Evidence, un Court Métrage de Godfrey Reggio

Court Métrage : Evidence, Une courte mise en abyme troublante et efficace !

Synopsis : Godfrey Reggio offre une forme de complément de son œuvre majeure, Koyaanisqatsi dans un documentaire où des enfants avec des regards inquiets regardent la télévision. Sont-ils observés ou c’est cette fameuse télévision qui les perturbent ?

On peut lancer Evidence par simple curiosité puisque c’est le fameux réalisateur de Koyaanisqatsi, Godfrey Reggio qui est l’auteur de ce petit chef-d’œuvre. Si l’on a apprécié ce documentaire contemplatif, on peut naturellement se tourner vers ce documentaire qui s’apparente plus finalement à un Court-Métrage puisqu’il ne dure que 7 minutes. Mais, l’on ne s’attend pas à vivre la même émotion que sur un long métrage car il est assez rare tout de même de trouver un réalisateur qui parvient à véhiculer les mêmes émotions sur une plus petite durée.

Et finalement, on ne peut être que surpris de part ce court-métrage !!! Il est totalement captivant, les jeux de regard de ces différents enfants sont vraiment troublants et terriblement efficaces. On ressent une certaine mysticité dans les yeux de ces enfants, qui permet de vraiment développer son imagination sur ce « documentaire ».

Tout d’abord, on peut être en totale admiration devant ces jeunes regards pleins d’insouciances. Quoi de plus difficile que d’interpréter le regard d’un enfant qui ne sait pas encore gérer la plupart de ses émotions. Il est encore plus compliqué de les analyser lorsque l’on doit suivre une dizaine de regards d’enfants. On passe ainsi d’un sentiment d’admiration à une certaine forme d’inquiétude au point de se demander « mais qu’est-ce que j’ai fait pour que ce gamin me regarde comme ça? ».
Ainsi plusieurs interprétations sur ces fameux regards sont possibles. Premièrement, on peut se demander s’ils ne nous regardent pas comme si nous étions coupables de les faire entrer dans notre monde actuel rempli d’angoisses et de contraintes inutiles.

Ensuite, on peut s’interroger à savoir si ce Court Métrage n’était pas un complément à sa pensée véhiculée dans Koyaanisqatsi pour pouvoir accentuer la contemplation de ce monde. Comme si finalement ce Court Métrage, était en quelque sorte une forme de « post-traumatisme » de Koyaanisqatsi. Puisque l’on voit clairement au début et à la fin de ce CM un homme et une femme avec des regards sereins et avec une lecture beaucoup plus explicite (puisque ils sont ancrés dans notre société). Mais les enfants ne savent pas encore comment réagir face à ce monde « Koyaanisqatsisé » (heureusement que c’est pas un verbe celui-ci), et cela peut expliquer ces regards inquiets.

Après, on peut finir par imaginer que ces enfants avaient peur d’être finalement formatés par notre vie sociétale. Notamment, si l’on interprète le regard de l’homme au départ comme étant autoritaire et assez directif.

Une peur finalement de l’uniformisation, de la standardisation de nos actions etc …. On voit également certains enfants prêts à pleurer; signe sans doute d’une société qui laisse de moins en moins de place à la liberté d’expression ou de création que l’on discerne également dans Koyaanisqatsi notamment, du fait que la technologie a pris une place parfois démesurée dans notre vie quotidienne. Enfin, grâce à la dernière phrase explicative de ce que les enfants regardaient, on peut se dire que toutes ces versions pouvaient être exactes, même si nous n’avons aucune preuve (petit clin d’œil au titre).

Ces enfants regardent finalement avec stupéfaction l’objet qui représente sans doute le plus l’évolution de l’homme et sa dépendance face aux NTIC, la télévision.

Mais regardaient-ils la télé en étant encadrés par l’homme du début et la femme de la fin, ou étaient-ils des projections de la télévision ? Ou tout simplement regardent-ils la télé sans aucune idée précise, comme si cet objet de communication de masse avait empêché leurs esprits de s’émanciper ? Ces enfants étaient-ils bloqués dans un monde fiction loin de nos réalités concrètes ?

Ainsi, cette oeuvre est à la fois très marquante et troublante du fait qu’elle paraît à la fois être très accessible et en même temps tellement impossible à analyser parfaitement.

Godfrey Reggio – « Evidence »

Auteur de la critique : Adrien Lavrat

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