film.

Le réalisateur, Bradley King, n’a pas pu venir en personne, mais il nous adresse un petit message vidéo, accompagné de BP Cooper, son co-scénariste et producteur. Sympa. D’après Fasulo, Cooper a été traumatisé dans sa jeunesse par Retour vers le Futur ( ! ) et s’est servi de cette inspiration pour écrire le scénario de Time Lapse. L’histoire de trois amis qui découvrent par hasard un appareil photo qui prend des images du lendemain. Tout cela a l’air bien prometteur, surtout quand on apprend que King a été influencé par Hitchcock et Danny Boyle, période Petits Meurtres entre amis.

On retrouve en effet l’ambiance du premier film du réalisateur de Trainspotting jusque dans la mise en scène de King. Time Lapse s’est monté sur un petit budget, et cela se sent. Une économie de moyen qui ne porte pas préjudice à l’efficacité du film, bien au contraire. C’est simple, intime, les gros plans sont favorisés et les cadres travaillés. C’est très fixe, aussi, peu de mouvements, la caméra de King reste sur son socle comme l’appareil photo au cœur de la machination. Du coup, certaines longueurs apparaissent lorsque le film rentre dans son troisième tiers, mais rien de trop pénalisant. En fait, c’est plutôt agréable, on a vraiment l’impression de faire partie du cercle d’amis.

Côté scénario, on le sait, les histoires jouant avec les voyages dans le temps sont toujours casse-gueules, et rares sont les exemples à s’en tirer sans que n’apparaissent des failles dans le récit. Time Lapse décide de plutôt jouer avec le côté métaphysique et presque philosophique de l’avenir, et des maux de crâne peuvent vite apparaître lorsqu’on se penche avec trop d’attention sur certains détails. La trame a toutefois le mérite de rester assez simple, même si on sent un peu trop venir le retournement de situation final. Sans être un chef d’oeuvre, Time Lapse est un bon premier film, et plutôt une bonne surprise. J’ai hâte de voir la suite de la compétition.

Freddy sort de la nuit

En attendant, c’est l’heure de la Séance Culte. Et aujourd’hui, les organisateurs nous ont particulièrement gâtés avec un grand classique : Les Griffes de la Nuit, version Wes Craven de 1984. La salle s’est un peu remplie, quelques fans sont venus s’ajouter aux journalistes et professionnels présents sur place. Devant moi, un admirateur particulièrement acharné a même ramené un gant de Freddy Krueger, fait maison avec un certain réalisme. La projection a lieu dans une ambiance bonne enfant et détendue, et les éclats de rires fusent avec régularité.

Il faut dire que le film a pris un petit coup de vieux. Si la personnalité grandiloquente de Freddy dénotait déjà d’un certain humour à l’époque, un détail que le remake a laissé de côté, certains passages sont tombés dans le kitsch absolu. Témoin, cette scène dans laquelle Nancy hurle à l’aide depuis sa fenêtre sous le regard impassible du collègue de son père. Ou l’obsession presque burlesque de la mère de la jeune héroïne pour l’alcool. Peut-être Wes Craven a-t-il aussi lui-même contribué à décrédibiliser son bébé avec sa saga Scream.

Malgré tout, Les Griffes de la Nuit reste un monument du slasher et, comme le fait justement remarquer Fasulo, « Freddy est rentré dans la pop-culture comme un symbole. Ce qui est assez étrange, quand on voit qu’il s’agit quand même d’un pédophile ». Mais force est de reconnaître que le réalisateur parvient à lui insuffler une personnalité qui, toute malsaine qu’elle soit, parvient à le rendre presque attachant. C’est un tueur qui ne se prend pas au sérieux, contrairement à ses grands frères Michael Myers et Jason Voorhees, et son aspect démesuré fait de lui un personnage d’autant plus marquant.

Fin de projection, les lumières se rallument, l’homme devant moi tente vainement d’applaudir sans se trancher les doigts comme l’a fait son modèle quelques minutes auparavant. La foule sort de la salle comme elle s’extirperait d’un rêve pour retrouver la fraîcheur extérieure. Dans le couloir, nous croisons une foule d’adolescentes venues remplir la salle 1. Aucune d’entre elle n’était née lorsque le film est sorti, et leurs parents se sont peut-être même rencontrés dans les salles obscures, lors de la projection originale du film. La plupart des spectateurs part faire un tour dans le lobby pour se refournir en confiseries. Les émotions ça creuse… Pour moi, c’est le moment de se retirer. On verra ce que nous réserve la séance de demain.

Auteur : Mickael Yung

 

Festival

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Cannes 2026 : Le Château d’Arioka, leçon d’honneur

Présenté à Cannes Première, "Le Château d'Arioka", nouveau film de Kiyoshi Kurosawa, est un film policier féodal en forme de huis clos philosophique. Un film de samouraïs, sans grandes batailles ni duels au katana, qui convainc, à condition d'accepter son tempo, tel une infusion en quatre mouvements.

Newsletter

À ne pas manquer

Tout va super : Voir Habib et mourir

Drôle, subtil et bouleversant, Tout va super mêle comédie romantique et réflexion sur la fin de vie. Porté par une distribution éclatante (Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb, Camille Chamoux, Rudy Milstein), le nouveau film de Patrick Cassir a des airs de Blier en plus suave.

The Mandalorian and Grogu, ou la saga Star Wars à bout de Force ?

Après sept ans d’absence au cinéma, The Mandalorian and Grogu ramène enfin Star Wars sur grand écran. Jon Favreau livre une aventure accessible, efficace et parfois franchement plaisante, mais dont le manque d’enjeu, d’ambition visuelle et de souffle cinématographique finit par réduire le retour de la saga à un simple téléfilm de luxe.

Passenger – Frissons routiers balisés pour tenue de route correcte

Avec Passenger, André Øvredal revient à l’horreur d’exploitation pure, entre légende urbaine, présence démoniaque et frissons nocturnes sur les routes. Si son excellente scène d’ouverture et quelques morceaux de mise en scène rappellent son vrai savoir-faire, le film reste trop banal, trop calibré et trop pauvre dans ses personnages pour dépasser le rang de série B honnête.

Leaving Las Vegas : le pacte des naufragés

Trente ans ont passé. Las Vegas brille toujours autant, et "Leaving Las Vegas" aussi. Le film de Mike Figgis revient hanter les salles dans une version restaurée en 4K avec la même force d'impact, la même noirceur. On serait tenté de croire que le temps l'a rendu plus supportable. Il n'en est rien. La blessure est intacte, et l’admiration aussi.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.